26 mai 2026

La charrue avant les bœufs !

Alors que la majorité des clubs opte pour une stratégie de reconstruction progressive et concertée à l’intersaison, le RCK a pris tout le monde de court. Dans un mercato mené tambour battant, le club koubéen a officialisé pas moins de 23 nouvelles recrues dans moins de dix jours, tout en maintenant seulement quatre cadres de l’exercice précédent

Par Youcef Mimoune

Un virage radical assumé par la direction, mais qui interroge sur la méthode employée, d’autant plus que le recrutement a été entièrement finalisé sans l’avis d’un entraîneur, dont la désignation est intervenue après coup. Cette campagne de recrutement, à première vue ambitieuse, a été pilotée par le président Salim Messani et son manager général Brahem-Chaouch, mais sans un entraîneur en poste. Une situation qui interpelle plus d’un. Parmi les joueurs engagés, on retrouve plusieurs jeunes issus des réserves d’autres clubs, preuve d’une volonté de rajeunissement. Cependant, aucun joueur formé en interne, au sein des catégories jeunes du Raed, n’a été promu dans ce nouveau projet. Mais ce qui soulève surtout les critiques, c’est l’ordre des priorités dans cette phase cruciale de préparation. Comment concevoir un effectif sans consulter celui qui en aura la charge technique ? La logique sportive semble ici avoir été bousculée. En engageant autant de joueurs avant même de désigner l’entraîneur, le RCK donne l’image d’un club qui fait les choses à l’envers. En football comme ailleurs, vouloir aller trop vite, c’est parfois risquer  de rater un virage et d’aller droit dans le mur. Messani a visiblement mis la charrue avant les bœufs…

Un mercato hors normes et aucun jeune du cru retenu

Ce chiffre impressionnant de 23 recrues rappelle davantage les méthodes utilisées dans des clubs en reconstruction totale, voire en crise. Mais au RCK, cette dynamique s’inscrit dans une volonté déclarée de repartir sur de nouvelles bases, après deux échecs d’accession vécus comme des traumatismes en interne. À la manœuvre, le président Salim Messani, appuyé par son manager général Karim Brahem-Chaouch, a piloté personnellement ce vaste chantier. L’un des éléments qui a le plus surpris les observateurs, c’est l’absence totale de jeunes formés au club parmi les nouveaux éléments intégrés à l’équipe première. Malgré une saison où la réserve du club a parfois montré de belles choses et quelques individualités prometteuses, à l’image de Zouaoui, meilleur buteur de la catégorie réserve, aucun joueur issu du club n’a été promu. Un choix qui fait grincer des dents, notamment chez les entraineurs des jeunes catégories, dont plusieurs sont encore impayés depuis plusieurs mois. Cette mise à l’écart de la filière interne semble traduire un désaveu assumé de la politique de formation du club. À moins qu’il ne s’agisse d’un manque de confiance envers les produits maison. Dans les deux cas, cette décision soulève de nombreuses questions sur la cohérence globale du projet du RCK.

Un entraîneur désigné après le recrutement : un modèle à l’envers ?

Mais le point qui interroge le plus dans la stratégie du RCK est certainement la chronologie des événements. Alors que les clubs structurés commencent leur intersaison par la désignation du nouvel entraîneur, autour duquel est bâti l’effectif, le Raed a fait exactement l’inverse. Le recrutement a été finalisé dans sa totalité avant même que le nom du coach ne soit arrêté. Ce mode opératoire surprend autant qu’il inquiète. Car il implique que l’entraîneur, quel qu’il soit, devra composer avec un effectif qu’il n’a pas choisi, ce qui va à l’encontre de toute logique sportive. Le coach Abderrahmane Ramdane héritera d’un groupe prédéfini et sans marge de manœuvre. Dans un tel contexte, l’entraîneur pourrait rapidement se heurter à des limites tactiques ou constater que certains profils ne correspondent pas à son schéma. Une fragilité structurelle que le RCK semble sous-estimer surtout que le technicien franco-algérien n’a pas l’habitude de vivre ce genre de scénario en Europe. S’il fallait désigner le grand artisan de cette refonte massive, ce serait sans conteste Karim Brahem-Chaouch, manager général du RCK. Actif sur plusieurs fronts, il a multiplié les contacts et les négociations pour parvenir à boucler rapidement les 23 dossiers. En à peine dix jours, le chantier a été achevé, permettant au club de disposer d’un effectif complet dès la reprise des entraînements…

Y. M.

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