Le ChaïbiGate
Encore une fois, Farès Chaïbi n’a pas été retenu par Vladimir Petkovic. Le milieu de terrain manquera le troisième rassemblement de rang. Appelé à donner des explications sur cette décision jeudi en conférence de presse, le sélectionneur national a – une nouvelle fois – avancé des arguments farfelus et non-recevables. Ce balbutiement a une raison : le Bosnien et le sociétaire de l’Eïntracht Frankfurt ont une relation tendue depuis… mars. Et les choses ne vont pas en s’arrangeant. Détails.
Par Mohamed Touileb
«Farès Chaïbi est un joueur très intéressant mais, pour le moment, il cherche sa place sur le terrain avec l’Eïntracht Frankfurt. Il n’est pas attaquant car il n’est pas assez décisif devant les cages. Il n’est pas non plus milieu de terrain car il ne montre pas les qualités de cette position sur le terrain. J’ai choisi des joueurs qui, pour l’instant, sont plus compatibles avec notre idée de jeu.» C’est là l’explication de Petkovic et les paramètres qui l’auraient démotivé pour le rappeler.
À la CAN 2023, il y avait déjà des signes
Cela semble bien léger pour un technicien qui n’a vu le joueur de près qu’à une seule reprise. C’était lors de la date FIFA de mars quand il avait hérité des rênes techniques des Fennecs en remplacement de Djamel Belmadi, qui avait ramené ce joueur en sélection quand il évoluait au Toulouse FC à une époque où la sélection jeune de l’équipe de France a tenté de le sécuriser et l’empêcher de venir jouer pour l’Algérie. C’est pour dire que l’ex-Toulousain avait opté pour les Verts malgré les tentations et le forcing français pour le garder encore sous le maillot « bleu ».
Mais il s’avère que cette « concession » a causé des « troubles » de comportement de Chaïbi qui aurait déjà montré une attitude inquiétante à la CAN 2023. D’ailleurs, après le premier match face à l’Angola, à l’issue duquel il a été élu « homme de match », Belmadi a décidé de se passer de ses services en guise de « sanction » pour son manque de discipline (tactique et autre). Il était même question de le mettre à l’écart pour l’après-CAN 2023.
Algérie – Bolivie : la genèse du problème
L’éviction de Belmadi l’avait sauvé. Mais ce sursis de circonstances n’a pas duré longtemps. En effet, même Petkovic a été confronté au caractère délicat du joueur de 21 ans (il en aura 22 le 28 novembre prochain). A la mi-temps face à la Bolivie en mars, il y a eu un échange assez musclé pour des remarques sur le plan tactique. La sanction est vite tombée : Chaïbi n’est pas revenu sur le terrain après la pause et n’a pas disputé le match suivant contre l’Afrique du Sud. Petkovic se devait de marquer son territoire pour sa première afin de ne pas mettre son autorité en péril aux yeux des autres Fennecs.
S’ensuivra une non-convocation pour juin et cette story de Chaïbi qui voulait répondre au sélectionneur et lui dire qu’il méritait d’être présent compte-tenu de ses statistiques. Pour le rassemblement de septembre, le milieu offensif n’était pas dans la liste initiale mais a bien été sollicité pour venir remplacer Hicham Boudaoui (blessé). Sauf qu’il a indirectement (il n’a pas répondu au téléphone puis a demandé à son club de lui faire un certificat médical) refusé de venir en « bouche-trou ».
Petkovic le couve… à sa manière
Son égo mais aussi son entourage, qui ressemble un peu à celui de Youcef Belaïli avec toute la famille qui se mêle des affaires, lui portent préjudice. En effet, après le père qui a laissé entendre, au mois de septembre, que son fils «ne remettra pas les pieds en sélection avant que Petkovic ne parte en Allemagne avoir un tête-à-tête avec Farès», il y a eu son frère qui a publié une story pour contester l’absence de Chaïbi pour octobre.
Au groupe d’avocats vient s’ajouter un certain Dino Toppmöller, coach de l’Eïntracht Frankfurt qui trouve que «Farès est parfois sous-estimé. Notamment en ce qui concerne son travail défensif. Ce n’est pas seulement un joueur technique, il est également apprécié par le staff technique et ses coéquipiers».
Il faut savoir que le premier bouclier dans cette histoire reste Petkovic qui en prend pour son grade. En effet, le successeur de Belmadi préfère avancer des motifs peu persuasifs plutôt que rendre la situation plus explosive. Quelque part, il est le premier à protéger Chaïbi en gardant tous ces détails pour lui. Dès lors, on peut penser que c’est au joueur de revoir sa com’ et de faire un pas vers le sélectionneur d’El-Khadra. On se souvient tous de ce qui s’était passé entre Belmadi et Delort avec une affaire qui avait dépassé les frontières. Belmadi avait tiré à boulets rouges sur l’attaquant pour finir par le rappeler. Mais le spectacle consternant était déjà ancré dans les esprits. Chose que Petkovic essaie, tant bien que mal, d’éviter.
M. T.
