On ne présente pas Mustapha Kouici. Le virtuose ex-international est l’une des figures de proue du football algérien. Actuellement consultant pour l’ENTV, l’ex-défenseur international aux 50 sélections, ex-entraîneur et éducateur, Mustapha Kouici, analyse dans cet entretien plusieurs sujets de l’actualité sportive algérienne.
Entretien réalisé par Nasser Souidi
Commencez par nous donner votre analyse sur les performances des clubs algériens en coupes africaines, ainsi que la récente victoire du MCA face à Mazembe ?
Les quatre clubs algériens ont réalisé un parcours presque parfait, notamment l’USMA et le CSC, qui n’ont besoin que d’un point pour se qualifier. Le CRB, malgré sa défaite à domicile, reste maître de son destin contre Orlando Pirates. Le MCA, après sa victoire face au TP Mazembe, a également plus de chances de passer au prochain tour, un seul point étant nécessaire. Bien que le Mouloudia ait manqué d’efficacité, l’important était la victoire, surtout contre un Mazembe agressif. Le MCA a su gérer surtout ces moments difficiles où il y avait beaucoup de contacts.
Vous gérez une école de football « Form-Foot ». Comment voyez-vous l’impact de ces académies sur l’évolution du football national et le développement des jeunes talents ?
Le rôle d’une académie est de préformer les jeunes en leur enseignant les bases du football. À « Form-Foot », nous accompagnons les enfants de 6 à 13 ans, en les préparant avant leur intégration dans les clubs. Nous offrons ainsi une formation footballistique, mais aussi une éducation, sur et en dehors du terrain. Notre objectif est de former des individus équilibrés. Je soutiens la création de ces écoles, tant qu’elles restent axées sur la formation et l’éducation des enfants, et non dans un but purement mercantile. Surtout éloigner nos gosses des mauvaises fréquentations et des fléaux que nous connaissons tous. En quelque sorte, nous formons les Algériens de demain.
A ce titre, l’Algérie sera représentée au CHAN 2025 par un groupe formé essentiellement des moins de 19, 20 et 23 ans, en vue de préparer l’avenir du football national et offrir une plateforme de compétition internationale aux talents locaux. Qu’en pensez-vous ?
Essayer de valoriser le joueur local a toujours été une très bonne chose, c’est positif pour le football algérien. Et puis, ça devrait encourager les joueurs qui sont sélectionnés, pour, pourquoi pas atteindre le niveau de la sélection nationale. Mais cela dépendra de leur parcours. Je pense qu’avec Madjid Bougherra, qui a déjà coaché cette sélection locale, cette équipe ne pourra que progresser. Donc c’est une très bonne chose pour les footballeurs locaux, à eux de saisir cette chance, cette opportunité, pour leur carrière future.
Surtout que la concurrence est devenue très rude pour une place en sélection A. L’Algéro-Allemand Mitchell Weiser en est le parfait exemple. Lui qui fait tout pour gagner une place en équipe nationale, au poste de latéral droit, où il y a déjà un certain Youcef Attal…
C’est normal, quand tu as des pépites à l’étranger. En effet, la concurrence est ouverte aux joueurs locaux et à tous les jeunes joueurs qui peuvent apporter un plus. Et surtout les avoir dès maintenant avec la sélection algérienne. Mitchell Weiser, moi je pense que c’est une très bonne chose de l’avoir déniché, c’est un plus pour le football algérien. Et je pense qu’il y en a encore beaucoup d’autres comme lui. La porte est ouverte aux Algériens d’ici et d’ailleurs, ils porteront le même drapeau et défendront les mêmes couleurs.
Le SCO d’Angers, où évoluent les internationaux algériens Belkebla, El Melali, Abdelli et Ferhat, traverse une grave crise financière, une crise qui touche durement plusieurs clubs de Ligue 1 française. Un parallèle avec les crises financières des clubs algériens ?
Attention ! c’est vrai que certains clubs en France rencontrent des problèmes financiers similaires aux nôtres, mais là-bas, la loi est stricte. En Algérie, nous sommes encore loin du professionnalisme réel. La plupart des clubs sont déficitaires, il reste beaucoup à faire pour atteindre un vrai professionnalisme.
Parlons du malaise survenu à la JSK, après la démission de Abdelhak Benchikha. Quel est votre jugement concernant cette affaire ? Que doit-on retenir de cet épisode ?
La stabilité est cruciale pour tout club, et Benchikha, que je considère comme un ami et un frère, a beaucoup apporté à la JSK, malgré un grand nombre de changements de joueurs. Les résultats sont globalement positifs, même avec quelques revers. Cependant, sa démission annoncée après un match n’était pas la meilleure décision. Cela aurait dû se faire dans un cadre plus approprié, avec la direction. Bien que la pression des résultats soit immense, il est normal de poser sa démission, mais le moment et le lieu n’étaient pas adéquats pour annoncer cette démission.
Quel bilan faites-vous de cette première moitié de saison ?
Je ne veux pas noircir le tableau, car il y a des points positifs. En tant que consultant à l’ENTV, j’ai observé plus de technique, avec des matchs de qualité sur le plan tactique et physique. Cependant, le championnat reste imparfait et confronté à de gros problèmes, notamment la valse des entraîneurs. Le nombre élevé de limogeages, 13 ou 14, est trop important. Il faudrait que les dirigeants y réfléchissent et limitent ces changements à cause de quelques résultats négatifs.
Restons à la JSK et l’entraîneur qu’il lui faut vraiment. Vous privilégiez la piste locale ou bien étrangère ?
Le coach étranger est devenu tendance, mais cela peut poser problème. Si un entraîneur expérimenté arrive dans un club historique comme la JSK, c’est compréhensible. Cependant, il ne faut pas recruter quelqu’un sans expérience du championnat africain. Les clubs comme la JSK, le Mouloudia, le CRB, l’USMA, et l’ESS ont pour objectif de réaliser de bons parcours et gagner des titres. Les dirigeants doivent réfléchir avec soin avant de choisir, et doivent ramener la bonne personne. Voilà. Il y a de belles empoignades durant les rencontres de coupe d’Algérie, une compétition nationale qui a toujours emballé les foules…
Comme CRB-Mouloudia…
Écoutez, la coupe a toujours été pleine de surprises, avec des petites équipes éliminant des clubs plus forts. Elle reste imprévisible, contrairement au championnat, et n’a jamais été un objectif principal. Comme on dit, l’appétit vient en mangeant. La coupe a un charme unique, et l’ayant gagné deux fois, avec le CRB et l’USMA, je sais de quoi je parle. Donc bonne chance à toutes les équipes !
En attendant le prochain rassemblement du mois de mars, quel est votre avis sur la performance actuelle des Verts sous la direction de Petkovic ?
Les débuts de Petkovic sont prometteurs, on ne peut pas dire le contraire. Qualifié en coupe d’Afrique, de très bons résultats, tu gagnes à l’extérieur, tu gagnes à domicile,… C’est vrai, le contenu de notre onze n’est pas encore parfait, mais je pense que les choses s’améliorent. Et en plus, comme je l’avais dit lors de notre dernière interview avec vous, laissons le sélectionneur travailler, donnons-lui du temps pour peaufiner cette équipe nationale, et avec le temps, je pense que l’équipe nationale va s’améliorer, et pourra surprendre beaucoup de gens.
Avant de nous quitter, dites-nous ce que vous souhaitez au sport algérien pour l’année 2025 ?
Ce que je souhaite par-dessus tout, une chose qui me tient à cœur, c’est de ne plus voir de violence dans nos stades. Le fair-play, c’est mon message le plus important. Voir certaines scènes m’a fait beaucoup de chagrin, il faudrait que cela change, que cela cesse. Et là, je lance un appel à tous les supporters, de tous les clubs, à être plus sportifs, et d’accepter la défaite comme on accepte la victoire. Dans un stade de football, il n’y a que le meilleur qui peut gagner.
N. S.
« Le Mouloudia a manqué d’efficacité, l’important était la victoire, surtout contre un Mazembe agressif »
« Je soutiens la création d’écoles de football, tant qu’elles restent axées sur la formation et l’éducation, et non dans un but purement mercantile »
« Avec Madjid Bougherra, les locaux ne pourront que progresser »
« Nous sommes encore loin du vrai professionnalisme. La plupart des clubs sont déficitaires, il reste beaucoup à faire »
« La démission de Benchikha ? Le moment et le lieu n’étaient pas adéquats pour annoncer cette démission »
« Malgré quelques points positifs, le championnat reste imparfait et confronté à de gros problèmes, notamment la valse des entraîneurs »
« Les débuts de Petkovic sont prometteurs, on ne peut pas dire le contraire. Laissons travailler»
« Dans un stade de football, il n’y a que le meilleur qui peut gagner. Les supporters doivent accepter la défaite »
