9 juin 2026

Kouici : « Le parcours africain du CRB est très honorable »

Ancienne gloire du football algérien, latéral emblématique ayant marqué l’histoire des Verts (50 sélections, finale CAN 1980), et vainqueur de la Coupe d’Algérie 1978 avec le CR Belouizdad, Mustapha Kouici a ensuite mené une carrière d’entraîneur et d’éducateur. Aujourd’hui consultant pour l’ENTV, il analyse pour Info Sport les performances du Chabab, ainsi que l’actualité sportive algérienne, notamment la CAN 2025.

Entretien réalisé par Hamid Si-Ahmed

Quel est votre avis sur la phase aller du CR Belouizdad ?

Je dirais que c’est un bilan mitigé, avec un très mauvais départ. L’équipe est passée à côté de ses débuts de saison, avec des résultats décevants et un contenu de jeu qui laissait à désirer. Mais le groupe s’est ressaisi en fin de phase aller, avec des résultats probants, notamment en Coupe de la CAF et en championnat où elle a enchaîné plusieurs matchs sans défaite. Cela laisse entrevoir un bon retour de forme. Voilà, en gros, ce qu’on peut retenir.

Selon vous, quelles sont les chances du Chabab pour la suite du championnat, malgré l’écart avec le leader ?

L’écart avec le leader est important, même s’il reste des matchs en retard. C’est un peu difficile face à un Mouloudia qui carbure bien, qui perd rarement et qui enchaîne les bons résultats. Ça va être compliqué, il faudrait presque réaliser un sans-faute. Mais dans le football, le sans-faute n’existe presque pas. Je dirais donc que le CRB est capable d’aller chercher la deuxième place. Pour le titre, l’écart reste conséquent.

Comment jugez-vous les renforts apportés par le club durant la période de mercato ?

Je pense que Bahloul a bien négocié cette période, en ramenant de très bons joueurs comme Kaassis et Boukhanchouche. Et surtout la pépite ivoirienne, Ahua, dont on dit beaucoup de bien. Bien sûr, tout le monde aurait souhaité une autre recrue, notamment dans l’axe central. Ça ne s’est pas fait, pour je ne sais quelle raison, mais il faudra composer avec. L’entraîneur a plusieurs options pour structurer son milieu.

Quelle analyse faites-vous du travail de l’entraîneur Ramovic, jusqu’à présent ?

Vous savez, un entraîneur est toujours jugé sur les résultats. C’est clair et net, surtout ici en Algérie : ce sont les performances qui donnent du poids au technicien. Celui qui dit le contraire est à côté de la plaque. Pour Ramovic, c’est vrai qu’en début de saison, on a eu l’impression qu’il avait perdu un peu la main sur la gestion du groupe. Il y a eu quelques problèmes, comme l’histoire du gardien ou certains choix tactiques. Mais depuis quelque temps, ça semble se remettre en place avec de bons résultats. Même au niveau du jeu, le CRB montre un bien meilleur visage.

Comment évaluez-vous la gestion des jeunes joueurs au sein du club cette saison ?

Quelques jeunes ont percé, à l’image de Boussouar. Mais de manière générale, les entraîneurs ont peur de faire jouer les jeunes. La culture du résultat fait qu’on a du mal à les voir éclore ; on ne leur donne pas assez souvent leur chance.

Avant le match crucial face à Singida, comment jugez-vous le parcours du Chabab en Coupe de la CAF ?

Je trouve que c’est un parcours très honorable, positif. La preuve : le CRB est premier de son groupe, et ce n’est pas donné à n’importe qui. Cela prouve l’investissement des joueurs, surtout après la victoire à l’extérieur 3-0 contre les Sud-Africains de Stellenbosch. Toutes les équipes n’en sont pas capables. Le Chabab l’a fait, bravo ! J’espère qu’ils vont continuer sur cette lancée et pourquoi pas aller le plus loin possible, en compagnie de l’USMA bien sûr, dans l’autre groupe.

Comment jugez-vous la Ligue 1 cette saison par rapport aux années précédentes ?

Comme les années précédentes, il y a du bon et du moins bon. Certains clubs ont beaucoup progressé, d’autres ont stagné ou déçu, à l’image de la JS Kabylie, du MCO et de l’ES Sétif. Ce sont pourtant de grands clubs, mais cette année leur niveau a vraiment baissé. Et j’ai une remarque : comment se fait-il que ce soient justement les équipes soutenues par de grandes entreprises qui rencontrent le plus de problèmes ? C’est étrange, mais c’est le constat. Sonelgaz à l’ESS, Hyproc au MCO et Mobilis à la JSK. Beaucoup de questions se posent : avec tous ces moyens, pourquoi n’arrivent-ils pas à enchaîner ? C’est un vrai sujet de réflexion.

Ce qui montre que le football, ce n’est pas seulement une question d’argent…

C’est ce que je sous-entendais. Car tout est aussi une affaire de gestion, de choix d’entraîneur, de recrutement et d’autres facteurs. Tout cela crée parfois des lacunes. C’est aux responsables de les corriger.

En repensant à l’élimination surprise de l’Algérie face au Nigeria, comment l’expliquez-vous ?

Ils ont d’abord fait un bon parcours et sont allés en quarts, ce qui n’était plus arrivé à l’équipe nationale depuis deux CAN. Il ne faut pas l’oublier. Le match contre le Nigeria a laissé des traces, mais cela s’explique par plusieurs paramètres. Le plus marquant, c’est l’arbitrage : dès le début, il a choisi son camp. Mais l’équipe aurait dû montrer un autre visage. Le Nigeria n’avait même pas besoin de l’aide de l’arbitre ; il a démontré sa supériorité dans tous les domaines et a mérité sa victoire.

Cela dit, il reste un peu moins de six mois avant le Mondial américain, et je pense que Petkovic doit tirer les leçons de ce qui n’a pas fonctionné. Il a maintenant une idée précise et complète de son groupe. À lui de faire les bons choix, que ce soit dans le jeu ou parmi les joueurs. Voilà mon analyse.

Vous avez toujours soutenu le sélectionneur Vladimir Petkovic. Quel est votre ressenti aujourd’hui à son égard après le parcours de l’EN durant la CAN ?

Pour moi, c’est un très bon entraîneur. Il l’a prouvé par le passé, que ce soit avec la Suisse ou en club. C’est un technicien qui sait faire son travail. Maintenant, il faut le laisser travailler. On fera le bilan après le Mondial, et on verra…

De toute façon, même si tu es le meilleur entraîneur du monde, tu dépends des résultats, point final.

Aujourd’hui, au-delà de votre métier de consultant, quel lien entretenez-vous avec le football, après avoir marqué l’histoire de ce sport en tant que joueur ?

Je suis vraiment en retraite (rire), j’ai pris du temps pour me reposer. Mais cela ne m’empêche pas de suivre le football, que ce soit le championnat national, les coupes africaines ou même le football mondial. Un passionné reste un passionné, quel que soit l’âge. Sinon, je passe de bons moments avec des amis en jouant à la pétanque, ce qui me permet de rester (rires) compétitif !

À défaut de taper dans le ballon, vous tapez dans la boule…

(Éclat de rire !)

H.S-A.

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