Ancien footballeur formé à l’OMR et passé par la Casoral et Hydra, Rachid Malek est également entraîneur, cadre au MJS et consultant. Ancien manager général à l’USMA et ex-DTS au MCA et au MOB, il décortique les insuffisances de la formation en Algérie.
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
Que retenez-vous de votre parcours en tant que joueur ?
Vous savez, on n’a pas eu une grande carrière dans le football, parce qu’à l’époque, en plus de l’ambition de devenir footballeur, il y avait en parallèle les études. C’était compliqué, ce n’est pas comme maintenant. Avec le manque de moyens, les déplacements et tout, c’était difficile. Aujourd’hui, les joueurs sont pris en charge.
Avant, il y avait plus d’extension sur les études que sur le football. Mais on a joué quand même avec de grands joueurs, Hamdoullah. L’OMR était un grand club formateur. On a travaillé avec de grands éducateurs.
Justement, quel regard portez-vous sur la disparition de la notion de la formation des grands clubs tels le NAHD, RCK, ASMO… ?
À mon sens, ces clubs, c’était plus familial, convivial, éducatif, qu’autre chose. Ces clubs se comptaient sur le bout des doigts ! Mais bon, la vie est ainsi faite. Et puis même si ces clubs reviennent, ils resteront dans une même spirale, celle de la performance vers les titres et l’accession. La notion de formation disparaîtra, sans que ces clubs ne s’en rendent compte. Je vais vous raconter une anecdote. Mehdaoui, Allah Yarahmou, était mon entraîneur en cadets. Au stade Revoil, on s’entraînait assez souvent jusqu’à 20h30, il m’accompagnait alors pour rentrer le soir. Mehdaoui, c’était comme un père pour moi. Des entraîneurs-éducateurs comme lui, étaient à l’époque dans beaucoup de clubs. Avant, il y avait une très belle ambiance, ces sensations n’existent plus de nos jours.
Selon vous, est-ce le cours normal de l’évolution du football algérien ? Y a-t-il eu un virage fatal ?
La nouvelle réglementation après la réforme a permis de regrouper énormément de talents, mais il manque la superficie et les infrastructures pour les accueillir. Ça nous a menés vers une impasse. Je suis cadre au MJS, je connais ce contexte. Plus de subventions, mais plus de décadence. On est entré dans le professionnalisme sans en appliquer les vrais mécanismes…Formation, compétences, dirigeants… Ce qu’on fait aujourd’hui, c’est du bricolage ! Après 38 ans de service, je n’arrive plus à me retrouver. Et je ne suis pas le seul, nous sommes très nombreux dans cette situation.
Il y a aussi des lacunes dans la détection et l’accompagnement des jeunes talents ? Votre avis…
Avant, les écoles, collèges et lycées travaillaient avec les clubs. L’école algérienne produisait, on pouvait détecter. Tout cela n’existe plus. Aujourd’hui, les joueurs sont mal accompagnés. L’objectif des nouvelles associations devrait être l’animation et l’encadrement des jeunes. Malheureusement, ce n’est pas le cas. J’ai travaillé dix ans à la Ligue régionale centre, il y avait pas mal de jeunes. Aujourd’hui, je ne vois plus ces talents. Où sont les projets de formation des clubs professionnels ? Le seul exemple aujourd’hui, c’est le Paradou. Avec un centre d’entraînement, tu peux avoir un projet sportif, un organigramme, des départements. La formation, le médical, la détection… C’est comme ça qu’on doit travailler. Ce jour-là, on pourra parler de projet.
Justement, la plupart des clubs algériens dépendent de subventions publiques. Votre critique sur cette instabilité financière…
Tous les clubs sont déficitaires. Tous les clubs de Ligue 1, qu’on appelle à tort, professionnels, sont financés par les deniers publics. De quel investissement on parle ? Montrez-moi un club qui a investi… Y en n’a pas ce n’est pas la peine de chercher. La masse salariale du Mouloudia avoisine les 150 milliards. S’il gagne le titre, il recevra 5 milliards. Comment va-t-il assumer ses dépenses ? De quel professionnalisme parle-t-on ? Si l’État accompagne les clubs sur 5 ans, il doit réserver une partie pour qu’au bout de 5 ans, le club construise son propre centre d’entraînement. Il faut penser à l’avenir. Les talents existent, mais il faut les peaufiner. Personne n’est à sa place.
En effet, par rapport aux exigences du football international, l’Algérie ne forme plus, ou peu de joueurs…
Si, quand même, il y en a qui travaillent. En tant que journaliste, faites un sondage dans les clubs comme le Paradou, et comparez. Vous verrez la véracité dans la formation, le travail et le développement. Un club qui veut travailler. Parce que c’est son propre argent. Titraoui se retrouve dans un club respectable en France, le RC Lens, alors qu’il n’a même pas joué la Coupe du monde. Un autre joueur a été acheté par Nice. Ça veut dire que leur formation est mature et respectée. Le Paradou s’est fait un nom, alors qu’il vient de nulle part. Grâce à quoi ? Grâce à la formation. Mais aussi grâce du dévouement de son fondateur. Celui-ci a une vision que personne n’avait. Les résultats sont là, ils parlent d’eux-mêmes.
Un club qui tourne autour d’un budget de fonctionnement énorme est dans l’obligation de créer un centre de formation propre à lui. Anticiper sur les objectifs secondaires et primaires. Sur quatre ou cinq ans, tu dois avoir au moins deux joueurs qui iront à l’étranger. Au moins en équipe nationale. C’est ça la réalité. Nous, on fait du surplace, que du bla-bla. Le problème, c’est dans la politique du sport.
Et la Fédération dans tout ça ?
Quel est le rôle du DTN ? C’est quoi son projet ? Tous les DTN qui se sont succédé ne nous parlent que des licences CAF. Le DTN doit déclarer son projet sportif, à quel niveau il commence et à quel niveau il finit. Où est le développement du football ? On ne nous parle que de l’équipe nationale. Logiquement, une DTN a ses propres mécanismes, ses départements. Le DTN doit se concerter avec le sélectionneur.
C’est quoi votre analyse sur l’équipe nationale actuelle, son nouveau staff… cette nouvelle ère…
On a de nouveaux joueurs, mais les objectifs sont les mêmes. Les leaders sont partis, la moyenne d’âge est très petite. Cette transition sera très difficile, les gens se trompent. Ces jeunes ont pratiquement le même niveau. Avant, Mahrez était au-dessus de tout le monde. Aujourd’hui, qui sera écouté dans le groupe ? Je n’ai rien contre Hemdani et Yahia, mais est-ce qu’ils ont l’expérience ? Cela ne veut pas dire qu’ils ne réussiront pas. Je leur souhaite beaucoup de réussite.
On doit préparer l’avenir avec un projet de jeu sérieux. La Tunisie avait une formation formidable, ce n’est plus le cas. La Côte d’Ivoire a une belle équipe, mais eux, ils sont restés dans la stabilité. Antar Yahia connaît l’Afrique. Hemdani était capitaine de l’OM. Est-ce que le courant va passer ? Inch’Allah. Avec Saïb aussi, quoi que je ne comprenne pas bien son rôle. Dans le football moderne, le manager, c’est le sélectionneur. J’aurais aimé qu’il soit dans le staff, technique je veux dire.
H. S-A.
