« Dans le football, il y a la défaite et la victoire, c’est un éternel jeu »
« Des cadres trop âgés en Equipe nationale ? Ce n’est pas à nous de décider qui doit partir en Coupe du monde ou pas. Il y a un responsable technique, il ya tout un staff »
« Petkovic connait maintenant la mentalité algérienne et de quoi sont capables ses joueurs. Il sait maintenant comment les choses fonctionnent »
« On ne peut pas aspirer à devenir un pays prospère si on ne respecte rien »
« L’ASO mérite une bonne place en Ligue 1, je souhaite à Abdelhakim Belaid beaucoup de réussite »
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
🔸Après un parcours quasi-parfait en phase de groupes, durant la CAN 2025, les Verts ont malheureusement buté sur le Nigeria en quarts. Comment analysez-vous cette « panne » face à un adversaire pourtant prenable ?
C’est vrai qu’on a fait trois matchs de qualité. Après, il fallait monter en force. Et sincèrement, ce que j’ai vu, c’est que les Nigérians étaient costauds par rapport à nous, surtout sur le plan physique. Ils ont gagné beaucoup de duels, l’impact physique a été, je pense, le point fort du Nigeria. Et nous, on n’a pas pu lutter contre cette équipe, qui s’est présentée avec beaucoup d’acharnement et d’envie de gagner. Et d’un autre côté, je pense aussi que ça a servi, dans le sens où on apprend des défaites. Chez nous, on pense que la victoire peut nous emmener loin. La défaite peut nous apprendre aussi beaucoup de choses, pour passer à un autre niveau.
🔸En effet, le foot algérien semble souvent basculer entre l’euphorie des victoires et la crise de confiance après une désillusion. Quelle est votre analyse sur cet environnement passionnel ?
Tout simplement, chez nous, quand on était tous petits et qu’on a commencé à faire du foot, on nous a appris que pour avancer, il faut d’abord comprendre que dans le jeu, il y a la défaite et la victoire.
Si on arrive à assumer tout ça et comprendre qu’on peut construire d’autres choses sur une défaite, on peut aller très loin. Malheureusement, on apprend aux footballeurs, aux dirigeants et aussi aux supporters qu’il n’y a que la victoire qui compte. Et malheureusement, il ne peut pas y avoir de victoire tout le temps. Dans le monde, des clubs huppés, qui ont des centaines d’années d’existence, avec des budgets colossaux, se remettent en cause. C’est un éternel jeu.
🔸L’élimination en quarts a relancé le débat sur la génération des Mahrez, Mandi, etc. Avec la Coupe du monde 2026 qui arrive, pensez-vous que c’était le dernier tournant pour certains cadres ?
Moi je dirais qu’il y a des joueurs qui ont joué la Coupe du monde a un âge hyper avancé, plus que les Mahrez et consorts. Est-ce que l’âge va être la seule chose sur laquelle on va se concentrer ? Pourquoi ne pas parler, par exemple, d’expérience ? Une équipe de football, ce n’est pas onze joueurs, c’est un ensemble de 27 joueurs. Donc il y a quelque chose qui se fait à au vestiaire. Les cadres sont là pour que les jeunes fassent leur chemin comme il faut, et ainsi de suite. Ce n’est pas à nous de décider qui doit partir en Coupe du monde où pas. Il y a un responsable technique et tout un staff. La liste définitive se fera par rapport aux besoins. Il peut y avoir des déceptions, c’est normal, comme on peut découvrir des joueurs, qui ne devaient pas être dans la liste, mais que peut-être on va découvrir en Coupe du monde. Et faire peut-être aussi un long chemin avec eux.
🔸Sinon, quel regard portez-vous sur le travail de Vladimir Petkovic depuis qu’il est en poste ?
Ce que je vois, c’est qu’il va crescendo. Il y a eu d’abord cette période où il découvrit le pays, la passion des Algériens par rapport au football. C’est très important. Donc il a pris tout son temps pour comprendre comment les choses fonctionnent. Tout le monde est supporter. Jusqu’au président de la République, on se comporte de la même façon. Tout ça, ça a pris du temps, après, il y a eu des moments difficiles, il faut le dire. Où les gens n’étaient pas contents, et des moments où ils étaient hyper contents. On a fait de bons matchs. Et là, maintenant, il a un résumé sur la situation du football algérien, et l’apport des joueurs formés à l’étranger. Une base de données sur laquelle il va s’appuyer, pour nous sortir justement une équipe qui va, pourquoi pas, faire une bonne Coupe du monde, inch’Allah.
🔸La FAF a rendu obligatoire la création d’académies de jeunes pour tous les clubs professionnels, avec une date butoir fixée au 31 mars 2026. Que pensez-vous de cette initiative et trouvez-vous le calendrier réaliste ? Ne risque-t-on pas d’avoir des académies fantômes ?
Je répondrais autrement. Est-ce qu’on en a parlé comme il faut ? Moi, personnellement, j’en ai entendu parler une seule fois, je pense. Personne ne prête attention, personne ne voit. Chez nous, on confond entre académie, centre de formation et école. Donc le plus important déjà, c’est d’avoir son propre centre d’entraînement. Biensûr, ce serait un bonheur d’investir sur les jeunes, mais qui va les former ? Notre big problème, c’est faire quelque chose et l’abandonner. On a un pays qui a beaucoup de moyens, on peut le faire. Pas que pour le sport, on peut le faire un peu partout. Biensûr, ce sera un honneur pour nous. La formation, c’est aussi une prise en charge. On forme, ok, mais qui doit former ? On a négligé la déformation, beaucoup de jeunes ont été déformés. Beaucoup n’ont pas une bonne formation pour devenir professionnels.
🔸La violence dans les stades a atteint des proportions alarmantes et inquiétantes. Comment un coach prépare-t-il son groupe avant d’aller jouer dans des stadesréputés « chauds » ? Que ressentez-vous dans ces moments-là ? Faut-il durcir les sanctions, faut-il des réformes plus profondes ?
Je pense que le fléau de la violence ne concerne pas le coach ou bien les dirigeants. Ça concerne les spécialistes en matière de sociologie, pour éventuellement donner des solutions, pour faire face à cette violence. Malheureusement, cette violence est en train de monter en puissance, et ça sera très difficile de contourner tout ça. Le football, c’est un jeu. Chez nous, quand un coach dit « que le meilleur gagne », on le prend pour quelqu’un qui n’a pas la rage de vaincre. On préfère le langage de la rue, on préfère un coach vulgaire, etc. … Certains « pseudos managers » te diront que c’est préférable de recruter un coach « voyou ». Et pourtant, le sport, c’est quelque chose de saint. On est en train de dévier d’une manière extraordinaire. La violence la plus difficile, c’est la violence verbale, pas seulement le physique. Il n’y a pas un match où l’arbitre ou le coach ne sont pas insultés. Et la palme d’or revient au gardien de but. La situation est vraiment difficile à gérer, tout le monde le sait.
🔸Vous avez quitté l’ASO Chlef, début janvier. Avec du recul, que retenez-vous de cette aventure ?
C’était une aventure difficile, mais ce fut une bonne expérience pour moi. Où j’ai côtoyé des gens qui ont essayé de faire le maximum pour sauver ce club de la relégation. C’était difficile dans le sens où il y avait une équipe très jeune, qui avait besoin de temps, pour améliorer sa capacité et sa façon de gérer le championnat actuel. Il y a eu, il faut le dire, beaucoup de choses qui étaient contre le club, entre autres les décisions arbitrales. Beaucoup de choses négatives dans ce sens. Aussi, nous, on n’a pas beaucoup travaillé, on a repris l’entrainement très tard, par rapport aux autres clubs. Les jeunes, on ne peut pas les mettre dans la gueule du loup. Ya des matchs où on était bien, également des matchs où on était nul. Des matchs où on n’a rien fait pour gagner. Sinon, il y avait des matchs référence, ou l’équipe a montré qu’elle avait de la qualité et de la capacité. Après mon départ, les problèmes financiers ont été réglé et les joueurs ont été payés, avec un staff qui n’a pas été changé, un staff stable, à leur tête Abdelhakim Belaid, à qui je souhaite beaucoup de courage et de bonnes choses à l’avenir. Sincèrement, l’ASO mérite une bonne place en Ligue 1.
🔸Vous passez actuellement votre diplôme CAF Pro. Comment ça se passe ?…
C’est la dernière étape de la formation pour un coach, sur le plan diplôme, pas en termes de connaissances. C’est l’étape ultime. Ce diplôme nous permet de travailler un peu partout dans le monde. Cumuler d’autres enseignements et d’autres connaissances, dans l’entraînement moderne, sous la houlette de personnes aguerris dans ce sens, qui ont une place importante à la FIFA, dans le domaine de la formation. On est 25 à faire ce stage, il y a donc beaucoup d’échanges, sur la situation du football algérien. On est là pour apprendre, il ne faut jamais s’arrêter d’apprendre.
🔸Après l’obtention du diplôme, quelle est votre ambition à court terme ?
J’ai eu des offres après mon départ de Chlef. J’ai préféré prendre un peu de recul. Je me concentre sur mon diplôme Pro. Voilà, s’il y a des possibilités ou d’opportunités pour la saison prochaine, on aura le temps de voir, inch’Allah, comment les choses vont se passer d’ici là.
🔸Sur le plan médiatique, les débats sur les réseaux sociaux sont souvent très violents verbalement. Les joueurs et les coaches sont de plus en plus exposés. Comment gérez-vous cette pression numérique permanente ?
Pour votre information, nous avons une thèse à présenter, à la fin du stage Pro. Moi justement, j’ai choisi un thème qui va dans ce sens, et qui est « l’effet de la pression négative sur le football algérien ». Est-ce que la pression négative peut aider ? Je ne pense pas. La pression peut faire de bonnes choses, c’est pousser les gens à travailler plus, les pousser à l’effort. Mais la pression négative, avec des insultes, à tout-va, ne peuvent pas arranger les choses. Moi, je suis convaincu que ça ne peut aller que dans le côté négatif. Biensûr, il faut toujours réprimander les gens qui ne travaillent pas, mais d’une manière civilisée. Et ce n’est pas que dans le football, les gens jettent n’importe quoi n’importe où, ne respectent pas le code de la route. Et on est tous responsables de cette situation. Est-ce que ça va aider le pays à se développer ? Je ne pense pas. Et donc on ne peut pas aspirer à devenir un pays prospère. J’espère que les gens vont comprendre, vont prendre le dessus.
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
