Ancien cycliste du Mouloudia d’Alger, Slimane Zitoun Rostom est l’actuel directeur sportif du Club Majd Guerrara Cycling (CMG). Fondé en 2022 dans la commune de Guerrara, à Ghardaïa, le club y possède son école, avec pour ambition d’atteindre les catégories juniors et seniors.
Loin des projecteurs médiatiques, CMG tisse patiemment la relève du cyclisme algérien, avec des moyens modestes, mais une ambition sans limite !
Dans cet entretien, le directeur sportif du CMG lève le voile sur les réalités économiques brutales de la petite reine en Algérie, notamment le CMG. Comment expliquer que des nations moins dotées que l’Algérie, dominent le cyclisme africain ? Pour M. Zitoun, la réponse tient en un mot, la passion de ces pays pour cette discipline. Pourtant, des passionnés il y en a des tonnes chez nous, mais… Rien, ou presque n’est fait afin de mettre en œuvre une vraie politique à même de faire briller notre pays dans ce sport. Juste pour l’anecdote, la course cycliste la plus relevée du monde, le Tour de France, vous l’aurez reconnu, est la troisième manifestation du monde la plus suivie, après les Jeux olympiques et la Coupe du monde de football. C’est dire l’aura de ce sport à l’international. Les deux autres courses, européennes, que sont le Giro (Tour d’Italie) et la Vuelta (Tour d’Espagne) sont retransmis dans plus de cent pays. Une petite équipe algérienne dans ces deux Tours (il faut juste une action diplomatique pour y être invité) rendrait l’Algérie visible dans le monde entier durant trois semaines. Mais pour cela il faut d’abord qu’il y ait une réelle volonté du ministère des Sports.
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
Commencez par nous décrire la situation financière du club…
C’est comme les autres clubs, à part le foot, bien sûr. On ne dirait pas que ce sont des clubs mais des associations. On dépend de nos sponsors, l’aide de l’État, ce n’est pas grand-chose. Donc c’est difficile pour nous de concurrencer des clubs comme le Mouloudia, très solide financièrement. Ou comme le Madar Cycling Team, qui s’est lancé au niveau international. On travaille donc avec les moyens que nous avons, mais El Hamdouli Allah. Déjà, le fait qu’on participe aux différents tournois au niveau national, avec de résultats, c’est pour nous une performance. Comme au Grand Prix de la ville de Constantine, on s’est classé aux 2e, 3e et 4e places, en trois étapes. On n’est pas loin de Madar, malgré le peu de moyens que nous avons. Comme le Tour d’Algérie 2023, où on s’est classé 4e, 6e et 9e, parmi les dix premiers ! C’est un tournoi international, avec la participation de pays étrangers, comme l’Italie, l’Allemagne et la Belgique.
Que pensez-vous du cyclisme algérien, alors que des pays moins nantis, comme le Rwanda ou l’Érythrée, nous dépassent ?
Il ne faut pas oublier que le cyclisme est le sport national numéro un en Érythrée, un héritage, une véritable passion. Ce sport est une immense source de fierté nationale. Le pays est un vivier de talents, caractérisé par des grimpeurs exceptionnels. Chaque année, ils produisent des talents, en quantité et en qualité. Le maillot vert du Tour de France 2024 a été remporté par un Érythréen, Biniam Girmai et les clubs européens recrutent énormément de cyclistes érythréens, comme Natnaël Berhane. D. Fregalsi Debesay, Natnael Tesfatsion, Amanuel Ghebreigzabhier, etc. On peut en citer beaucoup d’autres. Quant au Rwanda, c’est aussi une terre de cyclisme majeure en Afrique, mais pas comme l’Erythrée. Avec la moitié des moyens qu’octroie l’Érythrée au cyclisme, l’Algérie ferait des merveilles. Mais que voulez-vous ?… Lors du dernier championnat d’Afrique, en novembre dernier en Éthiopie, l’Érythrée s’est classée 1er et 2e. Mais un Algérien s’est distingué avec une médaille de bronze, qui s’est classé 3e à la catégorie Élite, au milieu de cyclistes professionnels d’Éthiopie et d’Afrique du Sud. Il s’est même classé 2e et a gagné la médaille d’argent en U23 !
Par «moyens», qu’entendez-vous précisément ?
Le cyclisme nécessite de grands moyens, c’est un sport mécanique, tout comme la Formule 1. C’est devenu un sport de haute technologie et à gros budget où la performance dépend de l’optimisation mécanique. Comme les pneus, qui sont extrêmement chers. Dans le football, avec un seul ballon, tu peux faire jouer 22 joueurs. Un vélo, ce n’est pas moins de 80 millions. Et je ne vous parle pas des cyclistes qui ne sont pas payés, ou très peu. Et pourtant, le cycliste s’entraîne six heures par jour, le footballeur trois !
Quelles solutions envisagez-vous ?
Il faudrait vraiment que l’État octroie des entreprises, au moins à ces clubs actifs durant ces 5 dernières années. Le cyclisme, ce n’est pas comme le football. Le club peut porter le nom de l’entreprise qui le sponsorise. Dès ta première année, tu peux adhérer à l’Union cycliste internationale, et participer ainsi à des courses internationales et te classer parmi les premiers au niveau mondial. Tout est question d’argent. Chaque année, tu payes ton abonnement, et tu t’inscris au calendrier. Et pas forcément dans des tournois relevés, puisqu’il existe trois paliers. Pour ce qui est des inscriptions, elles débutent en octobre et finissent en novembre. Et tu peux même recruter des cyclistes étrangers. Comme Madar Pro Cycling, qui a recruté deux Sud-Africains.
Comment expliquez-vous qu’il n’y ait que deux équipes Pro-Continental en Algérie ?
Pour ce qui est du classement de l’Algérie, elle est au 28e rang au niveau mondial et 3e en Afrique. Si par exemple Madar Pro Cycling gagne des points, ils seront automatiquement comptabilisés pour l’Algérie, tu vois à peu près ? D’ailleurs, la sélection nationale est formée à 90% de cyclistes de Madar. Nous, pour ce qui nous concerne, avons un élément en sélection, mais en équipe B. C’est déjà ça pour un club comme le nôtre.
Quels sont vos objectifs à court terme ?
C’est d’élever notre niveau et participer au Tour d’Algérie 2026, qui est réputé pour son haut niveau. Il faut savoir que l’Algérie possède un climat idéal pour cette discipline, ainsi que des parcours qui favorisent la pratique du cyclisme. Nous avons des pentes, comme à Tizi Ouzou et Chréa. En tous les cas, pour ce qui nous concerne, notre objectif, c’est de nous améliorer d’abord au niveau national, et pourquoi pas après au niveau international. Même si actuellement, le Mouloudia et Madar sont leaders en Algérie.
Un message à transmettre ?
Au nom du club, je remercie le wali de Ghardaïa et le maire de Guerrara, et tous leurs membres, pour leur aide et leur contribution aux résultats positifs enregistrés. Cependant, on n’a toujours rien vu de la part de la DJS de Ghardaïa, à qui nous sommes pourtant affiliés. Je remercie également tous les membres du club, et surtout nos sponsors. Des entreprises modestes, mais leur aide financière nous est très bénéfique, ça nous permet au moins de pouvoir participer aux tournois nationaux.
H.S-A.
