8 juin 2026

Mohamed Yazid Djema : « En Coupe du monde, les Verts peuvent aller loin »

Mohamed Yazid Djema est journaliste-animateur télé sur la chaîne « El Bilad ». Journaliste émérite, Yazid Djema est certainement un des meilleurs de sa génération. Mesuré, serein, plein d’assurance, le monsieur est très cohérent dans ses idées, comme il est droit dans ses convictions.  Véritable amoureux des Rouge et Noir, il défend avec passion les couleurs de l’USMA, son club de cœur. Dans cet entretien, il revient sur le doublé historique des Usmistes (Coupe d’Algérie et Coupe de la CAF), évoque les chances des Verts à la prochaine Coupe du monde et dresse un bilan sans concession de la saison écoulée en championnat.

Entretien réalisé par Hamid Si-Ahmed

Coupe d’Algérie et Coupe de la CAF, une saison remarquable, mais il ne manquait que le championnat à l’USMA, non ?

À la mi-saison, les Usmistes ont vite compris qu’ils allaient jouer sur les trois fronts, et ont fixé comme objectif deux titres sur trois. Avec une Coupe de la CAF et une Coupe d’Algérie, je pense que c’est une saison très réussie. C’est vrai que c’était une saison mouvementée, mais l’USMA a fait le plein. 10ᵉ au championnat ? Du moment que l’équipe a réussi à atteindre ses objectifs, cela ne reflète pas son niveau. Il faut aussi signaler que le club a joué un véritable marathon. Jouer le jeudi et le samedi, franchement, c’est trop ! Voilà, c’est le meilleur bilan possible.

Même le départ de Benchikha n’a pas vraiment perturbé l’équipe…

Benchikha a fait quand même la moitié du chemin, en réussissant neuf points sur neuf. En Coupe d’Afrique, il a fait trois matchs et trois victoires. Donc le club était vraiment sur le bon chemin. Je pense que l’USMA a ramené un excellent coach, le Sénégalais Lamine N’Diaye, qui a de l’expérience et qui a fait ses preuves avec plusieurs clubs à l’étranger. Tout de suite, il a compris que le club voulait vraiment terminer avec deux titres. Je me rappelle bien le jour où il a dit que c’est un grand club, et qu’on doit tout gagner. Et là, avec son staff et ses joueurs, bien sûr, ils ont presque tout gagné.

Que retenez-vous de ce match héroïque en Égypte, face au Zamalek ?

En Égypte, ils ont fait un match plein, sincèrement. Même la presse égyptienne n’a cessé de parler de ce match et du niveau de l’USMA. Vraiment, ils ont fait un match extraordinaire. L’USMA a obligé Zamalek à rester derrière. Ce n’est pas Zamalek qui a laissé le jeu à l’USMA, bien au contraire. Avec des attaques placées et des combinaisons vraiment remarquables. Peu de gens y avaient cru. Ce n’était pas une surprise, car ce scénario était dessiné et préparé avant même la finale. C’est vrai que l’USMA a encaissé dès les cinq premières minutes sur un penalty, c’était vraiment difficile à gérer. Mais il y avait de la volonté. C’est leur deuxième finale de CAF, ils ont remporté les deux !

Peut-on vraiment parler d’une saison pleine pour les Rouge et Noir ?

Depuis le début du professionnalisme en 2011, l’USMA a déjà prouvé en Ligue des champions, que ce soit avec la génération dorée de DziriBilel et compagnie, des prestations vraiment remarquables et honorables. C’est le meilleur club en Algérie en ce moment. Un club à féliciter. C’est vrai qu’ils ont en ce moment quelques soucis de gestion, mais sur le plan sportif, je pense que le club marche bien. Et puis il n’y a pas que les titres, l’USMA a deux joueurs en équipe nationale, Benbot et Abada. Ils ont aussi un international camerounais, Che Malone, et un international espoir ivoirien, Dramane Kamagaté. Sans oublier deux réservistes en sélection, Safi et Bouderbala. Avec six internationaux, c’est remarquable ! Avec tout ça, sincèrement, l’USMA a besoin de recruter des joueurs confirmés et de haut niveau à quelques postes, car le club a beaucoup souffert dans les trois compartiments. Et j’ajouterais que l’USMA mérite vraiment un stade à son nom.

Quel est votre bilan global de la saison écoulée sur notre championnat ?

Je ne fais pas partie des gens qui disent qu’on n’a pas de championnat, pas de joueurs, etc. Concernant le niveau, ce n’est pas vraiment le top, mais nous avons quand même de bons joueurs. Sincèrement, le Mouloudia a continué à dominer les autres clubs en championnat.

Cette saison, on a eu de beaux stades, on a vraiment besoin de ça. Je suis un petit peu mécontent de l’arbitrage. On n’arrive pas à sortir de belles affiches à cause des arbitres. Il y a beaucoup de fautes d’arbitrage, même si on a réussi à installer la VAR. Pratiquement chaque match, il y a des mécontentements sur l’arbitrage. Ça continue. Maintenant, on doit vraiment revoir ce point, même si on a un trio d’arbitrage qui va représenter l’Algérie en Coupe du monde. Sinon, il y a eu de beaux matchs aussi, et une ambiance formidable dans les gradins. J’espère que la sanction concernant l’équipe visiteuse va se régler. C’est un problème qui tue un peu le football, mais si c’est pour mettre fin aux dépassements dans les tribunes, nous n’avons pas le choix, malheureusement.

Une déception concernant la JSK, qui a pourtant une très bonne équipe. Ils n’ont rien fait cette saison. La participation en Ligue des champions n’a pas vraiment aidé le club à présenter du beau jeu, de belles affiches et de bons résultats en championnat. Ils ont réussi à ramener le meilleur buteur du championnat, Mahious, au mercato estival, mais les résultats n’étaient pas vraiment remarquables. Le MCO a fait une bonne phase retour. Ben Aknoun, la surprise du championnat, un travail remarquable du staff technique, à sa tête MounirZeghdoud. Des équipes solides et du beau jeu, à l’image de Khenchela. Et il y a eu aussi le retour de la JS Saoura en Ligue des champions. Le staff technique est à saluer, à sa tête M. Amrani.

La belle victoire contre les Pays-Bas est-elle un signal fort envoyé par Vladimir Petkovic ?

Il s’est rassuré lui-même, d’ailleurs. C’est plus qu’un message pour les gens qui l’ont critiqué. En ce moment, il est dans sa bulle. On a fait un bon match contre les Néerlandais, mais il faut se méfier. Il ne faut pas que ce soit un piège. On a vu la France perdre contre les Ivoiriens, mais Cherki, en fin de match, a déclaré : «Il ne faut pas s’inquiéter, ce n’est qu’un match amical».Mais du moment que ce sont des victoires africaines, c’est rassurant et honorable. Nos frères irakiens ont fait match nul contre l’Espagne : des messages forts des participants africains et arabes. Pour dire que si on est là, ce n’est pas pour faire de la figuration. Je pense que cette fois-ci, il y aura une surprise. C’est l’année où les Africains ont compris qu’il n’y a pas une grande différence avec les joueurs européens ou sud-américains. Le niveau atteint par les joueurs africains formés en Europe va faire du bien aux équipes africaines. Avant, ils étaient connus pour leur physique, mais aujourd’hui, la tactique, le placement, les espaces, la transition… Je pense qu’un ou deux pays africains pourraient faire la différence dans cette Coupe du monde.

Peut-on dire que les voyants sont au vert pour l’Algérie ?

Sincèrement, après les prestations contre l’Uruguay et les Pays-Bas, je pense qu’il y a vraiment de la place pour aller loin dans cette compétition. Avec des individualités remarquables, comme Maza, Hadj Moussa, Chaïbi, Boulbina, et avec l’encadrement de Riyad Mahrez, je pense qu’il y a vraiment de la place. Ce qu’on possède maintenant comme joueurs, c’est le moment de changer d’idées. Avec Belmadi en 2019, on jouait en bloc, maintenant on est capables de faire le jeu. Les jeunes joueurs que j’ai cités peuvent faire le jeu face à l’adversaire. Les Néerlandais sont 7ᵉ mondiaux, quarts de finaliste du Mondial précédent. En début de deuxième mi-temps, on a obligé les Hollandais à rester derrière et à jouer en contre. Des joueurs qui osent, qui vont vers l’avant, qui veulent marquer. Petkovic a les moyens de changer la mentalité des Verts. Je pense qu’il est temps. Si notre sélection peut faire ça, elle ira loin.

Quels sont vos favoris pour la Coupe du monde ?

Le football est plein de surprises. Je pense qu’on ne peut pas parler dès maintenant des favoris, mais quand même : l’Argentine, la France et l’Espagne. Le Brésil d’Ancelotti… je ne suis pas trop convaincu. Je pense aussi au Portugal, une très bonne équipe.

Avec les conflits actuels, la Coupe du monde gardera-t-elle son charme ?

C’est vraiment triste ce qui se passe dans le monde. Je pense à nos frères palestiniens… C’est vrai que c’est triste… La Coupe du monde, c’est aussi l’occasion de lancer des messages de paix. Le football, c’est plus qu’un sport, c’est peut-être l’occasion pour que les responsables comprennent qu’il faut arrêter tout ça.

Si l’Algérie quitte prématurément la compétition, quel pays supporterez-vous?

En tant qu’Algérien, on a l’habitude de supporter l’Italie, je suis vraiment triste pour eux. C’est une grande nation de football. Je suis pour mon pays et c’est tout, je n’ai pas de préférence. J’aimerais bien qu’une nation africaine fasse la surprise. Avec les Sénégalais, les Ivoiriens, l’Algérie, moi j’y crois. Une très bonne équipe du Congo aussi. On va aussi découvrir le Cap-Vert. Franchement, ils ont une belle équipe et sont capables de passer le premier tour.

Un message particulier à transmettre ?

Je voulais juste présenter mes sincères condoléances à la famille Mohamed Bouchama, à la famille Driss Dakik, et aussi à une consœur d’AL24 Rabi yarhamhoum.

H. S-A.

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