Il ne se passe pas une semaine sans que nous apprenions par le biais d’un communiqué de la FAF qu’un groupe de personnes, généralement des anciens joueurs (mais pas toujours) vont suivre des cours pour l’obtention d’une licence dite CAF A.
Par Mustapha Ouaïl
A ce jour, nous n’avons pas fait les comptes, mais ce dont nous sommes, à peu près sûrs, c’est qu’il y a au moins un demi-millier d’entraîneurs titulaires de ce fameux sésame : la licence CAF A. Alors, une question vient d’elle-même : à quoi bon avoir une licence CAF A, ou encore CAF Pro, si au final, les clubs de l’élite (Ligue 1 et 2) et surtout l’équipe nationale ne regardent même plus du côté de ces entraîneurs ?
Oui, on pense honnêtement que la question est d’une pertinence absolue. A quoi bon se décarcasser pour obtenir cette Licence CAF A si les clubs les plus en vue, les plus nantis, les plus ambitieux, n’ont d’yeux que pour l’étranger ? Mais là, c’est aux entraîneurs de nous donner une réponse.
Cependant, en revenant à cette formation, nous apprenons par le biais du communiqué de la FAF que «cette formation est primordiale pour les futurs entraîneurs souhaitant atteindre un haut niveau de compétence et de qualification dans le football». Ah bon ! Ainsi donc, les entraîneurs qui suivront cette formation devraient atteindre le haut niveau de compétence de qualification dans le football ? Quelle bonne nouvelle !? On devrait alors déclarer cette journée fériée, non ? On va la caler juste derrière les trois jours de fête de l’Aid El Adha.
Et puis, attention il y a mieux. La DTN nous fait savoir aussi que, lors de cette formation, «la matinée a été consacrée aux cours théoriques sur l’analyse des matchs et les données du football de haut niveau, administrés par l’instructeur CAF, M. Nacerdine Sadi. Ces cours permettront aux candidats de comprendre en profondeur les aspects stratégiques et analytiques du football moderne». Que devrait-on dire après cela ? Que le meilleur du football algérien est à venir ? Oui certainement parce que, selon la DTN (Direction technique nationale, pour ceux qui ne le savent pas), nous aurons dans une semaine (c’est la durée de cette formation) des entraîneurs qui comprendront en profondeur, oui en profondeur Messieurs- Dames, en profondeur les aspects stratégiques et analytiques du football moderne. Liverpool, Manchester, Real, Barcelone et Bayern n’ont qu’à bien se tenir. On ne parle plus du Ahly, du Zamalek, de l’ES Tunis et autres TP Mazembe et Mamelodi Sundows, non, mais voyons ! nous on élève le niveau, ces équipes-là seront, dans tout juste une semaine, des minus devant nous.
Ya weddi, messieurs de la FAF et de la DTN, arrêtons la parlote et les chimères. Le niveau de notre championnat périclite, et ce n’est pas faute d’entraîneurs qui ne comprennent pas encore en profondeur les aspects stratégiques et analytiques du football moderne, non ! Mais ce n’est pas ça du tout. Le problème est ailleurs. C’est au niveau de la formation des jeunes qu’il faut aller. «Les aspects stratégiques et analytiques du football moderne», c’est à des joueurs qui ont une base de formation assez solide qu’il faut les appliquer, pas à des joueurs qui ne savent même pas faire un contrôle orienté. Quand on voit aujourd’hui des équipes comme la JSK, le MCO, le CRB, l’USMA, le MCA, l’ESS et autres NAHD et WAT recruter des joueurs issus de la 3e division, cela veut dire quoi ? Une équipe comme la JSK, qui a été championne d’Afrique 2 fois, l’a été avec un effectif issu à plus de 70% de sa propre formation. L’Entente sétifienne a connu ses heures de gloire continentale avec un effectif issu à 90% de son propre réservoir. Ceci est valable aussi pour les deux Mouloudia, celui d’Alger et d’Oran. Tlemcen qui végète aujourd’hui en 3e Division avait survolé les championnats arabes avec des joueurs qu’il a lui-même formés.
C’est la formation des jeunes qui fait défaut dans notre pays. En premier lieu, c’est la formation. Juste pour donner un dernier exemple, Il fut un temps où le poste de gardien de but en équipe nationale A posait un sérieux problème aux sélectionneurs. Oui, un sérieux, problème parce que les 16 gardiens de buts de la D1 étaient excellents. De Djamel Chater à Nacerdine Drid en passant par Kheiredine Kadim, El Hadi Larbi et Kamel Kadri. Là aujourd’hui, pour notre sélection U17 on a dû faire appel à un binational résidant au Canada. Nous n’avons absolument rien contre les binationaux, qu’on se le dise. Mais dans un pays où plus de 35% ont moins de 15 ans… aller chercher un gardien de but du côté de Saskatoon au fin fond du Canada, là on ne reconnait plus notre Algérie du football.
M. O.
