Adel Hadji est directeur du journal électronique sportif « DZ Match » et officie également comme média officer à la CAF. Ancien directeur de la communication à la FAF, il a débuté sa carrière en 2009, en tant que journaliste rédacteur pour le site de la fédération, avant de devenir directeur de la communication de la Division média de la FAF. Il quitte la fédération en 2016. Il a participé à deux Coupes du monde, en 2010 en Afrique du Sud et en 2014 au Brésil, en tant qu’officier média de l’équipe nationale de football. Au total, il aura accompagné la sélection lors d’une cinquantaine de matchs, incluant des éliminatoires de Coupe du monde, des Coupes d’Afrique, ainsi que des rencontres amicales. Il était alors impliqué dans l’organisation des activités média de la FAF et la rédaction du site web de la fédération. Il a également œuvré lors de plusieurs CAN : 2013 en Afrique du Sud, 2015 en Guinée équatoriale et au Gabon. En 2018, il rejoint la CAF comme officier média, participant à plus de soixante matchs, principalement lors de la CAN 2019 en Égypte, des CHAN 2021 et 2022 au Cameroun, du CHAN 2023 à Alger, ainsi que du CHAN U17 2023 toujours à Alger. Il a aussi couvert de nombreux matchs de Ligue des champions et de Coupe de la CAF, en Algérie et à l’étranger, ainsi qu’une Supercoupe africaine en 2024 à Riyad, en Arabie Saoudite.
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
Comment vous est venue l’idée de créer « DZ Match » ?
L’idée de créer le site est venue lors de la CAN 2019. J’étais avec des amis journalistes algériens, en tant qu’officier média pour la CAF. Nous discutions des médias algériens, et c’est là que l’idée a germé. Nous avons obtenu l’agrément du ministère de la Communication en 2021, puis en 2025. Aujourd’hui, DZ Match est devenu l’une des références de l’information sportive en Algérie. On peut même dire le numéro 1 du digital sportif. Au mois de février dernier, nous avons atteint 200 millions de vues sur nos réseaux sociaux, en un seul mois !
Votre expérience au sein des institutions nationales et africaines vous a-t-elle servi pour ce projet ?
Bien sûr. J’ai beaucoup appris, notamment lors de mon passage à la FAF sous l’ère Mohamed Raouraoua. Ce fut une véritable école en matière de management des médias. Quand on côtoie la presse algérienne, africaine et mondiale, et qu’on assiste à des événements internationaux comme les Coupes d’Afrique, les Coupes du monde ou les Jeux méditerranéens, on acquiert forcément une certaine expérience. Aujourd’hui, je mets cette expérience au service de mon pays. DZ Match, ce n’est pas uniquement Adel Hadji et son équipe, c’est aussi l’image des médias sportifs algériens.
Après vos nombreux voyages, comment les médias algériens sont-ils perçus à l’étranger ?
Ils sont très respectés. Preuve en est, lors des compétitions africaines ou internationales, l’une des plus grandes délégations médiatiques est la délégation algérienne, surtout lorsque les équipes algériennes participent. Par exemple, lors des Coupes du monde 2010 et 2014, j’étais à la fédération. En 2014, plus de 70 journalistes algériens étaient accrédités par la FIFA. Pour les Coupes d’Afrique, c’est pareil. Quand on discute avec des journalistes africains et étrangers, ils sont très respectueux envers le journaliste algérien, car il y a une formation académique solide, mais aussi une expérience de terrain qui compte énormément. On voit bien que les médias algériens couvrent beaucoup d’événements, qu’ils soient nationaux ou internationaux.
Quel regard portez-vous personnellement sur la presse sportive algérienne ?
La presse sportive est toujours sous critique, même à l’étranger. Ce qui me désole ces derniers temps, c’est le manque de formation chez les jeunes, ainsi que le manque de sérieux et d’engagement, surtout dans la nouvelle génération. Je ne dis pas que leur travail est mauvais. Chez DZ Match, nous sommes tous jeunes, la moyenne d’âge est de 27 ans maximum, et moi, le plus âgé, j’ai 42 ans. Je suis là pour leur transmettre mon expérience, tout comme d’autres confrères. Je pense que cette nouvelle génération manque de formation et d’un certain engagement envers le métier. Mon père, ancien journaliste de l’APS, me disait en 1999 : «Pour faire du journalisme, il faut aimer le journalisme». On ne fait pas ce métier juste pour avoir un salaire. C’est comme médecin ou avocat : c’est un métier noble. Ce n’est pas n’importe qui, qui peut l’exercer. C’est le conseil que je donne aux jeunes. Il y a 10 ou 15 ans, quand on couvrait l’Equipe nationale, c’était après plusieurs mois et plusieurs années de travail. Il faut une certaine éthique pour couvrir l’Equipe nationale et assister à une conférence de presse. Quand nos aînés comme Mustapha Ouail et Yazid Ouahib parlaient, on écoutait, on ne posait pas n’importe quelle question. On apprenait progressivement. Ces jeunes n’ont pas encore la bonne culture journalistique.
Avec l’émergence de l’intelligence artificielle, les jeunes journalistes ne risquent-ils pas d’être moins performants ?
Je pense que l’IA a sa place et que l’être humain a la sienne. L’IA est là pour compléter, non pour remplacer. Elle va poursuivre ce que fait l’humain, c’est tout. Je connais des journalistes qui utilisent beaucoup l’IA sans faire appel à leur propre intelligence, ce qui est une erreur. L’IA est une réalité, il faut s’y adapter, mais il ne faut pas compter uniquement sur elle. Ce n’est qu’un outil.
L’une des particularités de votre site est de ne pas être uniquement dédié au football. Pouvez-vous nous en dire plus ?
DZ Match est un site omnisport. Nous couvrons tous les sports. Nous sommes partenaires médias de l’équipe d’El Biar en handball, du club de Staouéli en basketball, et du club de handball de Chlef en 2e division. Nous couvrons aussi la natation, les sports mécaniques, équestres, nautiques… Nous ne faisons pas que du football. Nous savons qu’il existe d’autres lectorats dans d’autres sports.
Le football est le sport-roi, c’est vrai. 80 à 85 % des gens suivent le football, pas seulement en Algérie. D’un point de vue économique et commercial, les annonceurs suivent le football parce que l’image y est. Nous voulions d’ailleurs organiser une cérémonie omnisports, mais la disponibilité des sportifs de haut niveau reste un défi.
Justement, parlez-nous de votre cérémonie…
Nous avons commencé à organiser la cérémonie « DZ Best » avec une première édition en décembre 2024. La deuxième édition aura lieu le 11 mai prochain, Inch’Allah au Palais de la Culture. Elle récompensera le meilleur joueur du championnat national, ainsi que les meilleurs acteurs du championnat : meilleur entraîneur, meilleure joueuse, meilleur arbitre, meilleur club, meilleur joueur étranger, etc. Notre objectif est de promouvoir le football local, qui doit avoir sa place dans les médias et dans l’écosystème du sport national. Il y aura aussi le prix du meilleur joueur algérien évoluant sur le continent africain, dans la logique de l’engagement du président de la République pour l’ouverture de l’Algérie sur l’Afrique.
Que retenez-vous de la saison 2025/2026 du championnat national, points positifs et axes d’amélioration ?
Le point positif, c’est l’émergence de quelques jeunes joueurs et jeunes entraîneurs. Mounir Zeghdoud a fait une saison très correcte avec l’ES Ben Aknoun. Abdelhakim Belaïd, l’entraîneur de Chlef, a réalisé une demi-saison également très correcte. De jeunes entraîneurs sont en train de prouver leur valeur. On a vu aussi quelques joueurs sortir du lot, comme Abada, Benkhemassa et Belaïd.
L’image de notre championnat s’améliore, notamment grâce à la médiatisation et à l’arrivée des sites internet et du digital. Certains clubs font un super travail digital, et certaines cellules de communication font un très bon boulot, digne d’un club européen. C’est très positif pour le football algérien. Le seul point négatif, à mon avis, ce sont les matches en retard. On n’a toujours pas trouvé de solution. En fin de saison, l’USMA va jouer dix matches en un mois, ce qui est très difficile.
La Coupe du monde 2026 approche. Quel devrait être, selon vous, l’objectif réaliste de l’Algérie ?
Inch’Allah, nous ferons une belle Coupe du monde. Notre souhait n’est pas seulement de nous qualifier pour le deuxième tour, mais d’aller plus loin. Je pense que nous en avons les moyens. Nous avons une fédération qui travaille en ce sens, un staff technique et des joueurs concentrés sur cet objectif, qui savent qu’aux États-Unis, on pourra accomplir beaucoup de choses et ne pas se contenter d’un deuxième tour.
Quel discours tenez-vous à votre équipe ? Quels conseils leur donnez-vous ?
Mon slogan est : « Ne parlez que du positif. Ne parlez pas du négatif juste pour faire le buzz ». Nous ne sommes pas là pour faire le buzz, mais pour donner l’information, non pour diffamer ou parler des gens, encore moins de leur vie privée. Nous ne relayons pas de fausses rumeurs, nous ne contournons pas l’information. Nous donnons l’information vraie, réelle, aux lecteurs. Un média est un créateur d’opinion. Nous devons travailler dans le positif.
Avez-vous un message particulier à transmettre ?
Un message aux jeunes journalistes et aux jeunes étudiants en journalisme : «Apprenez de vos aînés, de leurs expériences. Engagez-vous dans votre travail. Apprenez, c’est le plus important».
H. S-A.
