A quelques encablures d’un derby passionnant, le Nasr Hussein Dey se retrouve plongé dans une crise interne dont il se serait volontiers passé. Alors que le grand derby contre le RC Kouba, comptant pour la 25e journée de Ligue 2, se joue ce samedi, l’entraîneur Aziz Abbas a failli jeter l’éponge. Ce n’est pas la pression du terrain qui a fait vaciller le technicien, mais bien le climat délétère qui a régné à Bensiam cette fin de semaine.
Le point de rupture a été atteint mercredi après-midi. Alors que le plan de bataille pour contrer le RCK était déjà en place, Aziz Abbas a vu ses joueurs refuser de s’entraîner, enclenchant un mouvement de grève pour réclamer des arriérés de primes. Pour le coach, ce fut la goutte d’eau. Dans un échange tendu et empreint d’une profonde amertume avec les membres de son staff technique, il a exprimé son désir de partir: «Il vaudrait mieux que je m’en aille maintenant plutôt que d’accepter de travailler dans de telles conditions. Ce genre de situation n’encourage personne à donner le meilleur de soi-même.»
Pour Abbas, la dignité du métier d’entraîneur est incompatible avec l’instabilité chronique qui frappe le club au moment le plus crucial de la saison.
La déception envers un vestiaire «sans reconnaissance»
Ce qui froisse le plus le coach, c’est le timing et la manière. Aziz Abbas se dit profondément déçu par ses joueurs. Il estime que le groupe a manqué de respect non seulement à son égard, mais aussi envers le travail acharné accompli ces dernières semaines. Le NAHD revenait pourtant de loin, restant sur une dynamique très positive avec deux succès consécutifs glanés avec la manière face au MC Saïda et au WA Mostaganem.
Voir cette dynamique brisée par un débrayage à trois jours d’un derby est, pour lui, un aveu de manque de professionnalisme. Il ne comprend pas comment des joueurs, qu’il a soutenus et portés vers le haut, ont pu privilégier le bras de fer financier à l’enjeu sportif d’une rencontre qui tient en haleine des milliers de supporters.
La gestion administrative : Le procès de l’amateurisme
Si la déception envers les joueurs est morale, la colère envers la direction est, elle, purement structurelle. Aziz Abbas ne décolère pas contre ses dirigeants. Le motif de sa rage est simple et mathématique : le montant des primes de la discorde ne dépasserait pas les cinq millions de centimes. Pour un club de la stature du NAHD, laisser une grève éclater et risquer de saborder un derby pour une somme qu’il qualifie de « dérisoire » est un aveu d’échec administratif humiliant. Le coach fustige l’incapacité de la direction à anticiper et à protéger le groupe.
Comment ne pas avoir fait l’effort nécessaire pour mettre les joueurs dans les meilleures conditions psychologiques avant le choc contre le RCK ?
Abbas estime que le terrain est constamment pollué par des problèmes qui devraient être réglés dans les bureaux bien avant que le premier ballon ne roule.
Quel avenir pour Abbas après le derby ?
Certes, les joueurs ont repris le travail jeudi sous la médiation du staff, mais le ressort semble bel et bien cassé. Aziz Abbas a accepté de rester pour ne pas fuir ses responsabilités devant l’importance du match, mais sa confiance envers l’environnement du club est ébranlée. Samedi, sur le banc, il dirigera ses hommes face au RCK avec, sans doute, un sentiment de solitude. Ce derby ne sera pas seulement une affaire de points, mais un test de survie pour la relation entre un entraîneur exigeant et une institution qui peine à s’aligner sur son niveau de professionnalisme. Si le résultat ne suit pas, ou si de nouveaux couacs administratifs surgissent, le départ d’Aziz Abbas, qui n’était qu’une menace cette semaine, pourrait bien devenir une réalité inéluctable.
O. Y.
