Au RCK, les lignes bougent. Si les tensions internes ont longtemps rythmé la vie du club, un nouveau mode de gouvernance semble s’être installé, porté par deux hommes : le président Salim Messani et le manager Karim Brahem-Chaouch. Une façon quelque peu marginale de gérer un club à forte pression. Le RCK qui avait raté l’accession pour la deuxième année de suite, ne peut se permettre de laisser passer, cette saison, le ticket menant droit à la Ligue 1.
Par Youcef Mimoune
Depuis plusieurs semaines, ces deux hommes pilotent de manière quasi exclusive les grandes orientations sportives et administratives du club : recrutements, départs, nomination du nouvel entraîneur, tout semble désormais passer par eux. La centralisation des décisions autour de Messani et Brahem-Chaouch marque une rupture avec les pratiques précédentes, souvent marquées par des désaccords internes, des lenteurs administratives et un manque de cohérence entre les membres dirigeants. Aujourd’hui, la feuille de route est claire, les décisions sont rapides et les dossiers avancent. Le tandem n’hésite pas à prendre des décisions fortes, parfois impopulaires mais jugées nécessaires. Certains cadres ont été libérés, des choix tactiques ont été arrêtés et un nouvel entraîneur a été ciblé avec un profil correspondant au projet à long terme du club. Par ailleurs, cette gestion jugée autoritaire et unilatérale des affaires sportives par deux figures centrales, désormais considérées comme les seuls véritables décideurs au sein du club, a d’ores et déjà conduit à des remous. Pouvait-il en être autrement ? Oh que non !
Gestion efficace et… critiques acerbes
Loin des regards, les choses semblent se structurer. Selon des sources internes, plusieurs venues sont déjà finalisées dans une discrétion totale. Le RCK, souvent critiqué pour ses fuites d’informations et ses annonces prématurées, fonctionne désormais dans un mode plus restreint. La cellule de recrutement, composée de Messani et Brahem-Chaouch, travaille en catimini et semble avoir finalisé l’arrivée de pas moins de sept nouvelles recrues. Selon plusieurs sources proches du club, Messani et Brahem-Chaouch ont pris la main sur les décisions majeures concernant le mercato estival, les libérations de joueurs ainsi que le choix du futur entraîneur. Ce duo dirigeant agit désormais sans réel contre-pouvoir, marginalisant les autres acteurs du staff administratif à l’image de l’ex international emblématique, Salah Assad. Cette gestion centralisée, si elle peut sembler efficace sur le papier, est perçue par certains comme une prise de pouvoir autoritaire. «Il n’y a plus de consultation, plus de débat. On décide entre deux personnes et tout le monde doit suivre», lance un membre dirigeant. Cette méthode ne fait pas l’unanimité, d’autant qu’elle s’accompagne d’un flou autour des choix opérés. Plusieurs décisions de libération de joueurs ont surpris en interne, tout comme le profil du nouvel entraîneur pressenti, qui ne ferait pas l’unanimité au sein du club. En tout cas, à Kouba, la colère gronde. Si pour l’heure, la Caldera semble stable, en dessous, le magma bouge. Dans les fiefs des Ultras on en au stade de l’interrogation, c’est-à-dire qu’on ne comprend pas. «Oui, ils font bouger les lignes, et on le souhaite, dans le bon sens, mais est-ce une raison pour ce black-out total sur l’information ? non, bien sûr», entend-on çà et là à Kouba.
Un pari risqué !
Le duo Messani–Brahem-Chaouch a pris un pari audacieux de rompre avec les habitudes du passé et assumer une gestion directe, centralisée et parfois solitaire. Ce choix a provoqué des remous, des départs et quelques critiques. Mais aujourd’hui, force est de constater que le club avance. Loin des querelles internes, le RCK se reconstruit dans le silence. Loin des tumultes. Et si la réussite d’un club se mesure aussi à sa capacité à prendre des décisions cohérentes dans un climat apaisé, alors peut-être que le Raed est, enfin, sur la bonne voie. Au-delà des tensions personnelles, c’est la vision même du projet du RCK qui semble manquer de clarté. L’absence de communication officielle n’aide pas à calmer les inquiétudes. Ni Messani ni Brahem-Chaouch n’ont pris la parole pour expliquer leurs choix, laissant place à la rumeur et à la spéculation. Cette opacité alimente un climat de défiance croissante, y compris au sein de la direction et des supporters. Messani et Brahem-Chaouch tiennent aujourd’hui les rênes mais pour combien de temps encore ? Si le tandem dirigeant veut convaincre, il devra rapidement prouver que ses choix sont les bons et surtout retrouver le sens du collectif. Car à Kouba, comme ailleurs, un club ne se construit pas dans l’isolement mais dans l’unité. Et puis, ce qu’il y a lieu de relever, c’est qu’en cas d’accroc, si la mayonnaise ne prend pas et que le club accusera au bout de quelques journées de championnat seulement, quelques petits points de retard, là, il y a risque d’implosion et tout ce qui a été fait volera en éclats. Face à la pression (il y en aura dans tous les cas) Messani et Brahem-Chaouch seront seuls contre tous. A eux deux, il leur sera pénible de supporter la pression. C’est pourquoi certains pensent qu’ils auraient dû associer et impliquer d’autres dirigeants dans les démarches. A plusieurs, une fois que la pression va monter (surtout dans le cas où les résultats ne suivraient pas) ils seront quand même plusieurs à se partager ces moments difficiles, ce qui permettra aussi (mais sûrement) à l’édifice de tenir bon, face aux soubresauts.
Madi, nouveau coordinateur de la JSEB
Symbole de ces tensions, le départ d’Aymen Madi, coordinateur de l’équipe première, a jeté un froid parmi les suiveurs du RCK. Considéré comme un élément clé au sein du club, le cadet des frères Madi a décidé de claquer la porte, visiblement lassé de ne plus être consulté sur les décisions essentielles. Son arrivée à la JSEB, où il assurera les mêmes fonctions, n’est pas passée inaperçue. Si ce mouvement peut paraître anodin dans un championnat habitué aux changements fréquents, il revêt ici une signification symbolique : celle d’un élément clé préférant se retirer plutôt que de cautionner une gouvernance opaque. Le départ de Madi a été perçu par certains comme un signe de discorde. Aymen Madi est une valeur sûre. L’homme est connu pour sa grade maitrise de la chose footballistique. Respectable et respectueux, Madi excelle dans la gestion d’un club, sa maitrise est reconnue par tous. Son départ du RCK, son club de toujours, s’il fait grincer des dents, il se fera sentir au cours de la saison à venir. Cela, même si, pour certains, ce départ s’inscrit plutôt dans une réorganisation naturelle. Il n’a pas ralenti la dynamique interne, bien au contraire, les tâches ont été redistribuées et les dossiers clés ont continué à progresser. Paradoxalement, les supporters du RCK sont relativement calmes depuis le début de cette nouvelle gestion. Les Vert et Blanc ne demandent qu’une chose : des actes sur le terrain. La pression populaire pourrait également jouer un rôle déterminant dans les semaines à venir. Si les résultats ne suivent pas, les supporters ne tarderont pas à faire entendre leur voix. Et à Kouba, la contestation peut très vite prendre une ampleur imprévisible.
Y. M.
