3 mars 2026

Sarah Derbal : « Ma mission, raconter toutes les disciplines »

Journaliste sportive à Canal Algérie, Sarah Derbal a su, au fil des années, tracer sa voie dans un univers très masculin. Du commentaire en direct aux reportages de terrain, en passant par sa profonde implication dans la valorisation du sport féminin, elle incarne une nouvelle génération de journalistes, pour qui la passion du sport rime avec persévérance, humanité et quête de sens. 

Entretien réalisé par Hamid Si-Ahmed

Avez-vous vu des signes encourageants ou au contraire des stagnations inquiétantes dans le sport et le football algérien durant ces dernières années ? Quel regard portez-vous ?

Je dirais qu’il y a à la fois des signaux très encourageants et encore quelques blocages. On sent une vraie évolution dans la structuration du football, notamment avec la FAF et la LFP. Plus d’organisation, plus de visibilité, un travail qui se fait sur la formation des jeunes et le football féminin, qui lui, est en plein développement. Après, il reste les défis, surtout au niveau des infrastructures et la stabilité des clubs. Mais globalement, je suis optimiste, parce que le potentiel et la passion en Algérie sont énormes !

L’actualité sportive en Algérie est souvent trop focalisée sur les résultats immédiats. Pourquoi selon vous et quelles sont les solutions ? 

En Algérie on est beaucoup dans l’émotion et l’urgence !! Donc, on juge tout sur le résultat du week-end, plutôt que sur le projet à long terme. Entre la pression des supporters et des réseaux sociaux, tout devient immédiat. Donc, pour changer les choses. Le rôle des médias et des instances concernées, c’est justement de remettre le long terme au centre : parler formation, structuration, développement des jeunes.

Quel a été votre première pensée au coup de sifflet final, après l’élimination face au Nigeria, en Coupe d’Afrique ?

J’étais forcément déçue, mais aussi optimiste. On a une équipe jeune, en construction, qui a besoin de temps et d’expérience. Je suis convaincue que l’avenir est prometteur !

Sentez-vous que votre rôle a évolué dans la promotion et la défense du sport féminin ?

Oui, clairement… Mon rôle a évolué avec le temps : je ne fais plus seulement du reportage, je me sens aussi investie d’une mission de visibilité et de valorisation du sport féminin. Aujourd’hui j’essaie de donner plus de place aux athlètes, de raconter leur histoire et montrer que leurs performances méritent la même lumière que celles des athlètes hommes. C’est devenu un engagement personnel !!!

Quel a été votre plus grand combat depuis le début de votre carrière ?

Mon plus grand combat a été de m’imposer dans un monde du sport encore très masculin. Il y a eu des moments où je me demandais si j’avais ma place. Mais chaque obstacle m’a rendue plus forte !!! Ce parcours me pousse à me battre, non seulement pour moi, mais pour toutes celles qui rêvent d’avoir leur place dans le sport.

Vous avez voyagé. Quel sont les apprentissages que vous en avez tirés ? 

Voyager m’a beaucoup appris. J’ai eu la chance de visiter plusieurs pays, et chaque voyage m’a aidée à progresser. Mais le plus marquant a été mon déplacement à Budapest : j’y ai rencontré des journalistes sportives venus de sept pays différents. 

On a pu partager nos expériences et apprendre énormément les unes des autres. Ce voyage a été l’un des plus enrichissants de ma carrière et il m’a encore plus poussée à croire en mes rêves !

Si vous pouviez, quelle serait la première chose que vous changeriez dans le quotidien du journaliste sportif algérien ?

Ce serait de donner plus de visibilité aux autres disciplines et aux autres athlètes. Le football occupe tout l’espace médiatique, alors que le handball, le basket, le volley ou l’athlétisme regorgent de talents qui méritent d’être suivis. Couvrir toutes les disciplines permettrait au sport algérien de progresser autrement. 

Est-ce que votre regard de mère a changé votre façon de voir ce métier ?

Oui, devenir mère m’a donné une perspective plus humaine. Je suis plus attentive à ce que je transmets et à ma façon de montrer que le sport peut inspirer toutes les générations.

Si vous deviez résumer en une seule phrase ce que vous avez appris sur vous-même durant votre carrière, quelle serait-elle ?

J’ai appris que la passion et la persévérance peuvent ouvrir des portes, même là où on ne vous attend pas. 

Le stade le plus chaud où vous avez posé les pieds ? 

Sans hésiter, San Siro. En Algérie, c’est le stade du 5-Juillet : un lieu unique qui me rend toujours nostalgique. 

Un match que vous pourriez commenter les yeux fermés ?

La finale de la Coupe d’Algérie entre le MCA et l’USMA et ce but de Benmoussa.

Le plus beau but que vous ayez commenté en direct ?

Honnêtement, je n’ai pas de préférence. Chaque but que j’ai commenté en direct à son charme. Tout dépend de l’enjeu.

Si vous pouviez interviewer une légende du sport mondiale, vivante ou disparue, qui choisirez-vous ?

Paolo Maldini pour sa carrière exemplaire, ou Iker Casillas !

Quel regard portez sur la place des femmes dans le journalisme sportif en Algérie aujourd’hui ?

Aujourd’hui, les femmes gagnent progressivement leur place dans le journalisme sportif en Algérie, mais il reste encore beaucoup à faire. 

On progresse, mais il faut continuer à ouvrir les portes, donner plus de visibilité et encourager celles qui veulent se lancer dans ce métier. 

Votre plus grand kiff dans ce métier ?

C’est de rencontrer des gens de découvrir leurs histoires et d’apprendre à les connaître. Chaque rencontre est une nouvelle source d’inspiration. 

Un mot pour décrire votre lien avec les supporters algériens ?

Il est très spécial, même si je ne suis pas souvent sur les terrains de foot. Ce qui me touche, c’est de lire leurs messages sur les réseaux sociaux et de voir leur passion pour le sport en général.  Ces derniers temps, je me concentre davantage sur d’autres disciplines, et c’est incroyable de constater que les supporters s’intéressent aux autres sports !!!

Où vous voyez-vous dans 10 ans ? 

Je me vois toujours dans le sport, mais avec encore plus d’impact. Continuer à raconter des histoires, mettre en lumière les athlètes et contribuer à faire évoluer le sport algérien, surtout pour les jeunes et les femmes

Si vous n’étiez pas journaliste sportive, vous feriez quoi ?

Honnêtement, je pense que je serais restée dans le sport d’une manière ou d’une autre. Peut-être dans l’organisation d’événements ou l’accompagnement des athlètes. Le sport a toujours été une passion pour moi, donc, je ne m’en serais jamais vraiment éloignée.

Un dernier mot, celui que vous voulez…

Mon dernier mot serait un message : donnons plus d’importance à la formation, aux jeunes et au sport féminin. Aux responsables comme aux parents, je dirais d’encourager les enfants à faire du sport, à rêver grand. Parce que le sport peut vraiment changer des vies !!!

H. S-A.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *