Ancien international, Mohamed Feddal a fait toutes ses classes à la JSEB. Le libéro de charme a par la suite dirigé le club et entraîné l’équipe d’El Biar, il y a quelques années de ça. Actuellement, il s’occupe des anciens footballeurs de la JSEB. Ancien directeur d’une revue locale, Mohamed Feddal a travaillé comme éducateur. Nous avons, en sa compagnie, décortiqué certains aspects du football national.
Entretien réalisé par Nasser Souidi
Pour commencer, dites-nous comment va la JSEB ?
On était à un point de l’accession en 2023, mais cette saison, Hamdoullah, on est en Ligue 2. On a pris les choses en main, on a fini premier avec vingt-sept (27) points d’écart ! Mais apparemment, on va avoir un problème de stade…
C’est-à-dire ?
Nous avons un problème de tribune que nous n’avons pas rénovée, et donc, notre stade n’est pas homologué. Soit on jouera à huis-clos, soit en dehors d’El-Biar. Peut-être le 20-Août, Kouba, Dar El Beida, ou quelque part ailleurs. Alors que nous avons un stade neuf, c’est une merveille…
Pour quelle raison la tribune n’a pas été refaite ? A qui la faute ?
A vrai dire, à tout le monde. Sachez que nous avons un stade semi-olympique. Nous avons deux salles, l’année prochaine inch’Allah il y aura même une piscine. Notre stade est neuf, mais hélas, il nous manque une tribune.
Comment se déroule la préparation de la prochaine saison ?
Ils sont en train de recruter, et l’équipe va bientôt entamer la préparation. La D2, ce n‘est pas la D3. Vous savez, quand vous avez affaire à Tiaret, à Tlemcen, à Saïda, à Mascara, à Mostaganem, à Kouba, au NAHD. Ce n’est pas de la tarte ! Presque toutes les équipes ont des anciens joueurs de Ligue 1, Même les espoirs qui ne jouent pas en Nationale 1 partent en D2.
Et pour ce qui est des autres disciplines ?
El Biar est aussi illustre en handball. El Biar est champion du Maghreb, champion arabe, on est premier au classement filles et garçons. Notre handball va très bien !
Que pensez-vous du niveau du championnat de la saison passée ?
Quand même, le niveau est monté d’un cran la saison dernière. Avec le Mouloudia, le CRB, l’USMA, la JSK, le CSC. Mais dommage, après ce qui s’est passé à Constantine.
Si vous parlez des incidents du stade Hamlaoui, ne pensez-vous pas que finalement, c’est la mauvaise gestion du football qui est, en quelque sorte, la cause de cette violence ?
Si on voulait, on aurait réglé tous ces problèmes, mais que voulez-vous, on a laissé les choses s’aggraver. A qui la faute ? A la médiocrité bien sûr, à ces personnes qui ne sont pas à la place qu’il faut, qui n’ont rien à voir avec le milieu footballistique. Des marchands de rêves, des commerçants, hélas ! Ils ont écarté les anciens footballeurs, parce que quelque part, ils les gênent. C’est dommage ! Si on accordait plus d’importance aux comités des supporters, dans un cadre associatif, il n’y aurait pas de violence. Au contraire, on remonte certains supporters pour justement créer cette violence et, au final, porter atteinte à l’équipe.
L’Algérie commencera sa campagne de qualification pour la CAN 2025 en recevant la Guinée-Équatoriale début septembre 2024. Êtes-vous optimiste ?
En toute sincérité, en tant qu’ancien footballeur, moi je suis contre la venue de Petkovic, à mille pour cent ! Ramener un entraîneur étranger, pourquoi pas, mais il aurait fallu ramener un grand nom. Dans ce cas-là, il fallait laisser Belmadi continuer. Entre nous, Belmadi aurait dû démissionner le jour où on a loupé le Mondial face au Cameroun. Il a raté le coche, d’ailleurs, ensuite, à la CAN, l’EN est sortie au premier tour. Belmadi n’a pas su s’arrêter au bon moment.
Et pourtant, on dit que Petkovic est venu avec un CV…
Quel CV ? Il est passé au deuxième tour avec la Suisse en Coupe du monde, vous appelez ça un CV ? Même en tant que joueur, il n’a pas été une lumière. Et pourtant, en Algérie, nous avons des entraîneurs meilleurs que Petkovic. Seulement, ils ne leur font pas confiance. On leur a fait passer le 3e degré, CAF A, CAF B, et tout, mais une fois qu’ils ont leurs diplômes, ils les ignorent. C’est toujours les mêmes qui sont en train de travailler. Vous pensez que Petkovic a une baguette magique ? Le travail, ce n’est pas un coup de chance. Et je ne parle même pas du fait qu’on ait ramené un sélectionneur qui ne parle même pas le français. Même le traducteur ne s‘exprime même pas bien en français.
Comment expliquez-vous cela ? Comment en sommes-nous arrivés là ?
La Fédération est mal gérée, et le ministère n’intervient pas. C’est le pourrissement. On ne sait pas où on va comme ça. Vous avez vu ce qui s’est passé à la Ligue, après le scandale de corruption à la FAF. Vous voyez où on en est arrivé ! On est en train de faire du surplace. Heureusement que le championnat de la saison dernière nous a fait oublier tout ça. Si on donne des subventions aux clubs, il doit y avoir retour sur investissement. Et là, c’est l’Etat qui doit intervenir. Où est passée la formation ? Les U16 éliminés, les U17 éliminés, U18, U19, U20… etc. Que fait le DTN ? On est éliminés sur toute la ligne ! Mais le problème, c’est que quand quelqu’un échoue, il ne démissionne pas. Malgré les défaites, on est là, on ne bouge pas. C’est une question de principe, mais hélas…
Prenons juste le cas des Jeux olympiques. Vous trouvez normal qu’avec 46 athlètes algériens qui participent au JO, il y ait 420 accompagnateurs ? A un moment donné, il faut que ces personnes soient raisonnables. Mais elles ne lâchent rien ! Qui sont ces accompagnateurs ? Des médecins ? Des kinés ? Des secrétaires ? Comment ont-ils pu être accrédités ? Le comble, c’est qu’on a annoncé ce chiffre en pleine télévision, dans les journaux. Que fait le ministère des Sports ? Mais je ne vous apprends rien…
Donc, selon vous, le football national n’avance pas ?
Si on veut que notre football se développe, il faudra ramener des gens compétents. Et il faudra être derrière eux ? Prenons l’exemple de la JSK, ils ont ramené Medane, Krimo Aradji et Benchikha. Dans la formation, en Algérie, il n’y a pas mieux que Aradji. On a joué ensemble, je connais son travail. Si on écarte quelqu’un comme lui, ce sera une erreur monumentale. Si ça ne tenait qu’à moi, je placerais Aradji comme DTN ! Vous avez vu ce qu’il a déjà fait avec les jeunes, avec Salim Menad. Quand on parle de diplôme, de connaissances théoriques et pratiques du football, Aradji, il est hors pair. Il a toutes les qualités.
Et dire qu’on a beaucoup de compétences en Algérie…
Il y a aussi Rachid Bouarrata de Constantine. Pourquoi a-t-on évincé quelqu’un comme Benzekri ? On aurait dû le garder, au moins en tant que conseiller. Pourquoi on a écarté quelqu’un comme Kamel Mouassa ? Pourquoi cette chasse aux sorcières ? Parce que ce sont des Algériens ? Tout ce qui est algérien n’est pas bon ? Ces anciens internationaux peuvent faire bouger les choses, parce qu’ils ont un certain poids à la Fédération, ils ont une force de frappe, la force de la parole. Comme Fergani, quand même, c’est un ancien capitaine d’équipe ! Belloumi, Kouici, Bencheikh, Avant, ils étaient actifs, avec l’Association des anciens footballeurs, mais c’est tombé à l’eau. Ils se sont contentés de faire des tournois. Un jubilé par-ci, un jubilé par-là.
A vous le mot de la fin…
L’honnêteté et la crédibilité, ce n’est pas donné à tout le monde. Mais que voulez-vous, on doit faire avec. Sinon, pour revenir à la JSEB, nous avons un bon groupe, une équipe dirigeante merveilleuse. Et on n’est pas comme certains clubs qui ont une trentaine de dirigeants. Nous, on en a trois ou quatre. Notre président, Mohamed Turki, c’est lui l’entraîneur, c’est lui le manager, il fait tout ! Il dépense même pour le club de son propre argent. Et les joueurs sont bien payés et bien chouchoutés. Et le résultat est là. On a fait quatre (4) accessions de suite, et celle-là est la cinquième, qu’on a raté de peu l’avant-dernière saison. Inch’Allah, la saison prochaine, on accédera en Ligue 1 !
N. S.
