8 août 2026
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Aujourd’hui, le collège technique remet le couvert. Au menu : scruter des CV

Le mot est magnifique. On scrute, on ausculte, on dissèque, on compare les lignes, les trophées, les clubs et les diplômes. Comme si l’avenir du football algérien tenait dans quelques feuilles A 4. Comme si un curriculum vitae pouvait tenir lieu de vision. Le CV est devenu la boussole de ceux qui ont perdu le cap. Un CV est un rétroviseur. Il raconte ce qu’un entraîneur a accompli hier. Il ne dit presque rien de ce qu’il sera capable de bâtir demain, dans un contexte différent, avec d’autres joueurs, d’autres contraintes et d’autres objectifs.

Par Dahmane Hamel 

Le football n’est pas une administration. On choisit un homme appelé à conduire un projet sportif, humain et stratégique. À moins que le projet ne soit justement… le CV.

Le plus inquiétant n’est pas qu’une commission consulte les parcours des candidats. C’est qu’elle semble commencer par là. Autrement dit, on cherche d’abord un nom.

Puis on lui fabrique un projet. La logique devrait être exactement l’inverse.

Les grandes fédérations commencent par définir leurs besoins, leurs objectifs, leur identité de jeu et les compétences recherchées. Ce n’est qu’ensuite qu’elles recherchent le profil qui y répond. Chez nous, on feuillette les CV… en espérant que l’un d’eux contienne miraculeusement le projet que personne n’a pris la peine d’écrire.

Et voilà qu’apparaît maintenant une autre obsession : « l’école espagnole ».

Comme si le simple fait d’être espagnol constituait, en soi, un brevet de compétence.

C’est une erreur de raisonnement. L’Espagne est devenue double championne d’Europe et championne du monde non pas parce qu’elle recrute des entraîneurs espagnols, mais parce qu’elle a construit, pendant près de trente ans, un environnement cohérent :  une politique de formation, une identité de jeu, une méthodologie commune, une stabilité institutionnelle et une continuité dans ses choix. Ce qui fait la force de l’Espagne, ce n’est pas la nationalité de ses entraîneurs. C’est son système. Par conséquent, on ne recrute pas… et on n’exclut pas non plus… sur un critère de nationalité. On recrute un profil, des compétences, une intelligence du jeu et une capacité à répondre à un besoin clairement identifié.

Et si des entraîneurs espagnols figurent parmi les candidats, ils doivent être évalués pour ce qu’ils ont réellement démontré, parce que notre championnat et notre sélection ont déjà expérimenté cette fascination pour les nationalités à la mode.

Tour à tour, on a cru au «modèle français», au «modèle serbe», au «modèle portugais», «tunisien», etc. Aujourd’hui certains découvrent le «modèle espagnol». 

Les modes passent, les problèmes restent

Car le passeport n’a jamais remplacé une politique sportive. Lorsque Luis de la Fuente prend les commandes de l’Espagne, beaucoup regrettent l’absence d’un nom plus prestigieux. La Fédération espagnole, elle, ne recrute pas une réputation. Elle fait confiance à un homme qui connaît parfaitement la maison, la formation, les jeunes générations et l’identité de jeu espagnole. Mohamed Ouahbi illustre parfaitement cette logique. Son nom ne fait peut-être pas vendre les journaux. Mais ceux qui connaissent son travail voient un formateur, un pédagogue, un technicien capable de développer les joueurs, de structurer une méthodologie et de construire un projet. Lionel Scaloni… Un CV jugé trop léger. Une nomination tournée en dérision. Quelques années plus tard… Une Copa América. Une Coupe du monde. Une Finalissima.

Enfin, prenons Zinédine Zidane. Voilà cinq ans qu’il n’entraîne plus. Si la Fédération française lui a confié les Bleus, personne ne soutiendrait sérieusement que ce choix reposerait sur l’actualité de son CV. (5 ans qu’il n’a pas entraîné). Elle a misé sur son intelligence du jeu. Son leadership. Son autorité. Sa capacité à diriger un vestiaire composé des plus grandes stars. Voilà toute la différence.

Les fédérations qui réussissent construisent un système, puis choisissent l’homme qui lui correspond. Or, là on a l’impression qu’on est face à une fédération qui doute.

Au fond, la seule question qui mérite d’être posée est celle-ci : Le collège technique cherche-t-il réellement le sélectionneur dont le football algérien a besoin… ou le CV qui permettra de justifier un choix déjà arrêté ? Au fond, ce qui est triste dans cette histoire c’est qu’on retire au collège technique sa mission la plus noble : produire de la méthode, de la cohérence et de la vision. C’est là une défaite silencieuse. Peut-être la plus grave de toutes. C’est le prix à payer au déficit de légitimité.

D. H.

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