27 juillet 2026

Djamel Rachedi : « Le football algérien doit être entièrement repensé »                                         

Djamel Rachedi, 71 ans, une vie dédiée au sport algérien…

Journaliste depuis 1976, il débute comme pigiste à Ech Chaab, puis correcteur à El Moudjahid. En 1983, il entre à l’APS et enchaîne les missions à l’étranger : 5 Coupes du monde, 8 Coupes d’Afrique. Rédacteur en chef très jeune, il quitte l’agence durant la décennie noire, avant d’y revenir en 1999. Il dirige ensuite le bureau APS à Rome pendant 5 ans, avant de démissionner en 2014. Retraité depuis 11 ans, il reste dans le bain comme consultant sur El Kass (6 ans), puis sur les plateaux de Numidia TV, Dzair TV, El Bilad, Al Wataniya. Il officie aujourd’hui sur AL24 News, entouré de figures comme Matmour, Antar Yahia, Lemmouchia et Maza. Mais Rachedi, c’est aussi un homme de terrain. Ancien footballeur et handballeur au Mouloudia pendant 11 ans, il devient dirigeant influent du MCA, mettant la main à la poche en temps de crise. Ex-membre du CSA durant deux mandats, porte-parole de l’équipe. « Une carrière plus que bien remplie », pour reprendre ses mots…et c’est peu dire !

Entretien réalisé par Hamid Si-Ahmed

🔸Où est-ce que la sélection nationale a-t-elle échoué durant la Coupe du monde ? 

Dès le départ, avec l’arrivée de Petkovic. Je l’ai dit et redit sur les plateaux, ce mec n’a jamais pris son job au sérieux. Il était là pour le folklore, pour passer le temps, sans aucune envie de bosser. Psychologiquement, zéro imprégnation. Deux ans et demi à sa tête, et il n’a jamais réussi à construire une équipe conquérante. Franchement, il ne fallait rien attendre de ce Mondial. Pourtant, le potentiel des joueurs est intéressant, on ne va pas se mentir. Mais sur le plan collectif, techniquement, c’était le vide. Il n’a su ni constituer un groupe solide, ni leur transmettre cette rage de vaincre que Belmadi ou Halilhodzic, eux, avaient su insuffler. Je le compare à un iceberg, froid, incapable de transmettre la moindre étincelle. Ça résume bien le personnage. Échec organisationnel, prise en charge approximative, aucun contrôle, aucune vision. Et la FAF dans tout ça ? L’employeur, sans projet sérieux, sans exigence… Résultat, on a voulu aller trop vite, faire des résultats coûte que coûte, et au final, on a échoué lamentablement.

🔸Pourquoi les responsables ont-ils laissé faire depuis le temps ? 

C’est la question qui tue. On a viré Belmadi d’un tweet après son échec en Côte d’Ivoire, mais quand Petkovic est arrivé, personne n’a rien dit, personne n’a réagi. Ça en dit long sur la gestion, pas seulement du football national, mais de la sélection, qui est pourtant le miroir de notre football. Alors, c’est du laisser-aller ou de l’incompétence ? Choisissez. Dans les deux cas, c’est du grand n’importe quoi.

Pas de discussion franche avec l’entraîneur, alors qu’on lui filait 135 000 euros par mois dès le départ, le coach le mieux payé d’Afrique, avant même son augmentation à 160 000. Et pour quels objectifs ? Aujourd’hui, on considère qu’un 2e tour de CAN est un exploit pour l’EN. Mais avec la stature de cette équipe, la qualité de ses joueurs, ses infrastructures, on en est là ? Se contenter de passer le 2e tour d’une CAN ? C’est ça, nos ambitions ?

🔸Ça prouve bien qu’on n’avait aucune ambition dès le départ…

La seule idée, c’était de faire mieux que Belmadi, comme si une logique de revanche avait pris le dessus. L’important, c’était d’effacer l’ancien sélectionneur, mais pour quel projet ? Belmadi est parti, point final. On remet les compteurs à zéro et on avance, avec Petkovic ou un autre, peu importe. Mais il faut lui fixer des objectifs clairs, de vraies exigences. Et pourquoi personne ne parle de 2019 ? En huit mois, on a construit une équipe et on a été champions d’Afrique. Ça, c’est une référence, un véritable modèle. Si Petkovic avait ne serait-ce qu’approché ce résultat, on l’aurait applaudi. Mais là, on en est loin. Très loin.

🔸Le pire, c’est qu’on a ramené un sélectionneur avec un handicap au niveau de la langue…

Halilhodzic et Belmadi, eux, savaient transmettre leur message, créer du lien. Mais Petkovic, avec son interprète Morandi, que je considère comme un apprenti maçon, pour moi, qui traduisait mal et souvent de travers. C’était un handicap permanent.

Un sélectionneur qui ne daigne pas apprendre un mot d’arabe, c’est une honte. Quand tu arrives dans un pays, la moindre des choses, c’est d’essayer de comprendre un peu la langue locale, les valeurs, la culture. Lui, il ne savait même pas dire « salam alikoum ». Zéro implication, zéro envie de s’imprégner. D’ailleurs, il a été limogé à Bordeaux pour exactement la même raison, pour son manque d’engagement. Ça ne vous rappelle rien ?

🔸Peut-on accabler les responsables ? 

Le problème, c’est qu’ils n’ont rien vu. Ils n’ont pas détecté le manque d’implication de ce type. Savez-vous qu’il arrivait parfois le jour même du stage ? Belmadi, Halilhodzic, Gourcuff, eux, débarquaient une semaine avant pour tout préparer. Belmadi s’est fait reprocher d’avoir dénoncé la qualité du gazon à Sidi Moussa, lui qui exigeait une organisation parfaite, de bonnes conditions de travail. Il a juste pointé le laisser-aller. On a tout fait pour saboter son travail, jusqu’à le pousser à la porte.  Je ne suis pas nostalgique de Belmadi, attention. Mais si on le vire, qu’on ramène quelqu’un de meilleur ! Là, je défie quiconque de me montrer deux matchs consécutifs avec la même équipe-type en 28 mois. À chaque fois, on changeait trois joueurs. Où sont les automatismes ? La synchronisation ? Le milieu de terrain n’a jamais eu le même trio deux fois de suite. Résultat, zéro cohésion, zéro identité de jeu.

🔸C’est du gâchis pur…

Est-ce que c’est logique de faire jouer un Maza comme avant-centre ? C’est n’importe quoi ! Ce bonhomme savait-il seulement ce qu’il faisait ? Et je ne parle même pas des problèmes internes. J’ai eu des échos de certains joueurs, c’était la débandade totale dans la sélection. Les joueurs ne s’entendaient pas, ne comprenaient rien. Nabil Neghiz, bien informé, a rapporté qu’à la mi-temps face à l’Argentine, les joueurs ont demandé au coach : « On fait quoi ? » Sa réponse : « comme d’habitude ». Il se fichait royalement de l’équipe nationale. Et dans tout ça, Neghiz n’a pas été un homme. Il aurait dû dénoncer et partir. Il a cautionné la gabegie. C’est grave. Et quand à la tête de la Fédération, vous avez un président qui ne maîtrise pas les données, qui ne s’est pas entouré de gens compétents… Vous connaissez les membres du Bureau fédéral ? Moi qui suis dans le milieu, j’en connais trois ou quatre, pas plus. Ça résume tout.

🔸Dommage pour un pays avec un énorme potentiel… 

On a le vivier, l’Algérie regorge de talents. Alors pourquoi on n’arrive pas à mettre en place une organisation digne de ce nom ? Comme du temps de Madjer, Assad, Belloumi, une équipe presque purement locale, avec deux ou trois expatriés, et pourtant une vraie stratégie. Pourquoi ne pas s’en inspirer ?

Pourquoi casser une académie comme le Paradou, reconnue internationalement, au lieu de copier son modèle ? Est-ce que c’est un esprit de revanche ? Est-ce que ça profite au football algérien ? Le Paradou a donné les meilleurs joueurs du championnat, avec cinq représentants au dernier Mondial. Mais non, on préfère saboter le football national, lui briser les reins. Une politique absurde, qui ne profite à personne.

🔸Et que dire de notre championnat ? 

Il est biaisé. Les problèmes d’arbitrage ? Je préfère ne pas m’étendre, mais disons que la commission dirigée par Abid Charef n’est pas la meilleure, pour ne pas dire pire. Un championnat qui s’étale sur neuf mois, c’est impossible ! On est incapables de maîtriser un calendrier ? Et cette folie des salaires ? On critique la faiblesse de notre championnat, mais on verse des sommes exorbitantes. Un joueur va toucher plus de 2 milliards, sans même être international ! C’est de la folie furieuse. Il y a de l’argent sale qui circule partout : agents, joueurs, intermédiaires… Trop de choses dysfonctionnent. Ce championnat est un véritable chantier.

🔸Que font les sélections censées alimenter l’équipe A ? 

Rien. Aucun joueur des U23 ou U21 n’est monté en sénior. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a aucune collaboration entre les sélectionneurs. Pas de discussion, pas de stratégie commune. On est en pénurie d’hommes. Avant, on avait les Mekhloufi, Kermali, Khalef, Saâdane, tous issus de l’école algérienne. Aujourd’hui, on a quoi ?

Le football algérien a besoin d’une refondation totale, d’une vision à long terme. Dans 5 ou 6 ans, on pourrait avoir une équipe compétitive avec les U17 actuels. Qu’est-ce qui nous empêche, hors dates FIFA, d’organiser des stages de 3 à 4 jours pour la sélection locale, pour les gardiens ? Il faut revoir de fond en comble le développement, ramener des spécialistes. Le bilan de Petkovic, le peuple algérien l’a déjà fait. Pas besoin du Collège technique national. Les supporters connaissent leur foot. Tout le monde a dit que cet entraîneur ne nous convenait pas.

Et pourtant, on a laissé la porte ouverte à son maintien. Est-ce que l’honneur de l’Algérie ne vaut que 4 millions d’euros ? Pourquoi s’est-on précipités pour renouveler son contrat ? On a tiré la sonnette d’alarme, mais ce sont des jusqu’au-boutistes. Quel était l’objectif de cette prolongation ? A-t-il réussi ? A-t-il donné de la joie au peuple ? Rien, nada. Et on ose parler d’objectifs atteints ? C’est pas possible !

On a l’esprit petit, on voit petit. Et c’est ça, le plus grave.

🔸Que retenez-vous de ce dernier Mondial ? 

Trop d’arrêts, de pauses, de prolongations – le rythme du foot s’est perdu. L’arbitrage fut catastrophique, avec une protection honteuse de l’Argentine et un carton rouge annulé après un appel de Trump à Infantino. La politique et l’argent ont sali le jeu.

Ajoutez des mi-temps de finale à 30 minutes, un spectacle grotesque digne du Super Bowl. Malgré le soutien à notre équipe, ce Mondial reste une déception. Infantino a trahi l’essence du foot pour le show-biz, et la VAR, mal gérée, a aggravé les erreurs.

J’en ai vu cinq, celle-ci est la pire.

H. S-A.

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