Les langues se délient face à ce que beaucoup semblent considérer comme un délit juridique. La Confédération africaine de football (CAF) a choisi l’engouement autour de la CAN et la fête pour faire passer une décision prise unilatéralement par le haut commandement avec le passage d’une CAN qui se tient tous les deux ans à une qui sera organisée, à partir de 2029, tous les quatre ans. La révolution n’a pas plu à tout le monde. Elle pourrait même causer une mutinerie au sein de l’instance si l’on croit les signaux palpés ici et là.
Par Mohamed Touileb
À la CAF, il y a des choses qui se trament. Le climat n’est pas aussi serein que Patrice Motsepe, premier responsable de l’instance, le laisse croire et entendre à chacun de ses discours plein d’optimisme et d’envolées lyriques sur la santé de la gouvernance et du football africain.
Feu Hayatou doit se retourner dans sa tombe
On peut clairement dire que la centralisation des décisions au sein de l’instance a pris une nouvelle proportion avec l’acceptation de changer le cycle de la CAN. Et le fait que cela soit entériné par le Comité exécutif plutôt que l’Assemblée générale, indiquée juridiquement pour prendre ce type de mesures, est un tour de force en soi. Même si l’article 23.10 de ses statuts, qui stipule que « l’autorité suprême pour toutes les questions relatives aux compétitions de la CAF », est avancée comme argument… fallacieux.
Certains présidents de Fédération affiliée n’ont pas hésité à contester la décision de Motsepe et ses acolytes qui n’ont fait qu’obéir aux injonctions de Gianni Infantino. Le président de la FIFA a la mainmise sur les commandes cafienne ces dernières années. Il adapte le calendrier de l’Afrique à celui qu’il veut mettre en place pour que l’instance internationale brasse le plus d’argent possible du football.
Vous l’aurez compris, notre continent aura beaucoup à perdre avec cette mutation aussi brutale que révélatrice de l’inféodation de l’organe panafricain qui n’a jamais été aussi dépossédé de son pouvoir décisionnel que récemment. Du temps d’Issa Hayatou, défunt boss de la structure confédérale, Sepp Blatter n’avait jamais osé forcer l’Afrique à se plier à la FIFA. C’était une autre ère où il y avait certes des personnes qui servaient leurs intérêts. Mais jamais au détriment du continent.
« Ça ne serait jamais passé »
En tout cas, ce cavalier seul du Comité Exécutif n’a pas l’air de plaire et la CAF se retrouve sur une poudrière à cause de Motsepe et ses proches collaborateurs qui font la pluie et le beau temps. Et les éclairs pour annoncer un éventuel orage ont été relevés par The Guardian qui a fait une dissection de la situation avec des avis anonymes. Ces derniers contestent vivement la politique de Motsepe et son bureau. « La décision était déjà prise. Ils ont dit qu’elle serait discutée au Maroc, mais au final, il n’y a eu aucune discussion. Si une assemblée générale avait eu lieu et que tous les présidents avaient pu voter, ça ne serait jamais passé », assure un patron d’une fédération africaine.
La discorde est là. Et ce n’est jamais bon signe. Surtout que la CAN 2025 a montré clairement que certains abusent de leur autorité pour parvenir à leur fin. Un arbitrage à la carte et une déstabilisation des adversaires comme le fait le Maroc avec le Sénégal qu’elle affrontera ce soir (20h00) en finale de la CAN au stade Prince Moulay Abdellah (Rabat). L’impunité est là. Désormais, il reste à voir combien elle va durer.
M.T.
