Mounir Zeghdoud (55 ans) a pris les rênes de l’ES Ben Aknoun en juillet 2025. Sous sa houlette, l’équipe a réalisé une saison positive et encourageante, terminant à la 8e place ex-æquo avec le CS Constantine (43 points). Ces bons résultats ont convaincu la direction de lui renouveler sa confiance pour la saison à venir. Dans cet entretien, il revient sur cette progression, la préparation estivale et les ajustements effectués. Il aborde avec franchise les défis et les perspectives de son équipe.
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
🔸 Vous avez terminé la saison à la 8e place. Que retenez-vous de cette belle progression de l’ESBA en Ligue 1 ?
Nous avons assuré notre maintien plusieurs journées avant la fin, ce qui était l’objectif premier. On n’a pas été vraiment au top, mais nous avons affiché un niveau honorable avec une progression nette. Nous avons traversé des moments difficiles, perdu des points précieux, parfois sur des matchs qu’on aurait dû gagner. Si nous avions mieux négocié ces rencontres, nous aurions pu prétendre à un meilleur classement. Mais pour un club qui dispute sa deuxième saison seulement en Ligue 1, c’est un parcours satisfaisant. Cela nous donne de la confiance, de la stabilité et nous permet de travailler sereinement. Ces acquis nous motivent énormément pour la suite du parcours.
🔸Quels facteurs expliquent cette progression ? Quelle a été la force de l’équipe ?
Le travail et la discipline ont été fondamentaux. Nous avons construit un groupe soudé, comme une famille, où chaque joueur a cru en ses chances. Un autre facteur essentiel, souvent sous-estimé, est que la direction nous a fourni tous les moyens nécessaires, que ce soit pour le staff ou les joueurs. Pour réussir, il faut un groupe qui adhère à une méthode de travail et comprenne les attentes. L’état d’esprit collectif a vraiment fait la différence. La confiance mutuelle et l’envie de bien faire ont rendu possible notre projet.
🔸Comment s’est passée la préparation estivale ? Êtes-vous satisfait ?
Nous avons effectué un premier stage à Tikjda et un second à Alger. Sur le plan du travail, nous avons rempli nos objectifs, notamment avec les matchs amicaux. L’équipe a connu des changements, des départs et des arrivées, que nous avons accompagnés pour faciliter l’adaptation. Jusqu’ici, le groupe se construit bien. Il nous reste à peaufiner la cohésion et les automatismes, mais avec du travail et de la répétition, nous atteindrons nos buts. L’essentiel est que nous avons conservé notre ossature, avec un mélange de jeunes et d’expérimentés, et nous donnerons sa chance à chacun. La dynamique actuelle est très positive pour l’ensemble du groupe. Les séances intensives ont renforcé les liens entre les nouveaux et les anciens.
🔸Ces changements dans l’effectif pourraient-ils freiner l’élan de l’équipe ?
Nous avons opéré des changements concernant des joueurs ayant eu peu de temps de jeu ou n’ayant pas répondu aux attentes. Comme dans tous les clubs, il y a des départs et des arrivées, c’est normal. Les joueurs sélectionnés ne diminuent en rien la valeur de ceux qui étaient là, mais certains n’ont peut-être pas trouvé leur place pour s’exprimer pleinement. C’est bénéfique pour eux comme pour le club, et je suis convaincu qu’ils pourront s’épanouir ailleurs. Chaque mouvement a été réfléchi pour améliorer l’équilibre de l’effectif. Nous avons recruté des profils complémentaires pour renforcer la concurrence et élever le niveau.
🔸 Pensez-vous que l’équipe peut faire encore mieux ?
Espérons-le ! La saison dernière, certains doutaient de notre capacité à progresser. Cette année, nous serons pris plus au sérieux. J’ai donc demandé aux joueurs de bien se préparer et d’être prêts sur tous les plans pour être à la hauteur des attentes. L’ambition est légitime, et nous travaillons chaque jour pour transformer cette envie en résultats sur le terrain.
🔸 Vous avez été élu meilleur coach par les supporters. Qu’avez-vous ressenti ?
Ce prix me touche, mais c’est avant tout une récompense collective. J’ai bénéficié d’un staff compétent qui m’a beaucoup aidé. Un entraîneur seul ne peut rien accomplir. Pour moi, c’est symbolique, car un bon coach travaille quels que soient les résultats, apprend sans cesse et reste humble. Cela m’encourage et me donne confiance, mais le mérite est partagé avec tous ceux qui œuvrent dans l’ombre. Comme le préparateur physique, l’entraîneur des gardiens, l’adjoint, l’analyste…
Leur rôle est essentiel dans l’évaluation et la progression du groupe, dans les bons comme les mauvais moments. Cette reconnaissance renforce notre engagement et nous pousse à ne rien lâcher et à viser encore plus haut collectivement.
🔸 On a tous vu le parcours de l’Algérie en Coupe du monde. C’est bientôt les éliminatoires de la CAN 2027, qu’attendez-vous de l’équipe nationale ?
Sincèrement, on parle parfois trop et on crée une pression inutile. Il faut analyser ce qui a fonctionné ou non, chercher des solutions et faire les bons choix pour l’avenir. L’équipe nationale dépasse les individus. Ni les joueurs, ni l’entraîneur, ni les responsables ne sont éternels. Ce que nous souhaitons, c’est que le sélectionneur en poste se donne à fond et soit à la hauteur. J’espère qu’on recrutera un entraîneur au profil adapté, qu’on lui laissera le temps et les moyens de faire ses choix. Chaque équipe traverse des hauts et des bas, l’important est d’identifier les faiblesses et d’avancer. La stabilité et la vision à long terme sont cruciales pour l’avenir de l’EN. Il faut aussi croire en nos joueurs et les soutenir.
🔸 Les sélections africaines ont brillé au Mondial. Qu’en pensez-vous ?
Oui, on constate une nette progression. Des investissements dans les centres de formation, les infrastructures et la formation des jeunes joueurs ont porté leurs fruits. Il faut de la patience et des moyens. Autrefois, à quelques exceptions près, le football africain était moins développé. Lors du dernier Mondial, on a vu des joueurs africains évoluer avec une confiance totale et saisir leurs chances, y compris des équipes moins connues qui ont réalisé des parcours honorables. Cette évolution est très prometteuse pour l’avenir du football continental. La professionnalisation croissante du continent change la donne et inspire les nouvelles générations.
🔸Quel est votre regard sur l’impact des réseaux sociaux et de l’argent dans le football ?
L’influence de l’argent n’est pas nouvelle. Aujourd’hui, les réseaux sociaux diffusent tout en temps réel, dans tous les domaines. L’essentiel est d’en tirer profit et de distinguer le positif du négatif, car certains les utilisent pour nuire plutôt que pour construire. Il faut garder la tête froide et se concentrer sur le travail et le terrain. La sagesse collective et la communication interne sont nos meilleurs remparts contre les dérives médiatiques.
🔸 Un message pour les fans avant le match contre l’ESS à Sétif ?
Nous remercions les supporters d’être toujours présents et espérons qu’ils le seront encore cette saison. Ce public sage et connaisseur, sans pression négative, nous a permis de travailler dans de bonnes conditions. Nous ferons de notre mieux pour être à la hauteur de ce public et, pourquoi pas, réaliser une saison encore meilleure. Leur soutien est notre moteur principal pour chaque défi. Nous leur promettons engagement, générosité et combat, jusqu’au bout !
H. S-A.
