Le club traverse une zone de fortes turbulences en ce mercato hivernal. Huit joueurs ont officiellement fait part à la direction de leur volonté d’obtenir leurs lettres de libération afin de changer d’air dès cette période de transferts. Une situation inédite par son ampleur, qui place l’équipe face à une véritable crise sportive et institutionnelle à un moment charnière de la saison.
Par Omar Yahiaoui
Les joueurs concernés sont Benyahia, Ouacini, Touahria, Azaoui, Boufligha, Brouba, ainsi que Naâmani et Razali. Tous ont exprimé le même souhait : quitter le club dans les plus brefs délais. Si la direction a pris acte de ces demandes, elle n’y a pas donné suite pour l’instant, préférant temporiser afin de trouver une issue et tenter de désamorcer un conflit dont les répercussions pourraient être lourdes sur le plan sportif.
Le match du CRT comme élément déclencheur
Selon plusieurs sources proches du dossier, la rupture trouve son origine dans l’après-match face au CR Témouchent. Ce jour-là, l’équipe avait arraché un match nul précieux sur le terrain de l’ex-leader du groupe Centre-Ouest de la Ligue 2 amateur, dans une rencontre jugée particulièrement difficile. La direction avait alors promis une prime conséquente pour récompenser l’effort fourni par les joueurs. Or, dans les jours qui ont suivi, cette promesse n’a pas été concrétisée. Les tergiversations de la direction ont peu à peu installé un climat de doute et de frustration au sein du vestiaire. Pour de nombreux joueurs, ce revirement a constitué un point de bascule, entamant sérieusement la relation de confiance avec les dirigeants.
Une fracture financière et morale
Au-delà de la prime promise et non versée, c’est l’ensemble de la situation financière qui a accentué le malaise. Plusieurs joueurs estiment avoir perdu tout espoir de récupérer leurs dus dans des délais raisonnables. En effet, hormis l’avance perçue à la signature des contrats – équivalente à deux ou trois mois de salaire –, ils n’ont pas reçu leurs émoluments réguliers.
Cette accumulation de retards a progressivement installé un sentiment d’abandon et d’injustice, transformant un simple désaccord financier en véritable cassure morale. Pour les joueurs, l’engagement sportif ne peut se concevoir sans respect des engagements contractuels. D’où la décision collective de demander la libération, perçue comme la seule issue possible face à une situation jugée bloquée.
Une colonne vertébrale menacée
L’aspect le plus préoccupant pour le club réside dans le profil des joueurs concernés. Il ne s’agit pas d’éléments secondaires, mais, pour la plupart, de cadres faisant partie intégrante de l’ossature de l’équipe. Leur départ simultané affaiblirait considérablement l’effectif et compromettrait toute ambition sportive lors de la phase retour. Sur le plan technique, la perte de huit joueurs expérimentés obligerait le staff à recomposer en urgence un groupe compétitif, dans un contexte de mercato déjà complexe et financièrement contraint. Sur le plan psychologique, l’impact sur le reste du vestiaire pourrait être tout aussi déstabilisant, accentuant un climat d’incertitude à un moment où la cohésion est primordiale.
La direction face à un dilemme
Consciente de la gravité de la situation, la direction tente de gagner du temps. Refuser, pour l’instant, de délivrer les lettres de libération vise à éviter un affaiblissement brutal de l’équipe et à se donner l’opportunité de négocier une solution. Mais cette stratégie comporte également des risques : plus la crise s’installe, plus la confiance s’érode, et plus le fossé entre dirigeants et joueurs se creuse.
La direction se retrouve ainsi face à un dilemme : accéder aux demandes et accepter une saignée sportive, ou tenter de maintenir le groupe en rétablissant au plus vite un minimum de crédibilité financière et morale.
O. Y.
