Après des mois de silence, le président du conseil d’administration de l’USM Alger, Bilal Nouioua, a décidé de répondre publiquement aux nombreuses critiques dont il fait l’objet depuis son arrivée à la tête du club. Dans un long entretien accordé au quotidien El Khabar, il est revenu sur plusieurs dossiers sensibles, notamment le transfert avorté de Mohamed-Amine Ramdaoui, sa relation conflictuelle avec le directeur sportif Saïd Allik, la gestion du recrutement, le fonctionnement interne du club et les attaques dont lui et sa famille auraient été victimes.
Par Moussa Maïdi
Convaincu d’agir uniquement dans l’intérêt de l’USMA, il réfute les accusations de blocage du mercato et assure que toutes ses décisions visent à protéger les finances et l’avenir du club. Le moins que l’on puisse dire, est que le PCA a descendu en flammes le DGS.
« 17 milliards et 40% à la revente pour Ramdaoui, c’est de la folie ! »
D’emblée, Bilal Nouioua explique que l’affaire Mohamed-Amine Ramdaoui a constitué le point de rupture. Selon lui, Saïd Allik lui a présenté, dans un premier temps, une proposition de transfert « évaluée à 14 milliards de centimes, assortie d’un contrat de cinq saisons et d’une clause prévoyant que le Paradou AC percevrait 40 % sur une future revente du joueur ». Le PCA affirme n’avoir « jamais refusé le recrutement du milieu de terrain, mais avoir demandé une renégociation des conditions financières ». « Quelques heures plus tard, poursuit-il, le montant du transfert est passé à 17 milliards de centimes nets pour le Paradou, auxquels s’ajouteraient les taxes, portant le coût total à près de 20 milliards de centimes, sans modification de la clause des 40 %, c’est inadminissble », ajoute-t-il.
Pour Nouioua, une telle opération n’était pas justifiable. Plus surprenant encore, il assure que « ni le joueur ni les dirigeants du Paradou n’étaient présents lors des discussions ». Il affirme également que Saïd Allik lui a « demandé de signer le contrat avant même que le Paradou et Ramdaoui n’y apposent leurs signatures », une procédure qu’il juge totalement irrégulière.
« Je protège les intérêts de l’USMA »
Nouioua affirme avoir subi d’importantes pressions afin de valider ce transfert. Il révèle même avoir été contacté par le fils de Saïd Allik, qui lui a « demandé d’accepter l’opération tout en l’avertissant que les supporters se retourneraient contre lui en cas de refus ».
Le président insiste sur le fait qu’il ne s’est jamais opposé au profil sportif de Ramdaoui, mais uniquement « au coût de l’opération ». Il affirme que plusieurs informations indiquaient que le joueur « souhaitait plutôt rejoindre un club russe et considère que l’insistance autour de ce dossier nourrit de nombreuses interrogations ».
« Je suis victime d’une campagne de dénigrement et de menaces »
Bilal Nouioua affirme que son refus a déclenché une violente campagne contre lui sur les réseaux sociaux. Selon ses déclarations, son numéro de téléphone a « été diffusé publiquement », tout comme « des photos de son domicile ». Il dit avoir reçu de nombreux « appels anonymes, des insultes et des menaces ». Le président estime que ces méthodes visaient à le contraindre à céder et considère qu’elles renforcent ses doutes sur les véritables motivations entourant le dossier Ramdaoui. Il réfute également les rumeurs selon lesquelles le groupe Serport refuserait de financer le recrutement, assurant que « les moyens financiers existent mais qu’ils doivent être utilisés avec discernement ».
« Il ne connaît pas Deghmoum, n’assiste pas aux entraînements et ne répond pas aux joueurs »
Bilal Nouioua est allé loin. En effet, il remet en cause le travail du directeur sportif. Il raconte notamment avoir évoqué avec lui le nom d’Abderrahim Deghmoum, avant d’être surpris par une question d’Allik : « Qui est Deghmoum ? ». Pour Nouioua, cette réponse illustre « un manque de connaissance du marché ». Il affirme également que « le directeur sportif n’assiste pratiquement jamais aux entraînements, entretient très peu de contacts avec les joueurs et ne répondrait même pas à leurs appels téléphoniques ».
« Benbot a failli partir à cause de lui, et voilà ce qui s’est passé avec Radouani »
Le président revient ensuite sur le dossier du gardien de but Oussama Benbot. Il révèle que le portier international « envisageait sérieusement d’activer sa clause libératoire, fixée à 5 milliards de centimes, afin de quitter le club ». Le PCA affirme être « intervenu personnellement après que Benbot lui eut expliqué ne pas réussir à joindre Saïd Allik ». Il indique avoir « rencontré le joueur, augmenté son salaire, prolongé son contrat et porté sa clause libératoire à 12 milliards de centimes afin de protéger les intérêts de l’USMA ».
Quant à l’affaire Radouani, Nouioua confie que le DGS « souhaitait mettre fin à son contrat malgré 13 années passées au club et son rôle majeur dans les récents succès de l’USMA ». Il ajoute qu’une « proposition de résiliation, assortie de 6 mois de salaire comme indemnité a été transmise au joueur. Il considère cette démarche dangereuse sur le plan juridique et aurait pu ouvrir la voie à un litige devant la FIFA ». Il rappelle par ailleurs avoir prolongé le contrat de Radouani quelques mois plus tôt en présence de Saïd Allik, lequel aurait ensuite nié avoir participé à cette réunion.
« N’diaye réclame sa prime de signature »
Concernant l’affaire N’diaye, qui menace de boycotter le stage d’Italie s’il ne percevra pas ses arriérés de salaire, le président du conseil d’administration affirme avoir été « surpris de recevoir une demande d’une prime à la signature de 1,5 milliard de centimes, que l’agent de N’Diaye a présentée comme résultant d’un accord verbal avec Saïd Allik ». Nouioua assure « qu’aucun document officiel ne prévoyait une telle prime ». Reste à savoir maintenant comment sera réglé ce cas.
« Les assistants ramenés par N’diaye n’ont pas les diplômes requis »
Le président dénonce également la gestion des nouveaux membres du staff. Selon lui, deux techniciens étrangers (de nationalité française, ndlr) recrutés par Saïd Allik sur recommandation de N’diaye travaillent déjà avec l’équipe sans que leurs dossiers administratifs ni leurs diplômes n’aient été transmis à la direction. « L’assistant et le préparateur physique ramenés par N’diaye n’ont pas les diplômes requis pour exercer en Algérie. A chaque fois j’évoque le sujet avec le DGS, il me répond qu’il va régler leur cas auprès de la DTN. Depuis des semaines, il n’y a eu aucune nouvelle et c’est très grave », regrette-t-il.
« La non-qualification d’Azzi et d’Abada au niveau de la CAF, c’était à cause de lui »
Bilal Nouioua revient sur la non-qualification des recrues hivernales Imad Azzi et Achraf Abada au niveau de la CAF, ce qui les a privés de prendre part à l’épreuve africaine lors de la saison écoulée. Le PCA endosse l’entière responsabilité à Allik. « Concernant Imad Azzi et Achraf Abada, j’avais relancé personnellement les négociations avec leurs clubs respectifs afin de finaliser leurs transferts. S’ils n’avaient pas été qualifiés au niveau de la CAF, c’est tout simplement à cause de Saïd Allik, qui était en déplacement avec l’équipe, alors qu’il aurait dû être présent ici pour suivre le dossier ».
« L’interdiction de recrutement bientôt levée »
Sur le plan administratif, Bilal Nouioua se veut rassurant. Il affirme que l’interdiction de recrutement infligée par la FIFA sera bientôt levée. « Le dossier Leonel Ateba est en voie de règlement et l’interdiction de recrutement imposée à l’USMA sera levée prochainement, plusieurs autres litiges ayant déjà été résolus », assure-t-il.
« Le stage d’Italie menacé »
Enfin, Nouioua confirme notre information, celle d’une éventuelle annulation du stage d’intersaison qui devrait avoir lieu en Italie. « Plusieurs membres de la délégation n’ont toujours pas obtenu leur visa. C’est aussi à cause de lui, ce qui pourrait compromettre la préparation d’intersaison. »
Synthèse de Moussa Maidi
