2 juin 2026

Mohamed Yazid Djema : « Les anciens m’ont appris à aimer ce métier, à le respecter »

Mohamed Yazid Djema (34 ans) est né à Alger centre, à la rue Larbi-Ben-M’Hidi (ex-rue d’Isly), mais c’est entre Ben Aknoun et Ramp Vallée qu’il a grandi. Bachelier en langues étrangères (2008), il est titulaire d’un Master 2 en sciences de l’information et de la communication. Après un passage à Ooredoo, et une expérience dans la presse écrite, il intègre en 2012 la chaîne El Djazairia One, où il ne tarde pas à gravir les échelons. Nommé animateur principal en 2014, en 2017, à seulement 27 ans, il est promu rédacteur en chef. Il enchaîne ainsi les émissions, dont « El Djazairia Foot », « Talk Foot » et « El Mondial Fedar ». Mohamed s’exprime sur le foot africain, européen et mondial. Mais…la chaîne ferme en 2021. Depuis, c’est à El Bilad qu’il poursuit sa passion, où il anime actuellement l’émission « Bled Sport », avec l’étoffe d’un acteur important du département sport de la chaîne.

Issu d’une famille d’au moins dix (10) martyrs, son épouse est la petite-fille de Mohamed Merzougui, « Allah yarahmou », il était membre des 22, « la Révolution coule dans nos veines », nous dira-t-il, non sans une immense fierté.

Avant d’être journaliste, Mohamed a joué au football, en tant qu’avant-centre, puis axial, à l’USMA, avec comme entraîneur un certain Mohamed Mekhazni, avec l’entraîneur Mohamed Azzouz, « Allah yarahmou », en équipe militaire des jeunes catégories, avec Mekhazni, aussi, avant de raccrocher les crampons à l’ES Ben Aknoun, avec l’entraîneur Abderrahmane Derouaz…

Originaire d’Aghribs, à Azeffoun, en grande Kabylie, il ne cache pas son penchant pour la JSK, même si…dans son ADN, c’est le club de Soustara qu’il chérit le plus. L’USM Alger, est…et demeurera son club préféré !

Que dire de ce talentueux animateur télé, si ce n’est qu’il est l’incarnation parfaite de cette nouvelle génération dorée de jeunes journalistes algériens,…nés pour informer les gens, par la parole douce et constructive.

USMA, JSK, EN, médias, profession et vie de tous les jours, Mohamed se confie à Info Sport…

Vous êtes un fervent supporter de l’USM Alger, pour ne pas dire un mordu des Rouge et Noir. Comment expliquez-vous leur méforme actuelle ? Notamment, depuis l’élimination africaine « arbitraire » face à la RS Berkane…

Effectivement, vous avez évoqué l’épisode Berkane,…c’est vrai que cela a fortement pesé sur le moral des joueurs, c’est tout à fait normal. Surtout que la décision de la CAF, c’était un mercredi, le jour du match de coupe contre le CRB…donc j’imagine que les joueurs étaient vraiment abattus. Après…voilà…si je peux me permettre…

Bien-sûr,…allez-y…

Avec Garrido, on n’a pas vraiment vu la même USMA de la saison dernière. C’est une équipe malheureusement prenable et qui encaisse souvent…une équipe qui n’a pas développé son jeu habituel,…un entraîneur qui travaille tout seul, sans adjoint, avec deux entraîneurs de gardiens…et on le voit à chaque match, ce n’est pas Garrido qui coache. Je me dis alors, comment la direction du club a permis à un entraîneur étranger de travailler tout seul ? Alors que logiquement, il devrait avoir un adjoint local.

C’est vrai que les choix de Garrido sont amplement contestés…

Sa pire décision…c’était d’ouvrir le jeu face au Paradou, une équipe joueuse. La preuve, il a encaissé cinq (5) buts, face à une nouvelle équipe, jeune…je pense que c’est une humiliation. Il fallait le limoger, mais la direction du club a choisi la stabilité. Et malheureusement, ça n’a rien donné…et voilà. Il n’a rien développé à l’USMA, au contraire, il a tué la concurrence. Il y a aussi une très mauvaise gestion au niveau de la direction de l’USMA. Je ne sais pas…je pense que l’USMA était un club professionnel bien avant le professionnalisme…malheureusement elle a beaucoup reculé. Ils ont ramené beaucoup de joueurs qu’ils n’ont pas exploité…les mercato estival et hivernal…apparemment, ils les ont ratés.

Où se situe, alors, votre satisfaction quand on vous évoque l’USMA d’une manière générale ?

La seule satisfaction de l’USMA cette saison, c’est son public…malgré la défaite face au Mouloudia, et le penalty qui n’a pas été sifflé, la défaite  en coupe contre le CRB…même si leur équipe a été lésée, c’était le fair-play total, un comportement exemplaire !

Revenons si vous le permettez à l’affaire Berkane, qui a privé l’USMA de rééditer l’exploit de sa double consécration en 2023…

On attend la décision finale du TAS, fixée initialement au 17 mai, mais elle a été reportée au 3 juin. Ce que je peux dire à ce sujet, c’est qu’ils ont mélangé la politique au sport…ce n’est pas normal, ce n’est pas sportif, c’est loin…très loin d’être logique. Je pense que la décision de l’USMA de ne pas jouer est une décision souveraine…mais on ne peut pas parler d’un sujet sur lequel on n’a pas encore tranché…

L’USMA a fait un excellent parcours la saison dernière. Cette année, ils sont quand même arrivés en demi-finale. Le CRB n’arrive toujours pas à décoller malheureusement, avec tous les moyens qu’ils ont. L’USMA a toujours eu des participations africaines très honorables…l’USMA et l’Afrique, ce n’est pas nouveau !

L’arrivée de Hakim Medane à la JSK a ravivé l’espoir dans la maison kabyle, mais le chantier est immense. Votre avis là-dessus…

Moi, je suis un Usmiste, mais je suis un kabyle, aussi…la JSK, c’est un club à part ! La JSK, c’est la fierté de l’Algérie ! Je pense que le plus grand problème de la JSK, c’est le manque de communication. Déjà, l’arrivée de Mobilis…c’est une porte qui s’ouvre, c’est une nouvelle page de l’histoire du club. Donc, il faut faire un effort au niveau de la communication. Un public habitué des titres,…depuis 2010…les problèmes,…je comprends la déception des supporters. Je pense qu’il faut avoir le courage de dire les choses comme elles sont.

Pensez-vous qu’avec la nouvelle direction les choses vont s’améliorer ? 

La JSK est à une période, on va dire, de transition. Une phase où elle a connu de mauvais résultats et quelques décisions qui n’étaient pas à la hauteur. Elle a connu beaucoup de problèmes, à l’instar de beaucoup de clubs…déficitaires. Les supporters doivent donc patienter, le temps que le club reparte sur de bonnes bases.

Donc inch’Allah avec la nouvelle direction, le nouveau stade et un centre d’entraînement,…il faudra ramener de bons joueurs, et commencer le projet avec Hakim. Je pense que c’est la bonne personne qu’il faut pour gérer la JSK. Il a roulé sa bosse à la FAF, quelqu’un qui aime son club, qui connait le football. Quelqu’un de très correct, avec une expérience à l’étranger, au Portugal…

Il faudra aussi aider les catégories jeunes, qui ont quand-même réussi à gagner des titres, cette saison, avec le DTS Salim Menad, que je salue d’ailleurs, lui et l’ensemble des staffs des jeunes catégories. Il faut faire confiance aux jeunes.

C’est bientôt le regroupement de juin. Pensez-vous que le joueur local aura sa chance dans le contingent de Petkovic ? 

Le sélectionneur, …euh, je pense que son grand chantier c’est la défense…actuellement, avec le mauvais rendement de Mandi avec l’équipe nationale, et la blessure de Bensebaini, je pense que la priorité sera de ramener un axial gauche…remplacer Mandi par Madani,…je pense que Belaid aura sa chance, Benbot aussi. Draoui figure parmi les meilleurs joueurs du championnat…mais ce ne sera pas facile d’arracher une place, vu le nombre de pros qui évoluent à son poste. Surtout avec le rendement de Bentaleb avec son club, Bennacer avec le Milan qui revient en force, Abdelli, le joueur d’Angers,  qui maîtrise bien son sujet, et très costaud.

Voilà…pour la liste, je pense que le sélectionneur a déjà son idée…il y a le retour de Brahimi qui fait de belles prestations avec son club, aussi. La belle prestation de Benzia, lors du dernier rassemblement…

Voilà, je pense qu’il n’y aura pas vraiment de surprises. Déjà, ce n’est pas le moment. Je pense que le sélectionneur cherche un gardien de but…est ce qu’il est satisfait de Mandré, Zeghba et Benbot ? Je ne sais pas…mais je pense qu’il envisage d’en ramener un. 

Selon vous, est-ce que les critiques envers la presse sportive sont justifiées ? A-t-elle une part de responsabilité dans les mésaventures du football national ? 

Là, je vais parler de moi-même …c’est sûr qu’on a une part de responsabilité, malheureusement. Le jour où j’ai eu la chance de commencer ce métier, mon directeur à l’époque, lors d’une réunion, nous a dit : « si on fait des émissions, c’est pour le public ».

Nous, en tant que journalistes, nous sommes des invités, je dis bien des invités chez les gens.

Quand les gens rentrent chez eux le soir, ils sont fatigués…une fois qu’ils allument leur téléviseur, on est des invités chez eux, alors on doit faire très attention à ce que l’on dit…on doit détendre le téléspectateur, le faire rigoler, d’une manière ou d’une autre. Faire passer le message intelligemment.

On doit prendre en considération qu’il y a des femmes au foyer qui ne sortent pas dehors, constamment à la maison. Et puis, nous ne sommes pas censés tout dire, tout donner, ni tout raconter. On doit être très corrects.

Pensez-vous que la jeune génération de journalistes sera à la hauteur ? Parviendra-t-elle à porter le flambeau ? 


J’ai eu la chance de côtoyer pas mal de journalistes, à l’image de Mustapha Ouail, Yazid Ouahib, Djamel Touafek, Maamar Djebbour, Fodil Ahfaidh, et les regrettés Ahmed Achour et Djamel Boukercha « Allah yarhamhoum ». Je pense qu’on manque d’expérience pour permettre à ce noble métier de transmettre la meilleure image…mon message aux anciens, c’est qu’ils ne laissent pas le terrain vide. On a besoin de leur aide pour que la nouvelle génération puisse avancer sur de bonnes bases, « inch’Allah ».

Nombreux sont les jeunes journalistes sportifs, comme vous, qui tracent leur chemin dans la profession…

Ils sont nombreux…je les salue d’ailleurs tous. Mon cher ami Djalal Yaiche, on a travaillé ensemble à El Djazairia One et El Bilad. On a commencé ensemble le métier en 2012. Sans oublier mes anciens collègues Youcef Yahia, Amine Kheloufi…et Hamouche Benslimane, qui m’a donné ma chance en tant qu’animateur à El Djazairia One. Amine Tirmane, un très bon ami à moi, que j’admire beaucoup, ainsi que Sid Ahmed Khedis, qui est actuellement consultant à AL24. On a travaillé ensemble à El Djazairia One. Notre directeur, Mohamed Salah Daas…qui m’a donné la chance de devenir rédacteur en chef, moi et Djalal. Les journalistes Boualem Salmi et Bilal Zaamouchi …et un coucou pour mon réalisateur, à l’époque, Ali Chih,…sans oublier le « grand » Mustapha Ouail !…c’est mon idole…je ne faisais rien sans le consulter !

Actuellement, à El Bilad, je travaille aux côtés de Walid Merdjaoui, Walid Raissi et Amine Feghir, qui était stagiaire à « El Djazairia One », et qui est aujourd’hui avec nous à « El Bilad ». Je profite aussi de cette occasion pour remercier les propriétaires de la chaîne, pour leur confiance…et pour m’avoir estimé à ma juste valeur.

L’avis d’un confrère est toujours précieux. En tant que journaliste, dites-nous franchement,…que diriez-vous d’Info Sport ? 

Info Sport a réussi à avoir sa place, c’est un journal que je lis,…j’adore les UNE de Mustapha Ouail…et Djamel…vos UNE, franchement…Top niveau ! « Macha Allah Aâlikoum », beaucoup de détails,…plein d’analyses, concernant le football algérien, et étranger. Bientôt dix (10) ans déjà ! Je vous souhaite que de la réussite « inch’Allah » !

Qui sont vos meilleurs joueurs algériens ?

Dziri Bilel…et Azzedine Rahim.

Dans le cadre professionnel, le journalisme est-il votre seule passion ?

J’ai quitté le football, mais j’y suis revenu en tant que journaliste, car je voulais vraiment réussir dans ce domaine. En tous les cas, je voyais ma vie, soit en tant que joueur ou en tant que journaliste…donc je peux dire que j’ai réussi à réaliser un de mes rêves. A l’époque, j’étais inspiré par Riadh Boufedji, « Allah Yarahmou », l’animateur de « Wa koul chai moumkine ».  Je me voyais en lui, je me disais qu’un jour je serais comme lui…sinon, mis à part le football, j’aime faire des émissions de talk-show, viendra le jour où j’en ferais, « inch’Allah » !

Comment gérez-vous votre quotidien en dehors du travail ? Avec les gens, les supporters,…est-ce qu’on vous harcèle parfois ?

Je fais partie du peuple ! Je descends à Bab El Oued…je mange de la sardine à la Casbah, (rires)…ils savent très bien que je suis Usmiste, mais que je suis neutre dans mon boulot.

Je suis de Ben Aknoun, mes parents sont de Ram Vally, le quartier d’Amar Ezzahi, « Allah Yarahmou »…j’aime beaucoup ce chanteur…c’est un monument…j’aime déambuler dans les quartiers populaires, c’est là que…je m’identifie.

J’aime bien passer mes étés dans une plage abandonnée, à Saint-Eugène, je suis toujours resté dans cet esprit, c’est là que j’ai grandi…les plages de Bab El Oued, donc. Sinon, je suis un enfant d’Azeffoun,…ah ! J’adore passer des moments là-bas…

En parlant d’Azeffoun, que ressentez-vous quand votre chère USMA affronte la JSK ?…avez-vous le cœur partagé ?

(Éclat de rires)…non, non ! Je suis un Usmiste de « souche » ! Je suis vraiment désolé…mais c’est le club de mon père…mon père est un grand supporter de la JSK. C’est un club que je respecte, c’est tout à fait normal…c’est la terre de mes parents…

Après le match face au Mouloudia, vos amis vous ont un peu chambré ? Au boulot, dans la rue…

Si, si…(rires)…dans des situations pareilles, je pars à Azeffoun, me cacher ! Non, je plaisante, nous les Usmistes, tout le monde sait qu’on est des bons perdants (rires)…

Dites-nous, pourquoi avez-vous arrêté le football ?

A cause d’un entraîneur…que je remercie d’ailleurs…il a réussi à mettre un terme à ma carrière de footballeur. J’étais junior en 2ème année,…convoqué en senior pour la nouvelle saison avec Ben-Aknoun. Mais il a tout fait pour que je redescende en junior. Il m’a ensuite mis sur le banc. Il me faisait jouer arrière gauche, alors que moi je suis un droitier,…alors j’ai décidé d’arrêter le football et faire autre chose. Et le Mektoub, quand il fait les choses, un jour je l’ai reçu dans un plateau…il m’a dit à plusieurs reprises qu’il m’avait déjà vu quelque-part,…j’ai fini par le lui dire : « C’est toi qui a stoppé ma carrière de footballeur ».

Même si en réalité, il m’a rendu service, « El Hamdoulillah »

Avez-vous un message particulier à transmettre à nos chers lecteurs, aux responsables,…

Le journaliste, c’est comme une bougie, il éclaire les gens, mais il se consume. Ce métier est ainsi fait…

Je pense que le journaliste algérien, on lui doit un certain mérite…il faut le respecter, le valoriser…mais lui aussi doit se respecter, pour donner la meilleure image du journalisme.

Il nous faut plus d’organisation, et plus d’idées pour développer le football et le sport algérien en général. On doit être à jour…

L’Algérie, c’est plus qu’un pays, c’est un continent. Avant qu’on investisse dans les moyens, il faut avant tout investir dans notre façon de concevoir les choses.

Pour cela, il faut donner la chance aux jeunes, les mettre dans le bain, pour qu’ils aient un bon niveau, c’est eux qui donneront cette belle image de l’Algérie.

Je voudrais juste finir avec un hommage…

Je vous en prie…

Non seulement je respecte la JSK, mais…beaucoup de respect pour le défunt Mohand Cherif Hannachi, « Allah yarahmou ». J’ai réussi à faire deux émissions avec lui…alors qu’ils refusaient les plateaux,…je n’ai jamais vu un président qui aime autant son club. Lui et Allik,…je pense que ce sont les deux meilleurs présidents que j’ai connus.

Entretien réalisé par Nasser Souidi 

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