Dans un nouvel épisode poignant qui illustre le désespoir grandissant chez certains jeunes footballeurs algériens, Meziri et Sefsafi, deux joueurs du RCK, ont décidé de quitter clandestinement le pays pour tenter leur chance en Europe.
Par Youcef Mimoune
Ces deux jeunes ont pris la mer dans des conditions périlleuses, avec pour unique espoir de reconstruire leur vie loin des terrains qu’ils ont arpentés sans reconnaissance. Meziri et Sefsafi ne sont pas des noms connus du grand public. Ils n’ont pas marqué les esprits par des buts décisifs ou des performances médiatisées. Pourtant, au sein du RCK, ces deux jeunes représentaient l’espoir d’une relève formée en interne. Meziri a pris part à quelques rencontres de l’équipe première souvent dans un rôle ingrat. Quant à Sefsafi, il s’est contenté de faire nombre à l’entraînement, sans jamais vraiment avoir sa chance sur la feuille de match. Les deux joueurs ont confié à leurs proches leur frustration et leur sentiment d’exclusion. Ignorés par la direction koubéenne et sans perspectives claires d’évolution, Meziri et Sefsafi ont fini par sombrer dans une profonde amertume. Leurs tentatives de rebondir dans d’autres clubs de divisions inférieures sont restées vaines, la faute à un marché local saturé et à une absence de réseau pour se repositionner dans le football. Une situation frustrante pour deux jeunes joueurs en quête de progression, qui ont fini par perdre espoir.
Un périple de 17 heures vers l’inconnu
C’est dans ce contexte de désillusion et d’abandon que les deux jeunes ont pris une décision radicale, celle de traverser la Méditerranée vers l’Espagne. Selon des témoignages de proches, ils auraient embarqué à Oran, aux côtés d’un groupe de harraga, dans un canot pneumatique de fortune. Le voyage a duré dix-sept heures, ponctué de vagues menaçantes, de pannes techniques et de la peur omniprésente de ne pas arriver vivants. Ce choix désespéré reflète l’état psychologique dans lequel se trouvent de nombreux jeunes talents ignorés par leurs clubs. Meziri et Sefsafi ne sont ni des criminels ni des fugitifs mais simplement les symboles d’une génération sacrifiée, laissée pour compte par un environnement footballistique qui, trop souvent, ne protège pas ses propres enfants. Du côté du Raed, aucune réaction officielle n’a filtré. Le départ de Meziri et Sefsafi a été accueilli dans un silence embarrassé. Ce silence contraste avec la gravité de la situation. En effet, le RCK, comme tant d’autres dans le championnat, doit désormais assumer sa part de responsabilité. Il est urgent d’ouvrir un débat national sur la gestion des jeunes talents en Algérie, sur les moyens à mettre en œuvre pour prévenir les dérives et pour offrir à ces joueurs un minimum de perspectives, de soutien moral et de reconnaissance. Le cas de Meziri et Sefsafi n’est pas isolé. Depuis plusieurs années, de nombreux jeunes joueurs, même ceux ayant évolué dans des clubs réputés, prennent des décisions radicales face à la précarité et à l’impasse sportive. Privés de contrats, mal rémunérés et absents de toute politique de suivi ou d’encadrement, ils voient dans l’exil risqué, un avenir plus prometteur que celui qui leur est proposé dans leur propre club. La question qui taraude l’esprit : comment deux joueurs formés au sein d’un club aussi emblématique que le RCK peuvent-ils se retrouver à fuir en mer, comme de simples clandestins, pour ne pas sombrer dans l’oubli ou la misère ?
Y. M.
