Ancien défenseur international, Mourad Slatni a porté les couleurs d’Annaba, du Mouloudia d’Alger et du CR Belouizdad. Devenu entraîneur, il fait ses débuts à Hamra Annaba, avant de passer par Aïn Beïda, Khenchela, Batna et l’USM Annaba. Il a également dirigé les équipes nationales des moins de 17, 18 et 20 ans, puis s’est exilé au Kenya et au Botswana. De retour en Algérie depuis quatre mois, il prépare actuellement son diplôme CAF Pro (2e promotion, 3e module).
Vous y avez joué et l’avez entraînée. Aujourd’hui, l’USM Annaba n’est pas à sa place. Selon vous, la responsabilité est-elle d’abord sportive, financière, ou dans sa gestion ?
Elle est humaine d’abord. Ces responsables ne sont pas à leur place.
Annaba a tout d’une grande équipe. Annaba a toujours eu de bons joueurs, elle a toujours eu une équipe représentative. Des infrastructures parmi les meilleures sur le continent africain. Un vivier d’athlètes dans différentes disciplines. L’athlétisme, le hand, le basket, la gymnastique, l’escrime, le water-polo, l’aviron, la boxe, le cyclisme… Une ville où il y a tous les sports !
Des responsables choisis, qui ont forcé la main et clochardisé le club.
Avant, du temps des Beloucif, Attoui et Tadjet, jusqu’au départ d’Abdenour Meribout, « Allah yarahmou », en 1998, il y avait deux groupes, la majorité des bons joueurs d’Annaba et des environs. On avait une très bonne équipe, ce qui nous a propulsés en Super division. On a participé à une Coupe arabe, on s’est classé 2e.
Après est venu le groupe de Menadi, ils ont détruit le club. Ils ont échoué, induisant les supporters en erreur, avec des victoires qui, en réalité, n’ont pas garanti un avenir meilleur. On s’est retrouvé par la suite en 3e division. Ça fait six ou sept ans que le club souffre dans les divisions inférieures. Aujourd’hui, on voit les séquelles, sans parler des dettes qu’ils ont accumulées…
Vous avez entraîné au Kenya et en Libye, et avez travaillé au Botswana. Parlez-nous un peu de ces expériences…
Avec Adel Amrouche, au Kenya, en 2013, avec au bout une coupe CECAFA, à l’occasion du 50e anniversaire du Kenya. Une très bonne expérience, ma première en dehors du pays. Et puis en Libye, en 2018, également avec Amrouche, où on a participé aux éliminatoires de la Coupe d’Afrique, Égypte 2019. Mais cette aventure a pris fin, puisque je devais aller étudier le management en sport, et passer un stage pratique à la FIFA, à Lausanne. Et puis, j’ai exercé au Botswana, en tant que Directeur technique.
Qu’est-ce que ces pays font mieux que l’Algérie dans la formation et la gestion du football ?
Mis à part certains pays, comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Congo et le Nigeria, l’Algérie n’a rien à envier aux autres pays africains. Nous avons maintenant des académies, un projet sportif, mais il faudra patienter un peu. Semer et attendre la récolte.
Mais c’est un tout… Ce n’est pas clair. Il y a des académies, mais je pense que ce sera difficile. Le choix des responsables techniques, et ceux qui choisissent le personnel et les staffs. Donc il faut bien les choisir, et il n’y a que le privé qui peut le faire.
Quand c’est une société étatique, il y a des interventions de partout. Après, toi, tu te retrouves au milieu des décisions, des interférences… Tu ne peux pas faire comme ça un travail ciblé et voulu.
Justement, que pensez-vous de la mise à l’écart de certains anciens, sans vraie justification technique ?
Les décideurs, dans le football, ont bien compris que l’essentiel, c’est d’avoir un bon salaire, et ils se méfient des compétences. Ils te mettent dans leur entourage « le mur de Berlin ». S’ils te voient dans les tribunes durant un match, pour eux, c’est une menace.
Et les valeurs d’un ancien joueur devenu entraîneur sont en train de disparaître. Il y a encore des gens biens dans les clubs, mais ils se font rares. Mais certains anciens aussi ne sont pas tous exempts de tout reproche !
Où se situe le malaise du football algérien aujourd’hui ? Le problème numéro 1 du foot algérien ?
L’État a construit des stades, il ne faut pas le nier. Nous avons de bons joueurs, et par moment, de belles passes techniques. Et ça, c’est venu avec beaucoup de moyens. Les entreprises des clubs, c’est de grands budgets… Mais quand tu vois comment les entraîneurs étrangers nous ont pris à la FIFA de grandes sommes. C’est un laisser-aller des responsables qui ont octroyé ces sociétés.
Yaâkoubi a pris 7 milliards, après un seul entraînement… Et personne ne crie au scandale. Ça fait de la peine, quand même. Je n’ai rien contre les entraîneurs étrangers, mais il faut le dire, on n’aime pas le produit local. Et ça se répercute même en équipe nationale. Parce que le produit local, il ne se soumet pas, eux ils préfèrent quelqu’un de discret, qui garde les secrets. Des choses pas normales. Plus tu es correct, plus tu es indésirable. Des conseillers en sport, qui ont fait leurs preuves, sont totalement ignorés.
Mais beaucoup acceptent de travailler dans ces conditions, il faut aussi le dire.
Après les derniers résultats de l’EN, et à quelques mois de la Coupe du monde 2026, êtes-vous plus optimiste qu’avant ?
Quand on donne un avis, on doit argumenter. Moi, je suis un gars de football, j’ai 60 ans. Je suis le football algérien de très près. Je regarde les émissions, lis les journaux et ce qu’il y a sur les réseaux sociaux. Quand je critique, c’est objectivement.
Le premier problème, c’est le gardien de but. Ils n’ont pas su gérer ce poste. Et le premier et dernier responsable, c’est le sélectionneur. Ce n’est pas quelqu’un d’autre. Puisqu’il consulte l’entraîneur des gardiens, il a donc la responsabilité de bien choisir.
Benbot a fait un bon match au Maroc, tout le monde en a parlé. Et si par malheur il faisait une mauvaise finale, on le prendrait pas en équipe nationale ou non ? Ces joueurs, c’est au sélectionneur de leur faire confiance. Parce que c’est lui le décideur. Est-ce que Benbot a des qualités ou non ?
Vous savez, le joueur local est, depuis le Mondial 2010, un joueur ignoré. On préfère puiser à l’étranger. Avant le Mondial 2026, ce sont 12 nouveaux joueurs ! Sincèrement, les prémices d’un bon mondial, on ne les voit pas.
Donc vous pointez du doigt le choix des joueurs, c’est ça…
Le joueur local est indésirable, par rapport à l’entourage, les médias et le public. Et pourtant, ce sont eux qui ont toujours fait la différence. C’est vrai qu’on a de bons binationaux… Mais en Afrique, psychologiquement, on est à l’aise. Mahrez de City, ce n’était pas le même en équipe nationale. Ce n’est pas le même rendement.
Donc imaginez que Lucas Zidane se blesse, qui fera gardien de but, Mandi ? Boudaoui est en sélection depuis 2019, mais ce n’est qu’après son bon match face au Botswana qu’il est enfin devenu la plaque tournante. Pourquoi ils ne l’ont pas fait jouer depuis le temps ?
Les Bensebaïni, Boudaoui, Attal et autres ont donc un grand mérite…
L’Algérien a la technicité, c’est connu.
Mandi, avec sa classe et ses 375 matchs en Liga, il a la tacticité, mais pas la polyvalence de Bensebaïni, ce n’est pas un relanceur.
Le joueur local a perdu tout espoir de rejoindre un jour l’équipe nationale, et c’est comme ça depuis le temps de Saâdane. Et tous ces responsables qui n’ont jamais joué au football nous détestent, nous, en tant qu’anciens joueurs. C’est de notre faute d’avoir joué au football avant ? Ce métier, c’est un choix. Mais on a perdu notre identité et nos valeurs. C’est devenu le pouvoir de l’argent. On ne sait plus sur quel pied danser…
Quels sont vos projets après le CAF Pro ?
Je ne suis pas du genre à chercher des interventions pour travailler. Je suis dans le milieu du football, j’ai des amis et je connais la majorité des acteurs du football. J’ai tous les diplômes. Le CAF A en 2016, un DEA en Droit des affaires. Des diplômes en management, j’ai entraîné des équipes nationales, U17, U18 et U20. Tous mes joueurs jouent aujourd’hui en sénior, même à l’étranger. Comme Mohamed Rafik, Bounacer, Hanfoug et Laâlam, au Qatar. Il y a aussi Zouliani, Boucharents. Je n’ai jamais eu de problèmes avec mes staffs. Aujourd’hui, je ne regrette rien de tout ce que j’ai entrepris, « Hamdoullah ».
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
