Mahieddine Khalef, l’intemporel pionnier
Après Rachid Mekhloufi, qui nous a quittés le mois dernier, le football algérien vient de perdre une nouvelle figure emblématique qui aura marqué la discipline. Il s’agit du regretté entraîneur et ex-sélectionneur Mahieddine Khalef disparu hier à l’âge de 80 ans en laissant une marque indélébile dans la balle ronde en Algérie.
Par Mohamed Touileb
Ses années d’or étaient les années 80. Et sa feuille est tombée à l’automne de ses 80 ans. Mahieddine Khalef est parti rejoindre un meilleur monde après avoir eu un passage remarquable ici-bas. Certains ne le savent peut-être pas, mais Mahieddine Khalef est un Algérien né… au Maroc à Mechra Bel Ksiri. Après avoir joué au football chez nos voisins en portant les couleurs du KC Kenitra et l’Ittihad Zemmouri de Khemisset, il rentra en Algérie en 1967 pour rejoindre les rangs de la JS Kabylie.
Pionnier du management en Algérie
Et c’était le début d’une histoire fusionnelle entre le défunt et les Canaris avec qui il avait connu une (longue) parenthèse enchantée jusqu’à 1990 entrecoupée d’une petite pige au NA Hussein-Dey qui n’est pas le plus banal des clubs dans l’environnement du sport-roi algérien.
On reviendra à la JSK où Khalef a commencé avec l’accession en première division en tant que joueur au terme de l’exercice 1969-1970. Et Khalef était plus qu’un simple joueur puisqu’il a eu le flair de proposer que Virgil Popescu, qu’il connaissait depuis son passage au KC Kenitra, prenne les rênes techniques. Un choix payant puisque le Roumain a sauvé le club avant de décrocher le sacre en championnat au terme de l’opus 1973-1974. C’était déjà les signaux d’une faculté exceptionnelle à «manager» d’un homme qui était en avance sur son temps. Il avait l’œil et la capacité à connaître les besoins d’une équipe. Un pionnier dans le domaine ? C’est le cas de le dire.
Khalef – Zywotko, l’alliance inoubliable
Avec la filière de l’Europe de l’Est, Khalef avait de bons liens et l’alchimie prenait à tous les coups. D’ailleurs, pour sa reconversion et ses premiers pas d’entraîneur, il avait épaulé Stefan Zywotko (Pologne). Le binôme a donné naissance à l’inoubliable Jumbo Jet qui s’imposera dans l’environnement footballistique du pays mais aussi sur le plan africain. A ce jour, Khalef est l’entraîneur le plus titré en Algérie avec 13 couronnements nationaux et continentaux confondus. Dans le détail, il compte 8 championnats, 2 coupes d’Algérie et, bien évidemment, la fameuse Ligue des Champions 1981 et la Supercoupe d’Afrique 1982 ainsi qu’une Coupe de la Confédération CAF en 2000 aux côtés de Nasser Sandjak.
C’est inévitable que la JS Kabylie lui ait rendu hommage hier. «Toute la grande famille de la JSK est touchée et profondément attristée par cette perte. Mahieddine Khalef a marqué de son empreinte l’histoire du club et du football algérien, tant par son dévouement que par ses accomplissements. Son héritage restera à jamais gravé dans nos mémoires», mentionnaient les Lions du Djurdjura dans un communiqué.
Gijon, l’exploit et l’histoire inachevée
Tous ses exploits avec la JS Kabylie lui ont valu d’être promu sélectionneur de l’Algérie en 1982 avec le regretté Rachid Mekhloufi. Succédant au trio, Maouche-Saadane-Rogov. Avec les Verts, Khalef aura marqué les esprits et l’histoire de la Coupe du monde avec le succès (2-1) retentissant contre la République Fédérale d’Allemagne (actuelle Allemagne) en Coupe du monde 1982. Il sera éliminé avec Madjer & cie malgré deux victoires lors du premier tour après le match arrangé entre l’Autriche et la RFA.
Avant cela, il y a eu la qualification en quart de finale aux Jeux olympiques 1980 à Moscou sans oublier cette finale à la CAN 1980, la 4e place en 1982 et la 3e place en 1984 ainsi qu’une médaille de bronze aux Jeux méditerranéens de 1979. C’est pour dire que feu Khalef a fait le tour de toutes les compétitions possibles qu’un driver aurait pu connaître. La Fédération algérienne de football (FAF) n’a pas manqué de lui rendre hommage. « C’est avec chagrin et tristesse que le président de la Fédération algérienne de football a appris le décès de l’ancien sélectionneur national Mahieddine Khalef. En cette douloureuse circonstance, le président de la FAF présente en son nom et au nom des membres du Bureau fédéral ses sincères condoléances à la famille du défunt et à toute la famille du football algérien », a écrit l‘instance fédérale. Pour clore, on soulignera que l’inhumation de Khalef est prévue aujourd’hui au cimetière d’El-Alia après la prière d’El Dohr.
M.T.
Dahmane Haffaf : « On vient de perdre un monument du football »
Dahmane Haffaf l’ancien stoppeur de la JSK et du JUMBO JET, qui a défendu les couleurs kabyles sous la houlette de Mehieddine Khalef et Stéphane Ziwotko, était choqué hier lorsqu’il a appris la triste nouvelle : « C’est vraiment triste et un choc d’apprendre cette triste nouvelle. Mais que voulez-vous c’est le destin et personne ne peut échapper à la mort. Paix à son âme et Dieu l’accueille en Son Vaste Paradis notre cher Mehieddine Khalef. » Et de poursuivre : « On a passé de bons moments avec lui, il nous donnait des conseils, même lorsqu’on passait à côté de notre sujet, il a toujours su comment nous remonter le moral après chaque faux-pas. On a réalisé de bons résultats sous sa houlette avec ce doublé en 86, d’autres titres en championnat, la coupe des clubs champions d’Afrique, la Super coupe d’Afrique, la médaille de bronze ou la troisième place en coupe arabe à deux reprises. Il était notre grand frère et même notre père. C’est une légende qui s’en va. Paix à son âme, toutes mes condoléances à sa famille et proches.»
O.M.
Rachid Adghigh : « Mahieddine Khalef était un père pour nous »
De son côté Rachid Adghigh, estime : « Je suis très affecté et triste d’apprendre le décès de notre entraîneur à la JSK avec qui aussi j’ai travaillé en équipe nationale. C’est dur d’accepter cette triste nouvelle, mais c’est le destin et on ne peut échapper à ça. Dieu l’accueille en Son Vaste Paradis et je présente mes sincères condoléances à la famille Khalef, ses proches et amis. On vient de perdre une grande figure du football algérien qui a beaucoup donné soit pour la JSK avec les différentes consécrations nationales et continentales remportées en 14 longues années de grand labeur à la barre technique, mais aussi ses belles performances avec l’équipe nationale. » Il conclut en nous déclarant : « On demande à tous ceux qui l’ont connu de près ou de loin de prier pour que le bon Dieu l’accueille en Son Vaste Paradis. À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons. J’ai appris beaucoup sous sa houlette soit à la JSK ou en équipe nationale. Le monde du football vient de perdre une autre légende en la personne Mehieddine Khalef. »
O.M.
Hamid Sadmi : « Je suis sous le choc »
Hamid Sadmi n’en croyait pas ses oreilles à l’annonce du décès de son ex-entraîneur à la JSK et ex-sélectionneur national. Visiblement choqué, Sadmi affirme : « La vie est ainsi faite, mais pour ne rien vous cacher je suis sous le choc et je n’arrive pas à croire que Mahieddine Khalef est décédé. J’ai appris la triste nouvelle ce matin (Ndlr, hier). C’est dur et vraiment très dur même d’accepter cette triste nouvelle, j’ai les larmes aux yeux. Mahieddine Khalef était un père pour nous lorsque je jouais à la JSK et même en sélection nationale. » Envahi par l’émotion, Sadmi à de la peine à terminer … : « On a vécu de bons moments avec lui à la JSK notre club de toujours, avec lequel nous avons a remporté des titres de championnat et la coupe d’Algérie et la coupe des clubs champions d’Afrique, la Super coupe d’Afrique et la troisième place en coupe arabe à deux reprises. Nous sommes en deuil et le football algérien en général. »
O.M.
Lyes Bahbouh : « Khalef était un grand connaisseur du football, paix à son âme »
Lyes Bahbouh l’ancien meneur de jeu ses Canaris du Djurdjura des années 80 qui a marqué de son empreinte l’histoire du club, ne peut oublier ce qu’il a appris aux côtés de Mahieddine Khalef : « Ô mon Dieu Mahieddine est parti dans l’anonymat et sans faire de bruit. C’était quelqu’un de réservé qui n’aimait pas trop s’adresser à la presse. Il tire sa révérence à 80 ans, Dieu l’accueille en Son Vaste Paradis. Mes sincères condoléances à sa famille, ses proches, ses amis et les gens du monde sportif en général et du football en particulier. » Il conclut en estimant : « C’était notre père à la JSK, il nous aimait beaucoup et nous orientait pour être toujours à la hauteur. On a appris beaucoup sous sa houlette et Stéphane Ziwotko et c’est grâce en grande partie à son savoir-faire que la JSK a atteint le haut niveau en dominant le football national dans les années 80 avec ces consécrations gagnées et même sur le plan Africain. J’ai passé 11 ans avec lui à la JSK en tant que joueur et j’ai beaucoup progressé en ramenant ce plus à l’équipe. C’était un grand connaisseur du football et si la JSK a réussi de grandes performances c’était grâce à lui. »
