22 septembre 2026

Quand la FMF donne la leçon à la FAF

Madagascar, un petit pays géographiquement et footballistiquement, a fait preuve d’une grande responsabilité et d’estime de soi. Après avoir vu Corentin Martins, sélectionneur de l’équipe nationale, convoquer le portier Zackarie Boucher (ESTAC Troyes) pour le rassemblement à venir, il y a eu un revirement brutal et le keeper a sauté de l’effectif. La raison ? Des propos du gardien de 34 ans qui avait carrément toisé Madagascar en 2018 déclarant se sentir exclusivement Français. Suffisant pour que les supporters mettent la pression afin qu’il soit radié de la liste. C’est ce qui a été fait. Cet épisode rappelle inévitablement l’attitude de certains de nos binationaux qui choisissent l’Algérie par défaut et après lui avoir tourné le dos sans que la Fédération algérienne de football (FAF) ne mette un terme à cet opportunisme maladif et impuni.

Par Mohamed Touileb

Une déclaration aura suffi pour le juger coupable. Et à juste titre. En 2018, alors qu’il était en pleine bourre avec l’AJ Auxerre, Zackarie Boucher, qui avait fait ses classes chez les équipes de France de jeunes, avait dit « non » à Madagascar.

« Je ne mettrai pas un autre maillot »

A l’époque, il avait déclaré : « Je suis Français, je n’ai jamais été Malgache. Je ne sais pas pourquoi tout est sorti comme ça. De mon côté, il n’y a rien. Il n’y a qu’à voir mon passeport. Dessus, c’est écrit “Français”. Si le sélectionneur m’appelle, c’est non. En plus, au niveau administratif, je ne peux même pas. Je ne suis pas Malgache. Le maillot de l’équipe de France est important pour moi. Je ne mettrai pas un autre maillot que celui-là. » Il avait alors 26 ans.

Après l’exhumation de ces propos, la Fédération malgache de football (FMF) a pris la mesure qui s’impose : sanctionner et le priver de porter la tunique de la nation. « À la suite de la réunion tenue au sein de la Fédération, le sélectionneur a été informé des déclarations publiques attribuées au joueur Zacharie Boucher, dans le cadre d’une interview réalisée il y a plusieurs années, à une époque où celui-ci ignorait encore son éligibilité pour représenter la sélection de Madagascar. Après échanges entre les différentes parties, il a été décidé de ne pas retenir le joueur dans le cadre du prochain rassemblement des Barea », peut-on lire dans un communiqué.

La FAF ferme l’œil

A présent âgé de 34 ans, il s’est montré disposé à représenter les « Barea » alors qu’il n’est que le troisième de la hiérarchie des portiers troyens. De l’opportunisme pur et simple qui est devenu courant. Notamment en Afrique où tout ce qui provient de l’étranger est considéré comme produit premium. Même quand il est recyclé ou tout bonnement plus conforme à l’usage pour le haut niveau dans ces pays.

Et là, on pense à Houssem Aouar ou encore Yanis Senhadji qui ont décidé de se rabattre sur l’Algérie. Certes, ils l’ont fait à un âge plus jeune mais à un moment où l’évidence disait qu’ils n’avaient plus le statut qui leur permettait de venir se mêler à la concurrence dans les sélections choisies initialement. A savoir la France et l’Espagne (chez les jeunes seulement pour Senhadji). Le premier s’était dit « heureux et fier de porter le maillot des Bleus » lorsqu’il a été appelé, avec les champions du monde en titre à ce moment-là, par Didier Deschamps en octobre 2020. Quelque part, on peut concéder qu’Aouar a été au bout de son ambition qui semblait sportivement légitime car il a pu intégrer l’effectif qui venait de gagner le Mondial. Toujours est-il que jouer pour « El-Khadra » a fini par lui traverser l’esprit quand le bleu commençait à se diluer. En mars 2023, il devenait « Vert » face à la colère des supporters algériens qui finira par passer sans que la FAF bronche. Contrairement à la FMF.

Senhadji, comme si de rien n’était

Récemment, cela s’est reproduit chez nos U23 qui récupèrent l’attaquant Yanis Senhadji, alors sociétaire du Real Betis, qui avait littéralement tourné le dos à nos U19 en 2023 décidant de jouer pour l’Espagne. « Avec l’Algérie, c’était pour un tournoi amical et avec l’Espagne, c’était pour les qualifications européennes des moins de 20 ans. Au moment de décider, je n’ai pas hésité à choisir l’Espagne car je ne savais rien de l’Algérie et parce que j’étais enthousiaste à l’idée de jouer avec les meilleurs jeunes Espagnols de mon âge », justifiait-il.

Avec la « Rojita », il remportera l’EURO 2023 de la catégorie. Toutefois, sa carrière ne décollera jamais par la suite. Aujourd’hui, il se retrouve à jouer pour une équipe de D3 espagnole, le Real Jaen FC en l’occurrence. Et ce n’est que dans ces circonstances de « précarité » footballistique qu’il se rappelle qu’il a le droit de représenter l’Algérie après avoir manqué ouvertement à son devoir. Rafik Saïfi a décidé de le convoquer pour la double-confrontation amicale contre l’Afrique du Sud pour le stage qui débute aujourd’hui. Il pourrait même disputer la CAN 2027 des U23 et s’offrir le luxe de jouer les Jeux Olympiques 2028 à Los Angeles (Etats-Unis) si l’EN « espoirs » s’y qualifie. Tant de privilèges sportifs pour ceux qui n’ont de lien avec l’Algérie que par le côté administratif. Le dévouement et l’attachement sincères, la FAF n’en a rien à carrer. Quand est-ce qu’on s’arrêtera de récupérer l’inapte et le désuet ? La question continuera à être posée.

M. T.

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