Ancien joueur au Havre AC (France), Lounes Hattab a ensuite entraîné au centre de formation de ce même club, avant de prendre en charge le Racing Club de France, puis d’occuper les fonctions d’entraîneur et de directeur technique au FC Versailles. Recruté par la FFF en tant que cadre technique, il a ensuite évolué à l’étranger. D’abord au Koweït, où il a dirigé le club professionnel d’Al Jahra Sporting Club, avant de devenir adjoint du directeur technique national de la fédération koweïtienne. Depuis près de deux ans, il occupe le poste de directeur technique national de la Côte d’Ivoire…
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
🔸Monsieur Hattab, vous êtes à la tête de la Direction Technique Nationale ivoirienne depuis presque deux ans. Pouvez-vous nous rappeler les grandes lignes de la politique technique que vous avez mise en place ?
J’ai signé en février 2025 en tant que DTN. J’ai une feuille de route qui repose sur deux grands axes : la « Performance », avec pour ma part, l’accompagnement et le management des sélections nationales. On a de nombreuses sélections nationales. Chez les garçons : U15, U16, U17, U20 et U23. Et chez les filles, on a les U15, U16, U17 et U20. Voilà, donc ça c’est la partie « Performance ».
On accompagne les sélections, et on les prépare pour les différentes compétitions africaines. La compétition zonale, les participations à la CAN, et puis, de plus en plus maintenant, les compétitions internationales à la Coupe du monde chez les jeunes. Puisqu’on va pour la deuxième fois d’affilée à la Coupe du monde U17, au Qatar. Ça, c’est la première mission. La deuxième, c’est le « Développement », par rapport à la formation des entraîneurs. Licence D, C, B, A, et puis, inch’Allah, en 2027, la licence CAF Pro, pour professionnaliser nos bancs de touche et nos compétitions de Ligue 1 et Ligue 2. Il y a aussi l’identification des talents, le travail de détection, sur l’ensemble du territoire national. Puisqu’on s’appuie sur les douze ligues régionales, à partir des U12, U13, U14.
On va sillonner plus de 50 villes en Côte d’Ivoire, pour aller détecter les meilleurs talents à fort potentiel. Cette année, on a vu 12 000 U12, presque 14 000. On a fait quatre tours de détection. Le quatrième s’est terminé la semaine dernière. On a retenu 18 joueurs qui seront U13 l’année prochaine, et qui vont intégrer l’Académie fédérale, qui sera au centre technique nationale, avec cette première promotion U13.
Moi, je fais aussi l’accompagnement des clubs amateurs, des clubs professionnels, parce qu’on veut aussi labelliser nos meilleurs centres de formation professionnels, des clubs professionnels de Ligue 1 et Ligue 2. Un label FIF. Et on souhaiterait aussi labelliser les académies au niveau régional. Voilà, on est en train de mettre ça en place, pour tirer le football ivoirien, amateur et professionnel, vers le haut. Voilà ma fonction de DTN.
🔸La formation des éducateurs et des entraîneurs est-elle un volet important de votre mission ? Quels dispositifs avez-vous lancés pour améliorer la qualité de l’encadrement technique local ?
En Côte d’Ivoire, c’est une vraie priorité. Je le dis régulièrement. En Côte d’Ivoire, on a des joueurs de qualité, avec du talent et un fort potentiel. Maintenant, ce qu’il nous faut, c’est accompagner ce fort potentiel. On ne peut pas uniquement s’appuyer sur les compétences de nos joueurs, il faut qu’on puisse aussi les accompagner, pour améliorer, pour les perfectionner. Et ça, ça passe par la formation des entraîneurs et des éducateurs. Pour les entraîneurs, on va mettre en place la licence CAF Pro. La CAF A, elle est déjà en place, sur les jeunes. La CAF D pour le premier niveau, la licence C pour les 12-15 ans. C’est très important d’avoir de bons éducateurs sur le football de base, à la fois pour former des jeunes joueurs, mais des jeunes hommes. On a une éducation, pas uniquement footballistique, une éducation générale a faire.
Moi, j’insiste vraiment, j’aimerais que dans chaque académie, chaque club, dans chaque équipe, on ait un entraîneur et un éducateur, qui soient diplômés. Voilà, il faut qu’on arrête de mettre entre les mains d’éducateurs qui ne soient pas formés et diplômés, des jeunes enfants, garçons et filles. Donc ça reste un axe prioritaire pour DTN, en Côte d’ivoire.
🔸Quels seront les objectifs précis de l’Académie fédérale, et en quoi se distinguera-t-elle des centres de formation existants ?
L’Académie fédérale, c’est une convention qu’on a signé avec la FIFA. Vous n’êtes pas sans ignorer que la FIFA souhaite développer les académies fédérales. Pour que le plus grand nombre de nations puissent bénéficier d’une académie fédérale. Nous, ça nous intéresse, parce que ce qu’on veut, c’est qu’on ait des centres de perfectionnement régionaux. C’est à dire l’élite de l’élite. Qu’on prenne les 18-20 meilleurs de l’ensemble du territoire national, et les intégrer dans une académie fédérale. La différence avec un centre régional, et bien c’est déjà la qualité de l’encadrement, bien-sûr, c’est le top. Avec un entraînement quotidien, voire biquotidien. Un accompagnement scolaire au CTN. Des cours adaptés au niveau des joueurs. Il y aura aussi un accompagnement médical. À 12-15 ans, on est en pleine croissance. Et bien-sûr un accompagnement au niveau de la restauration nutritive et diététique. Et puis l’hébergement. Tous les enfants seront en internat au CTN, avec des chambres double. Un espace où ils pourront faire leurs devoirs, et un espace socio-culturel, pour échanger et faire des jeux. Voilà, c’est notre priorité, et ça ouvrira ses portes au mois de septembre prochain, inch’Allah !
🔸Les fédérations africaines s’inspirent souvent des modèles étrangers. Comment adaptez-vous les pratiques internationales à la réalité du football ivoirien ?
Il faut d’abord que la DTN identifie bien qu’elle est l’ADN du joueur. Comme il faut se poser la question : quelle est l’ADN du joueur algérien ? Il faut adapter nos méthodologies par rapport à notre ADN. Il ne s’agit pas de faire du copier-coller de ce qui se passe à l’étranger. Parce que ça ne marche pas. Moi, j’ai eu la chance de travailler en France, donc sur le continent européen. J’ai eu la chance de travailler sur le continent asiatique, et aujourd’hui je travaille sur le continent africain. Donc je vois un petit peu les différents footballs, avec les différentes méthodologies. Il y a des pays qui ont copié à 100% la France où l’Espagne, ou le Portugal, …mais ça ne marche pas. Moi je pense qu’il faut d’abord respecter ce qu’est l’ADN du football national. Le football ivoirien, ce n’est pas le football espagnol, ou français. Certes, il y a des choses à prendre, dans la méthodologie française, espagnole, portugaise, voire peut-être britannique ou germanique. Il y a des choses à prendre, certes, mais il ne faut pas faire du copier-coller a 100%, ça ne marche pas.
Aujourd’hui, le continent où il y a le plus de potentiel, c’est le continent africain. J’ai vu l’Europe, j’ai vu l’Asie, et je constate aujourd’hui, que ce soit l’Afrique du nord ou l’Afrique subsaharienne, le potentiel il est en Afrique. Maintenant, ce qu’il faut, c’est se poser les bonnes questions, en terme d’encadrement de ce potentiel, la formation des entraîneurs, ça c’est extrêmement important. Et puis se dire, voilà, on a un ADN, des joueurs avec une identité de jeu à respecter.
🔸Passons à l’Algérie ! Que pensez-vous du niveau du joueur algérien ?
Je suis quand-même ce qui se passe en Algérie. Aussi bien au niveau des championnats professionnels, mais aussi au niveau de ce qui se passe dans les différentes régions. Je m’intéresse à ce qui se passe dans le développement du football algérien. Pour moi, le joueur algérien est un joueur de très grande qualité, avec des qualités techniques extraordinaires. Un joueur malin, qui est recherché, même en Europe. Une malice et une intelligence dans le jeu. Ça pour moi, ça reste indéniable. Je reste persuadé que le football algérien a un avenir certain. Maintenant, il y a le football professionnel. Ce qu’il faut maintenant, c’est qu’on arrive à passer le pas, pour vraiment former nos futurs joueurs professionnels. Que les clubs professionnels prennent enfin l’initiative de former eux-mêmes leurs propres joueurs. Voilà, et puis qu’on s’occupe davantage, …ce n’est pas un conseil, j’ai aucun conseil à donner, bien au contraire. C’est un avis, qu’on s’occupe du football de base. C’est très important. Parce qu’aujourd’hui, les jeunes jouent de moins en moins dans la rue. Et il faut qu’on arrive à remplacer ce football de rue. Parce que c’est du temps qu’on perd. Un gamin qui ne joue plus dans la rue, c’est des heures et des heures de football qui sont perdues. Donc il faut qu’on arrive à rattraper ce temps perdu.
🔸Si l’occasion se présentait, ça vous tenterait une expérience en Algérie ?
Moi je suis sous contrat avec la Fédération ivoirienne de football, je dois me concentrer, je dois rester professionnel dans ma fonction de DTN en Côte d’Ivoire. Mais cependant, j’ai toujours fait savoir qu’en tant qu’Algérien, si un jour une opportunité s’offrait à moi en Algérie, déjà un je serais très fier, d’être sollicité par un club ou par la Fédération. Mais en plus de ça, je reste très attentif, très à l’écoute, de ces différentes propositions, bien entendu.
🔸Un dernier mot sur la performance des Vertes en Coupe d’Afrique ?
Je ne suis pas étonné par la performance des Vertes, et pas du tout étonné par l’évolution de Farid Benstiti. C’est pour moi un grand technicien. Il est passé pas de très grandes académies, que ce soit le PSG ou l’Olympique lyonnais. Je ne suis pas du tout étonné par la performance qu’il a réalisé à la dernière CAN. Ça s’est joué sur un fait de jeu contre la Côte d’Ivoire. Maintenant, c’est bien, parce qu’on doit profiter de ça pour faire développer le football féminin.
H. S-A.
