2 juin 2026

Dahmane Sayah: « La JSEB aura son mot à dire en Ligue 1 »

Professeur à l’université Alger 3 – Dely Ibrahim et préparateur physique de métier, Dahmane Sayah, que nous avons rencontré, a forgé son expérience sur les bancs de grands clubs, dont MC Alger, CR Belouizdad, JSMB, USMA, JSK, CSC, MCO. Cinq finales de Coupe d’Algérie à son actif, dont quatre avec le MCA et une avec le Chabab de Belouizdad. Une longue collaboration avec de nombreux entraîneurs, dont sept techniciens étrangers et le regretté Djamel Menad (Allah Yarahmou). Le monsieur à un CV long comme le bras. Il connait son métier sur le bout des doigts, c’est avec beaucoup de passion qu’il en parle ici. Depuis août dernier, il a posé ses valises à la JS El Biar, un club de Ligue 2 qu’il a accompagné vers l’accession. L’équipe revient justement d’un déplacement victorieux à Béchar (2-1), et c’est sans blessés qu’elle aborde la fin de saison. Rencontre avec un des artisans de ce succès.

Entretien réalisé par Hamid Si-Ahmed

Qu’est-ce qui vous a convaincu d’accepter cette mission à El Biar ?

J’ai vu qu’il y avait un projet très sérieux, un projet d’avenir. Et c’est la première fois que je travaille en D2.

Quelle est, selon vous, la force du club qui lui a permis de s’imposer cette saison ?

El Biar, c’est un groupe, des joueurs de bonne famille, la complicité du staff technique, et c’est ce qui a fait la différence. Il y a un respect total au sein du groupe. Ce sont des joueurs très bien sur le plan physique, ce qui nous a permis d’axer notre travail sur le physique et la tactique. Nous avons fait un excellent travail méthodologique, avec de bons moyens de récupération, et donc nous nous sommes bien adaptés à la programmation. Sans trop me vanter, je peux même dire que nous avons été supérieurs à tous nos adversaires.

Le volet physique a-t-il été déterminant dans la réussite de l’équipe tout au long de la saison ?

Une bonne préparation physique pour une équipe, c’est primordial. Il y a eu une bonne complicité au niveau du staff technique. Chacun a une tâche précise, et le dernier mot revient toujours à l’entraîneur en chef.

Vous avez été performants toute l’année, mais dans un stade qui n’est pas vraiment adapté à la prochaine aventure en Ligue 1…

Le stade d’El Biar n’est homologué que pour la Ligue 2. C’est dans ce stade que nous avons reçu tous nos matchs. Nous serons donc obligés de changer de stade la saison prochaine. Tout dépendra de ce qui sera réfléchi par les responsables du club. Même la préparation devra se faire sur du gazon naturel. La stratégie va complètement changer !

Êtes-vous satisfait des moyens mis à votre disposition durant cette saison ?

Hamdoullah, les moyens pédagogiques et autres étaient adéquats.

Avez-vous rencontré quelques difficultés cette saison, si oui, lesquelles ?

Dans notre tête, l’objectif était déjà tracé, c’était l’accession. Sincèrement, nous n’avons pas rencontré beaucoup d’inconvénients ni d’obstacles. C’est vrai qu’il y avait la charge de la compétition, mais nous avons su gérer ce paramètre.

C’est donc la relâche pour les dernières rencontres ?

C’est la fin de saison, donc c’est l’adaptation, les derniers réglages. Nous n’allons pas augmenter le rythme. L’essentiel du travail s’est fait depuis le début. Aujourd’hui, nous sommes justement en train de récolter les fruits de notre travail. Hamdoullah, cette saison, nous n’avons pas eu de blessés, avec une bonne fraîcheur physique. Quel est l’objectif d’un préparateur physique ? C’est de terminer le match en évitant les blessures. La JSEB aura son mot à dire la saison prochaine, comme les Akbou et Ben Aknoun, qui tiennent bien le coup. Vu le niveau qu’il y a actuellement en L1… En tout cas, il n’y a que le travail qui paie.

Dites-nous, qu’est-ce que la préparation physique, et quelle est son importance ?

C’est un métier indispensable dans le football, que ce soit le travail athlétique ou le travail intégré. C’est ce qui développe les qualités physiques. Le travail du préparateur permet au staff d’alléger le travail de l’entraîneur principal.

Le métier de préparateur physique est-il estimé à sa juste valeur en Algérie ?

En Algérie, avec l’introduction de la notion de « staff élargi » et d’un travail réparti, ce métier a beaucoup évolué. Même au niveau de la fédération, plusieurs stages sont effectués pour former le plus grand nombre de préparateurs physiques. Et la FAF est d’ailleurs très exigeante envers les clubs sur ce point.

Avons-nous de bons préparateurs chez nous ?

Oui, de très bons, et il y a les jeunes qui arrivent. Plusieurs clubs ont changé de politique dans ce sens, et on le voit bien sur le terrain. Ce sont des clubs qui travaillent beaucoup le plan physique. Maintenant, c’est vrai que nous n’avons pas encore assez de préparateurs, mais ça s’améliore.

Les exigences de ce métier sont beaucoup plus d’ordre scientifique, n’est-ce pas ? Le football est aujourd’hui basé sur la science…

C’est vrai, il y a une certaine méthodologie. Bien planifier les séances, la périodisation… Tout cela entre dans le cadre de l’athlétique, bien sûr.

Pensez-vous que la préparation de notre championnat est adéquate pour le physique de nos joueurs ?

Oui, je pense qu’il est bien étudié. Il y a ce qu’on appelle l’individualisation de l’entraînement, c’est-à-dire adapter les données de travail par rapport aux données des joueurs. Autrement dit, quand on a des joueurs au top physiquement, il faut travailler selon la forme de chacun pour qu’il y ait un équilibre dans l’équipe.

Selon vous, la réussite des clubs algériens dans les compétitions africaines ne dépend-elle pas de la fraîcheur physique de nos joueurs ?

C’est vrai que nous sommes encore loin du niveau physique requis dans ce genre de compétitions. On voit la différence sur le plan physique. Je ne sais pas, peut-être que c’est une question de compétences…

C’est aussi le cas au niveau de notre championnat, non ?

Bien sûr, on voit aussi la différence. Comment évalue-t-on l’état physique des joueurs ? C’est par le nombre de blessés. Il y a beaucoup de clubs, surtout cette année en Ligue 1, de grands clubs même, qui ont beaucoup de blessés. Ça, ce n’est pas normal. Il y a des choses à revoir, et d’après moi, on ne fait pas assez de recyclages. Parce qu’il y a une grande différence entre la théorie et la pratique. C’est en quelque sorte un manque de connaissance du terrain. La réalité du terrain est différente.

L’instabilité au niveau des staffs des clubs perturbe la préparation des joueurs, vous ne trouvez pas ?

Dans la préparation physique, il y a des paramètres à respecter. L’entraîneur qui viendra après trouvera forcément des difficultés pour remettre les pendules à l’heure. Pour rattraper un retard physique, il faut du temps !

Comment avez-vous trouvé l’équipe nationale durant la CAN, sur le plan physique ?

Là, on parle du haut niveau. Il s’agit ici de regroupements et d’entretien de la forme physique. Nos internationaux sont déjà bien préparés dans les clubs où ils jouent. Et là, il faut un très bon préparateur, très compétent, pour entretenir cette forme physique.

H. S-A.

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