20 mai 2026

Boudissa :«Le NAHD est né d’un idéal nationaliste, la formation est son identité»

En marge des préparatifs de l’hommage vibrant qui lui sera rendu ce samedi 23 mai au Centre culturel d’Hussein-Dey ainsi qu’au mythique stade Zioui, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux a capturé une discussion à bâtons rompus d’une rare intensité. Face à la caméra, le père spirituel de l’école de football du Nasria, Cheikh Amar Boudissa, s’est livré sans concessions. Entre repères historiques, anecdotes de vestiaires et philosophie de jeu, ce monument du club transmet son testament sportif aux générations futures.

Synthèse d’Omar Yahiaoui

Instantanément, Cheikh Amar Boudissa plonge son auditoire dans les racines profondes de la création du club, rappelant que le Nasria est avant tout le fruit d’un projet militant et unificateur. «Le NAHD a été créé en 1947 après une décision des nationalistes de l’époque. Ce sont eux qui ont demandé à feu Benyoucef Bensiam, alors dirigeant au MC Alger (président de la section d’athlétisme), d’aller fonder un club à Hussein-Dey. L’objectif était clair : regrouper sous une même bannière tous les quartiers de l’Est d’Alger, ce qu’on appelait à ce moment-là la rive gauche. Cela englobait la Cressonnière, Leveilley, La Glacière, La Montagne et bien sûr Hussein-Dey. » L’historien du club se souvient des détails des coulisses qui ont mené à la naissance de ce monument du football algérien. « Il y a eu de nombreuses réunions de préparation, mais la dernière, celle qui fut constitutive du club, s’est organisée à Leveilley, au célèbre café Kaddour sis à la rue Mokhtar Adel. A ses débuts, le NAHD a fait ses premiers pas sur le terrain grâce à la solidarité algéroise, en jouant avec quelques joueurs prêtés par le MCA, avant de s’émanciper et de commencer à former ses propres enfants. »

« Face aux clubs coloniaux comme l’OHD, on jouait avec rage»

Emu, le Cheikh s’est ensuite confié sur sa propre trajectoire sous la tunique Sang et Or, une histoire d’amour fusionnelle débutée dès sa plus tendre enfance.

« J’étais très attaché à mon club, qui a été créé alors que je n’avais que huit ans. Plus tard, je suis devenu joueur junior au NAHD, j’évoluais au poste d’ailier droit. A cette époque, porter ce maillot dépassait le cadre strictement sportif. »

Il évoque notamment la ferveur et la tension des derbys de l’époque coloniale : «Les matchs face à l’OHD (Olympique d’Hussein-Dey), un club colonial français, étaient disputés avec une rage incroyable. Sur le terrain, on ne lâchait rien. On voulait absolument l’emporter pour prouver qu’on défendait notre identité, notre dignité et notre drapeau. C’était notre manière de faire la révolution. »

«Bensiam m’a dit : « Tu ne connais rien »… C’est là que j’ai débuté à former»

C’est à l’âge de 21 ans, alors qu’il évoluait encore en équipe séniore, que la vocation d’éducateur s’est révélée à lui. Une vocation née d’un refus et d’un défi lancé par le président fondateur. « J’avais demandé de manière très directe à Bensiam de me confier la responsabilité des jeunes catégories pour commencer à former des joueurs du cru, de la région. Sa réponse a été cinglante : « Tu ne connais rien. » Pour moi, cela a immédiatement sonné comme un pari. » Piqué au vif, le jeune homme décide de quitter temporairement la maison pour faire ses preuves ailleurs. « J’ai rejoint l’ES Leveilley. Quelque temps plus tard, lors d’un tournoi, le destin nous a opposés au grand NAHD. Malgré leurs immenses stars, avec Benyoucef Moussouni et consorts, nous les avons totalement dominés sur le terrain. C’est ce jour-là, en voyant la qualité de mon travail, que le président Bensiam est venu me voir pour me demander de revenir afin de lancer définitivement la formation au Nasria. » Amar Boudissa accepte alors de revenir, mais dicte ses conditions pour le bien des générations futures : « J’avais posé une seule et unique condition : un jeune joueur qui méritait de jouer en séniors devait être promu en équipe première, quel que soit son âge. C’était le seul moyen de pousser et d’encourager les jeunes à se donner à fond. Et c’est exactement comme cela que mon aventure d’entraîneur a commencé. »

«Je travaillais bénévolement, je sillonnais les quartiers pour dénicher les oiseaux rares »

Pour bâtir ce qui allait devenir l’une des meilleures écoles de football d’Afrique, Cheikh Amar Boudissa n’a ménagé ni son temps, ni sa santé, ni son propre argent, guidé par une passion pure.«Je travaillais avec le cœur et de manière totalement bénévole. Je passais mes journées à sillonner tous les quartiers de la région pour choisir et dénicher les « oiseaux rares ».»Mais le rôle du Cheikh ne s’arrêtait pas aux lignes de la pelouse. Visionnaire, il s’est transformé en maître d’œuvre pour offrir de meilleures conditions de travail à ses protégés. «J’ai également contribué de mes propres mains à la réfection et à la modernisation des infrastructures du club. C’est moi, par exemple, qui ai personnellement demandé et insisté pour obtenir l’extension du stade Zioui ainsi que la réalisation et l’installation des poteaux d’éclairage pour que l’on puisse s’entraîner convenablement. »

«Au NAHD, on peut réussir avec la formation de masse»

Pour conclure cette discussion à bâtons rompus, le légendaire éducateur a tenu à rappeler ce qui fait la force unique et irremplaçable du NA Hussein-Dey par rapport aux autres structures du pays, tout en lançant un appel du pied pour l’avenir. «Au NAHD, nous avons un immense avantage : la proximité immédiate de nos installations sportives au cœur des quartiers. Cela nous permet de faire ce que j’appelle de la « formation de masse », contrairement à d’autres clubs.» Lancé dans une comparaison analytique, il conclut avec ambition : «Aujourd’hui, certains clubs se vantent d’avoir des centres modernes ou des endroits spécifiques pour interner et loger leurs jeunes. C’est bien, mais notre modèle populaire a prouvé sa valeur. Et je reste convaincu que nous pouvons faire encore beaucoup mieux à Hussein-Dey si tout le monde s’y met sérieusement. Le vivier est là, il ne demande qu’à être valorisé.»

O. Y.

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