Qu’attend donc le sport algérien pour enfin amorcer son vrai déclic ? Pourquoi cette frustration nous colle-t-elle à la peau, nous, amoureux du ballon rond, c’est quand le changement ? Qui de mieux que l’entraîneur Fouad Bouali pour nous éclairer sur ce qui nous ronge au plus profond de nous-mêmes, d’avoir sacrifié autant de talents, gaspillé autant d’argent, et d’avoir usé de la mauvaise langue, d’avoir trop diabolisé. Arrêtons-nous un instant, le temps d’une critique, en compagnie de ce coach hyper sympathique, dont la courtoisie et l’humilité nous sont une immense source d’inspiration. Pour ce Tlemcénien pur et simple, le secret de ce déclic tant attendu, c’est tout simplement le travail et le vrai amour de la patrie, avec une dose généreuse de sagesse.
Entretien réalisé par Nasser Souidi

Vous sortez d’une coupe d‘Afrique assez spéciale, pleine de surprises et de rebondissements. Comment jugez-vous l’organisation, quelle note donnez-vous à la Côte d’Ivoire ?
J’ai vu une organisation extraordinaire, un engouement par rapport au public, par rapport aux gens qui aiment ce ballon rond. Après, ce n’est pas parce qu’il y a eu des échecs de quelques équipes qu’on va tout mettre sur le dos de l’organisation. Au contraire, je pense qu’à la fin, cette coupe d’Afrique a été élue comme la meilleure coupe d’Afrique de tous les temps. Du point de vue organisationnel, point de vue jeu, sur la réalisation aussi. Après, il y a eu cette émergence des petites équipes, comme on dit. Je pense que la Côte d’Ivoire doit être fière de ce qu’elle a fait, d’abord comme organisation, mais ce qu’elle a fait aussi en remontant la pente, avec une entrée super difficile, et avec au final l’apothéose avec une coupe d’Afrique à la clé. Moi de mon côté si j’ai quelque chose à dire, c’est bravo aux Ivoiriens pour leur sens de l’organisation. Aussi, il faut tirer chapeau aux Ivoiriens pour avoir surmonté tous les défis et tous les problèmes, pour devenir champions d’Afrique.
En Côte d’Ivoire, on a vu de petites sélections malmener des ténors africains. Comment analysez-vous ce phénomène ?
Moi je suis fier en tant qu’Africain, je suis fier qu’il y ait émergence de plusieurs équipes nationales, entre autres la Mauritanie, on a vu le Congo, qui est en train de confirmer CAN après CAN. Il y a eu la Zambie aussi qui a fait bonne figure. Après, il y a aussi les autres équipes, même si elles n’étaient pas dans notre groupe, on a eu la chance de les regarder, de voir leur évolution, et c’est un plaisir pour les yeux. Je pense que les étrangers hors-Afrique, les Européens et le reste, ne s’attendaient pas à ce niveau, ni sur le plan du jeu, il ne s’attendait pas que ce soit super élevé, ni sur le plan organisationnel. Parce que d’habitude, eux c’est les chefs, c’est eux les donneurs de leçon, et nous ne sommes que des Africains pour appliquer. Là, l’organisation était cent pour cent africaine, et chapeau à la Côte d’Ivoire, et aussi « Mabrouk » pour l’Afrique toute entière. Bravo aux Africains d’avoir représenté dignement le football africain et bravo aux gens qui ont aidé la Côte d’Ivoire pour que cette fête soit totale.
Parlez-nous de votre expérience en Tanzanie, quels enseignements en avez-vous retenus ?
Concernant, disons l’expérience du staff algérien au sein de cette équipe de Tanzanie, au départ personne ne faisait allusion à la qualification à la coupe d’Afrique en Côte d’Ivoire, c’était seulement pour construire une équipe pour l’avenir, pour 2025 et pour 2027. Et je pense qu’avec le travail de tout le monde, les choses ont été bien faites, et les résultats qu’on a obtenus à l’extérieur, surtout, nous ont aidé à nous qualifier pour jouer cette CAN… Je pense, qu’on a fait bonne figure, même si on a perdu contre le Maroc. On a fait un bon match contre la Zambie, un bon match contre le Congo, les gens étaient contents, nos responsables étaient contents, malheureusement, il y a eu cette suspension de Adel Amrouche. Je pense que ça a un peu perturbé l’état d’esprit de l’équipe, et à la fin, il y a une équipe qui est née, on leur souhaite beaucoup de bonnes choses à l’avenir. J’espère inch’Allah qu’ils vont aller dans le bon sens, et mieux travailler pour mieux réussir. 2025 sera encore un autre test pour cette équipe de Tanzanie, et en 2027, la Tanzanie va organiser cette coupe d‘Afrique… Je leur souhaite que du bonheur. Avec l’expérience qu’ils ont vécue en Côte d’Ivoire, j’espère qu’ils ont appris beaucoup de choses, pour qu’ils puissent améliorer et aussi faire bonne figure dans cette coupe d’Afrique.
Moi personnellement je suis satisfait, parce qu’on a côtoyé de grands joueurs, on a côtoyé de grands coaches, de grands responsables aussi. J’ai eu le plaisir d’échanger avec beaucoup de célébrités dans le domaine du foot. Ce n’était que du bonus, que du bonheur, beaucoup d’expérience dans ce sens. Et après, bien sûr, le football ne s’arrête pas là, on va trouver une autre issue pour un autre challenge, inch’Allah là où le Bon Dieu le voudra, on va essayer de faire encore mieux à l’avenir.
Comment expliquez-vous l’élimination prématurée de notre équipe nationale durant la dernière CAN ? Vous attendiez-vous à un tel scénario ?
Personne ne s’attendait à ce qu’on sorte du premier tour, le dernier match qu’on a fait contre le Sénégal, le champion sortant de la coupe d’Afrique… Je pense qu’on a fait un match costaud, à la fin, on a battu le Sénégal sur son terrain, c’était donc de bon augure, on a vu de belles choses dans le groupe. On était favoris, on aurait pu atteindre au moins le dernier carré, ça c’est le football aussi. Justement, il faut faire un bilan, pourquoi ça n’a pas marché. Maintenant, est-ce qu’il manquait des leaders, est-ce que l’Afrique profonde ne réussit pas à notre équipe nationale, ça c’est possible, parce que de mémoire sportive, je pense qu’on n’a jamais pu réussir quelque chose dans l’Afrique profonde. Ce qu’on a pu réaliser a toujours été en Afrique du Nord, peut-être que c’est ça. Est-ce qu’on peut voir avec des spécialistes, en matière de psychologie du sport en général, est-ce qu’on doit faire un travail correct dans ce sens et apporter quelque chose à notre équipe nationale, pour qu’à l’avenir on puisse aller dans cette Afrique profonde et réaliser quelque chose ?
Que préconisez-vous comme issue ?
Cela ne dépend pas d’une personne, d’un coach ou d’un responsable. Cela dépend de plusieurs personnes spécialistes en la matière, pour qu’il y ait, pourquoi pas, réussite à l’avenir inch’Allah. On n’a pas le droit de coller la défaite à une personne, ou sur le staff technique, ou sur le responsable, ou sur tel ou tel joueur. On est tous responsables… et de là, les gens sages, doivent tirer les leçons de cet échec. Y a pas mieux que de faire son bilan, de manière sage, apaisée, et regarder ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. Il faut tout faire pour que ça marche mieux la prochaine fois et il n’y a pas de honte à dire qu’on a perdu contre la Mauritanie, on a perdu contre X ou Y. L’Italie a perdu, je pense contre le Monténégro, où l’équipe d’Italie a été éliminée de la Coupe du monde 2022, et de surcroît chez elle à domicile. Donc il faut se relever, retrousser les manches et se mettre au travail. Il faut apprendre de ces échecs répétés. J’aimerais bien que les choses soient faites d’une manière sage. Il n’y a pas mieux que de reconnaître ses erreurs pour aller de l’avant.
Quel est votre degré d’optimisme pour l’avenir des Verts ?
Je ne peux être qu’optimiste, quel que soit le coach qui sera là, quel que soit la composante de l’équipe qui sera là. Je ne veux pas être déçu en tant qu’Algérien… il n’y avait pas que des échecs… une grande victoire, celle de la coupe d’Afrique avec Belmadi, après, c’est vrai qu’il y a eu trois échecs consécutifs, et maintenant, on demande à tout le monde ce qu’il pense, on demande aux médias… mais sauf aux concernés. Donc, s’il y a des questions à poser, par exemple, c’est bien aux staffs actuels, c’est bien aux responsables actuels de la Fédé. Et je pense que chacun a son plan pour faire marcher les choses comme il faut. Après, bien sûr, c’est le temps qui va nous dire, est-ce que c’était le bon choix, pas le bon choix…euh, Djamel, on l’a fait partir, est-ce que c’était un bon choix ou un mauvais choix ? Donc c’est le temps, s’il y a du positif à l’avenir, tout le monde va dire que c’était le bon choix, après bien sûr, s’il y a du négatif, on va se dire non, on devrait faire ça et ça. Moi en tant que coach, en tant qu’Algérien surtout, tout ce que je souhaite, c’est de la réussite à notre équipe nationale, parce que ce qui nous importe le plus, c’est ça.
Selon vous, est-ce que les médias, et la presse sportive en particulier, jouent convenablement leur rôle ? Pensez-vous, comme certain, que leur impact est négatif sur le bien-être de notre sport national ?
On sait que les médias, dans tous les domaines, il n’y a pas que le sport, peuvent te donner des idées sur une guerre, sur une économie, sur une projection, sur l’humanité, sur beaucoup de choses. Et entre autres le football aussi. Donc les médias sont là pour rapporter ce qui se passe, après il y a des analyses et beaucoup de choses qui se font par rapport au football. Parce que le football génère beaucoup d’argent, beaucoup de choses dans le monde, et comme on le sait le football peut même faire bouger le politique. Dans tous les pays du monde, le football est considéré comme quelque chose d’extraordinaire. À travers le football, on peut transmettre beaucoup d’idées, beaucoup de bon sens et beaucoup de mauvaises choses, aussi. Et puis, c’est vrai, quelque part, il y a des journalistes qui prennent parti par rapport à une situation… et là, ça devient anormal. Quand on est journaliste, on ne peut pas faire certaines choses, je ne sais pas, pour attaquer des personnes ouvertement, pour faire descendre un club, pour faire monter un autre, et tout le tralala du football. Logiquement, le journaliste est là pour donner la bonne information. Il est là pour donner des infos justes, vérifiées et vérifiables, je n’ai pas la prétention de montrer aux journalistes leur travail, mais pour que les choses aillent dans le sens espéré par tous, pour faire avancer notre football je crois qu’il faut qu’on tire tous dans un seul sens.
Comment avez-vous vécu la suspension de Adel Amrouche ?
Sincèrement, ce n’était ni le moment ni l’opportunité pour nous tous d’avoir justement ce problème qu’il y a eu… les déclarations… après il y a eu suspension, après, c’est la Fédération tanzanienne qui a réagi… tout ce qu’on a fait, nous les Algériens, c’est d’aller voir le coach, bien sûr. Là, on lui a demandé… moi personnellement, je lui ai demandé : qu’est-ce qu’on fait ? Par rapport à notre position. Il nous a demandé de continuer le travail, et essayer d’honorer nos contrats. Donc voilà, on a continué, avec Oussama El Hamdane, qui était le préparateur des gardiens. Avec aussi Morocco, avec Cotcha, les préparateurs, Christophe et Michael, et aussi les responsables de l’équipe nationale, avec le staff médical aussi qui a été à la hauteur. On a essayé de travailler, il fallait dépasser cette suspension et reconcentrer le groupe sur le travail et la réussite. Je pense qu’on a manqué d’un peu de chance, on aurait pu se qualifier au tour d’après, D’ailleurs, le match de la Zambie… la Zambie a égalisé dans les deux ou trois dernières minutes. Une victoire aurait permis à notre équipe de se qualifier, sinon, la suspension, elle n’est pas bien, pour le coach, pour les joueurs, pour les dirigeants, c’est dommage ! C’est vraiment dommage ! Parce qu’on aspirait à mieux, et à la fin, on est sorti au premier tour.
Nous vivons une année charnière dans la reconstruction du pays, quelle est votre critique personnelle sur le secteur du sport en général, et le football en particulier ?
On ne peut pas se développer juste comme ça, c’est tout un projet, initié par les plus hauts responsables du pays. Ceux qui doivent faire le maximum pour que le pays aille dans la modernité, dans la richesse, dans beaucoup de bonnes choses, c’est nous, c’est le peuple. Et désolé de le dire, on a l’impression que nous, le peuple algérien… on n’aime pas notre pays. Parce qu’on ne fait pas ce qu’on doit faire pour qu’on puisse, chacun dans son domaine, chacun de son côté, faire le maximum pour que les choses aillent de mieux en mieux. Si on parle politique, il y a le premier responsable de l’État, M. Abdelmadjid Tebboune, qui initie des projets allant dans le sens du développement, il y a les responsables tout autour, il y a les directions, il y a les ministères, les wilayas, les daïras, les responsables du football, de la santé. Il y a une responsabilité pour chacun. Mais si nous tous, on ne tire pas dans le même sens, quel que soit le projet qu’on peut apporter, il ne peut pas aboutir. Ça c’est une vérité que personne ne peut cacher, donc si le pays ne se développe pas, le football va rester comme ça. C’est l’image du pays et le pays est aussi l’image du football.
Regardons ce qui se passe actuellement dans les pays du Golfe, personne ne croit à ce qui se passe actuellement, par rapport au niveau et à l’organisation. J’ai vu, durant mon expérience en Arabie Saoudite, ça n’a rien à voir, c’est une organisation super professionnelle, tout autour du football. Et quand vous constatez le niveau de jeu qui s’est développé en Arabie Saoudite, c’est parce que le pays s’est développé… ce n’est plus le pays d’antan, où il y avait le désert et les chameaux. Là, c’est autre chose, c’est beaucoup de moyens et beaucoup de développement. Moi, en tant qu’Algérien, mon souhait est que notre pays sorte de ce marasme. Et si on doit sortir de ce marasme, on ne peut le faire qu’ensemble. Tous les Algériens doivent travailler dans le bon sens, et chacun doit faire son mea-culpa. Est-ce que moi par exemple, en tant qu’Algérien, je joue mon rôle dans la société ? Est-ce que je fais mon travail convenablement ou pas ? Donc je dois avoir le courage de dire : je ne joue pas mon rôle à cent pour cent. Tout ça, c’est pour le bien de notre pays… inch’Allah, on aura la sagesse… ça ne peut que nous apporter bonheur sur bonheur. Et si on aime nos enfants, on doit maintenant réagir et faire quelque chose pour qu’ils puissent vivre dans un pays serein, moderne et plein d’objectifs.
N. S.
