25 mai 2026

Mohamed Yazid Djema : « L’arbitrage, ce pernicieux fléau qui ronge le football africain »

Après quatre matchs étincelants, l’Algérie s’incline lourdement et fait ses adieux à la CAN 2025. C’est la grande désillusion ! Les Algériens sont sous le choc. Comment expliquer un tel revirement ? Un tel scénario ?

Pour notre cher ami et confrère d’El Bilad, le journaliste émérite, Mohamed Yazid Djema, notre élimination est le résultat d’une prestation tactiquement trop passive, et de choix contestables. Mais elle ne doit pas occulter le parcours honorable d’une jeune équipe prometteuse. Cet échec révèle surtout le mal profond qui ronge le football africain, à savoir un arbitrage catastrophique et honteux, qui empêche tout progrès ! Décryptage…

Entretien réalisé par Hamid Sid Ahmed

Cette élimination en quart de finale vous semble-t-elle logique ou était-elle inattendue ?

Franchement, la défaite fait partie du football, mais on s’attendait à mieux. Je suis vraiment étonné par le rendement de l’équipe nationale aujourd’hui. Les Nigérians nous ont étouffés et nous ont empêchés de développer notre jeu. Ils étaient plus forts que nous sur le terrain, et malheureusement, il y avait un arbitrage à côté de la plaque, encore une fois, avec un penalty non sifflé en première mi-temps. C’est encore une prestation des arbitres qui confirme les critiques, partout dans le monde. Je suis vraiment déçu par l’arbitrage en Afrique, la preuve, la nomination tardive des arbitres avant ce quart de finale. On est encore très loin du développement du football africain.

Quelle est votre analyse globale de la prestation des Verts dans ce match ?

La copie de Petkovic en première mi-temps était complètement fausse, et on a subi le jeu pendant les quatre-vingt-dix minutes de jeu. Je pense qu’à la mi-temps on avait le choix de faire des changements, mais on ne l’a pas fait. On l’a payé cash !

L’échec est-il donc imputable à une erreur tactique de Petkovic ?

À la mi-temps, le coach aurait dû faire quelques changements, mais voilà. Sur les couloirs, on était mauvais, sur l’animation de jeu on était mauvais, aussi. Dès qu’on récupère le ballon, on le perd vite. Je pense que l’absence de Bennacer et Hadjam nous a fait mal aujourd’hui. Un moment de déconcentration nous a coûté cher !

Finalement, le Nigeria était-il trop fort ou l’Algérie trop faible ?

Non, sur papier, le Nigeria est plus fort que l’Algérie, tout le monde le sait. Mais, il y avait de la place, quand même, pour un meilleur scénario. Mais on n’a pas osé !

Et j’insiste, je suis vraiment étonné par la prestation des arbitres en Coupe d’Afrique. Il faut signaler que l’arbitrage est vraiment catastrophique en Afrique. Il faut oser dire ça, il faut avoir le courage de dire ça. Et malheureusement, le football africain n’avancera jamais avec un tel arbitrage.

Faut-il pour autant attribuer cette élimination principalement à l’arbitrage ?

Moi, je dis que l’arbitrage durant cette Coupe d’Afrique fait honte au continent. Si on parle du match, on était mauvais sur le terrain, le Nigeria était meilleur que nous.C’est la première fois qu’on encaisse et qu’on doit revenir au score, mais on n’a pas réussi à le faire. Contre une équipe comme le Nigeria qui a très bien joué, avec des joueurs bien placés sur le terrain, ils ont fait le plein. Les deux buts, c’était un moment de déconcentration. Les quinze premières minutes, c’était un moment fort du Nigeria, ils l’ont raté en première mi-temps, mais ils en ont profité en deuxième.

Je pense que le choix de ne pas réagir tout de suite avec des changements, on l’a payé très cher. Il aurait été bien meilleur de faire un changement à la mi-temps, avec deux joueurs sur les couloirs, tels que Boulbina et Hadj Moussa, et Baghdad en pointe. Ou faire entrer Baghdad et mettre Amoura sur le côté. Amoura ne pouvait rien faire devant les monstres nigérians. Avec sa petite taille, il n’a pas pu faire grand-chose. On a subi le jeu et on n’a pas pu garder nos buts inviolés et mettre un but, voilà.

Cette élimination efface-t-elle les progrès accomplis par l’équipe nationale ?

Il ne faut pas enterrer cette équipe nationale. Des jeunes joueurs, encadrés par les anciens, tels que Mandi, Mahrez et Bensebaïni. C’est une très bonne équipe nationale. On a une équipe avec une très belle ligne d’attaque, avec Amoura, Boulbina, Hadj Moussa, Maza, Belghali, et j’en passe. Des joueurs avec un très bon niveau. Si on parle de la compétition dans son ensemble, on a fait un bon tournoi. Je ne vais pas dire à la hauteur, mais respectable. On s’est qualifié pour la phase de poule, avec neuf points et trois victoires, avec beaucoup de changements dans les matchs. On a fait un excellent match face au Burkina, aujourd’hui on était à côté de la plaque, vu les 120 minutes jouées face au Burkina. Je pense qu’on a tout donné en huitièmes de finale. On a payé cher la facture. Je me demande comment le Nigeria a pu rater sa qualification à la Coupe du monde !

L’équipe nationale conserve-t-elle, malgré tout, votre soutien ?

Bien sûr ! Ce sont de jeunes joueurs, c’est une nouvelle équipe. Les deux tournois précédents, on est sorti au premier tour, avec zéro victoire. Aujourd’hui c’est quatre victoires, avec une défaite face au Nigeria. On pouvait faire beaucoup mieux, mais malheureusement on a choisi de subir le jeu, et en deuxième mi-temps on a lâché. Apparemment, ces jeunes n’ont pas l’habitude de subir une telle charge. Ce sont plus des joueurs créatifs et qui vont vers l’avant. On n’a pas pu installer notre jeu, face à une équipe très bien organisée sur le terrain. Ils ne nous ont pas laissé jouer, on a perdu le ballon trop rapidement, ce qui fait qu’on a encaissé deux buts.

Quels sont les principaux points positifs et les leçons à retenir de cette CAN ?

Franchement, je pense que Petkovic a su maîtriser le groupe pendant cette période, c’est une qualité. Un coach qui maîtrise son groupe, vraiment à l’aise. Il a pu maîtriser quelques dépassements, et sans faire de bruit. C’est un excellent coach, qui sait gérer ce genre de tournois. Malheureusement, on a raté le match qu’il ne fallait pas rater. Il a une responsabilité par rapport au résultat d’aujourd’hui, par rapport à ses choix. Mais ce n’est pas le fautif.

Quel rôle les médias doivent-ils jouer après une telle désillusion ?

On ne doit pas sortir du cadre sportif. On a fait un excellent tournoi, et nos supporters étaient exemplaires. L’équipe nationale a très bien donné sur le terrain. Mais il y avait un match face à une équipe meilleure que nous, qui nous a marqué deux buts et nous a battus sur le terrain. C’est vrai que j’ai directement parlé de l’arbitrage, mais on n’a pas à rougir de notre parcours en Coupe d’Afrique. Au contraire, on a une Coupe du monde dans six mois inch’Allah ! Dès le départ, on n’était pas favoris pour le trophée, mais il y avait de la place pour aller plus loin. La réalité est autre, et le destin a fait qu’on perde face au Nigeria par deux buts à zéro. Le Nigeria n’avait pas besoin de l’aide de l’arbitre. Je me demande vraiment pourquoi la VAR existe, pourquoi l’arbitre s’était acharné sur notre équipe. Six ou sept cartons jaunes, et pourtant, nos joueurs ne réclamaient pas.

Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser ?

On n’a pas à avoir honte de notre parcours, et je dis merci à nos jeunes. Ils nous ont honorés, même s’il y avait de la place pour marquer au moins un but face au Nigeria. Le destin a voulu que ce soit le Nigeria qui passe. Une sortie très honorable. Mon seul regret, c’est qu’on a trop respecté notre adversaire, on n’a pas osé. On a trop subi le jeu, et l’arbitrage en Afrique, qui est vraiment honteux. L’Afrique mérite un arbitrage bien meilleur que celui-là.

Je voulais aussi dire une dernière chose. J’ai une pensée pour Maza, j’ai vu sa sortie triste, il avait perdu la balle au milieu de terrain, sur le deuxième but. C’est ça le football, il y a des hauts et des bas. Ce n’est que du football. Il a perdu la balle, ce n’est pas la fin du monde. Au contraire, c’est de l’expérience qui s’acquiert. Il ne faut pas trop lui en vouloir, il n’a que 20 ans. Ça, par contre, c’est un manque d’expérience, mais ce n’est pas la fin du monde. Maza, il ne faut pas l’enterrer. Peut-être qu’il faut responsabiliser les joueurs expérimentés ?

Mais dans l’ensemble, Alhamdulillah, un parcours honorable pour l’Algérie.

H. S-A.

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