25 mai 2026

Mourad Ouardi : « La CAF a dévié le football de sa noble mission »

La procédure dans le conflit opposant l’USM Alger à la RS Berkane est toujours en cours au niveau du TAS. En attendant, les réseaux sociaux nous donnent mille et une versions. Pour décrypter la question, nous avons préféré nous en remettre à la lecture du technicien et consultant en sport, Mourad Ouardi. Pour l’ancien sélectionneur national et entraîneur de nombreux clubs, une chose est sûre, l’institution footballistique algérienne doit se ressaisir, et vite !

Entretien réalisé par Nasser Souidi

Concernant l’affaire USMA-RS Berkane et le parti pris de la CAF, est-ce qu’on peut parler aujourd’hui d’un recul de la diplomatie sportive algérienne sur le continent africain ?

D’abord, il faut remettre les choses dans leur contexte. Cette affaire a dépassé tout entendement…si aucune décision juste n’est prise, selon les règlements de la FIFA et la Charte olympique, cela va marquer un point noir dans ce qu’est le sport dans sa vision globale. Le sport étant un moyen de consolider les relations, il n’a jamais été un moyen politique pour régler des conflits extra-sportifs. Ces agissements, n’ont pas leur place dans le sport, qui est censé être sain. J’espère que les instances que j’ai évoquées, vont prendre conscience et vont prendre les mesures nécessaires.

C’est clair, l’équipe marocaine a joué le jeu de la provocation, et la CAF est à blâmer, c’est ça ? 

Bien-sûr…pour moi, l’équipe de Berkane a été utilisée à des fins politiques, par des moyens autres que le sport. Je n’en veux pas à cette équipe, j’en veux à ceux qui pondent les lois, ils doivent admettre que l’équipe marocaine a eu recours à une force occulte. A ce rythme, tous les stades du monde seront politisés. Sans prendre parti, même si je m’exprime en tant qu’Algérien…je défends l’intérêt de mon pays…dans la logique des choses, je bannis cette idée. Si l’USMA n’est pas rétablie dans ses droits…la CAF est en train de jouer avec le feu…

A ce stade, que doit faire l’Algérie ?

Il ne faut pas rester derrière une seule analyse, il faut faire une évaluation de ce qui n’a pas arrangé les affaires de notre football…durant la dernière CAN, des fautes flagrantes dans la surface de réparation n’ont pas été sifflées, malgré l’apport technologique de la VAR, au détriment de notre équipe nationale. On a été lésés à plusieurs reprises, des scandales à vue, Quelque part…je pense qu’il y a quelque chose qui se trame derrière notre Fédération algérienne de football.

Que voulez-vous dire par-là ?

Notre diplomatie sportive doit commencer au sein de cette institution, la stabilité doit être le maillon fort qui lui permettra d’être leader au sein des institutions sportives internationales. Malheureusement, les hommes qui entourent cette institution, depuis belle lurette…ils ont mal représenté notre Fédération. Malgré sa grandeur, le football reste le maillon faible de l’Algérie. Nous avons les hommes, les moyens, l’Algérie a son mot à dire dans le football africain. Nous sommes concernés ! Alors, il faut des hommes forts autour de cette Fédération…un environnement sain, avec des dirigeants qui contribuent à une bonne représentation de notre football. Mais je pense qu’on doit s’attendre à des années dures, derrière une Confédération…qui se cache derrière des hommes qui essaient de mener la barque à leur profit.

Ne pensez-vous pas qu’avant de pouvoir être fort à l’extérieur, il faut d’abord être performant au niveau local ? Comme les infrastructures, malgré les volontés politiques, rien ne bouge vraiment…

Aujourd’hui, on parle trop souvent d’infrastructures…par rapport à quoi…et par rapport à qui ? On ne peut pas avoir des stades Nelson-Mandela dans chaque wilaya ! Il y a d’autres priorités. Dans toutes les wilayas d’Algérie, il y a des OPOW, avec des stades et des salles de sport. On a été pionniers…malheureusement, on a délaissé tout ça. Pour nous, le sport c’est uniquement le football…là où les subventions sont importantes. On parle de manque d’infrastructures, parce qu’il y a un nombre important de clubs. L’Algérie dépasse beaucoup de pays africains…et je le dis avec objectivité. On a pris à la va vite la création de clubs, sans se soucier de l‘infrastructure qui doit marcher avec. Il faut réviser un petit peu la notion du cahier des charges, car n’est pas équipe de football ou association, celle qui n’a pas d’infrastructure.

Avez-vous des solutions à proposer ?

Il faut aller vers des institutions personnalisées, au niveau de la gestion, des personnes avec un sens de la vision, une politique, qui sera créative progressivement…on ne peut pas changer tout de suite des réflexes qu’on a eus pendant des années. Il faut que les gens comprennent que l’intérêt général prime sur l’intérêt personnel. Par exemple, trop souvent, les gens se bagarrent pour leur équipe et pour leur club, sans se soucier du sort de l’équipe nationale, qui est constituée dans sa majorité de binationaux. Donc pour quelles raisons avons-nous des clubs professionnels ?

Comme par exemple contribuer au rajeunissement de l’équipe nationale…

Les critères de sélection ne sont pas justes…pourvu que tu joues à l’étranger. Connaît-on le classement de ces joueurs dans leur club ? Ou bien on est là uniquement pour participer à des compétitions continentales et internationales ? Avant l’avènement du professionnalisme, l’EN était présente dans les manifestations internationales, jusqu’à l’apothéose de 1990. Aujourd’hui, même avec l’apport des joueurs binationaux, on n’arrive pas à se qualifier, on termine en queue de poisson, avec les derniers. Il faut réviser tout ça…même la presse…

Vous pensez qu’elle contribue à tous ces maux ?

Au lieu de rester dans les jugements et les constats, elle devrait aller vers les idées… les tables rondes, nous avons de l’argent…nous avons des supporters merveilleux, mais qui parfois sortent du contexte du jeu. Pour quelle raison ? Parce qu’ils vivent les problèmes… on ne parle pas de développement…nos clubs, depuis 1962, c’est « kif-kif » ! Et les problèmes d’arbitrage… c’est toujours le même discours…à la tête de la Fédération, un qui vient et un qui part…et celui qui vient ramène ses amis…jusqu’à quand ? On ramène des joueurs et des entraîneurs de l’étranger…avant, on avait les Kermali, Khalef, Mekhloufi, Laribi, Saâdi, Saâdane, les Abdelouahab et les Ighil… aujourd’hui… on a tout, ce qui nous manque, c’est l’expertise étrangère. On a ramené des entraîneurs étrangers, ils ont foutu la pagaille. Ils ont pris des salaires colossaux sans pour autant commencer leur boulot.

Justement, êtes-vous de ceux qui pensent que le sélectionneur national Vladimir Petkovic est venu prendre sa retraite en Algérie ?

Le métier d’entraîneur, ce n’est pas Madame Soleil, ce n’est pas l’entraîneur qui fait les résultats. Mais c’est l’instabilité au sein de la Fédération, pas de continuité dans le travail des jeunes catégories, et pas de stabilité des entraîneurs et des joueurs dans les clubs. Chaque saison, c’est l’exode, les départs massifs, le football ne se construit pas sur le plan individuel, il se construit dans le temps, par la force des joueurs. On ne peut pas dire que Petkovic est venu prendre sa retraite. En 2019, personne ne donnait cher de l’équipe nationale, mais on a été champions d’Afrique… en Égypte ! Le football, c’est d’abord les moyens, une politique, une vision, une visibilité, une stabilité, une institution forte… il faut revenir à la raison, on est à la traîne. On n’a pas encore compris que l’intérêt général prime sur l’intérêt des personnes.

Un message à transmettre avant de se quitter ?

Oui…je voulais souhaiter à Djamel Touafek un prompt rétablissement…j’espère vraiment qu’il va mieux…sacré Djamel ! Une personne engagée et dévouée à ce métier noble, avec un grand cœur. Vous savez, la vie d’un journal n’est pas facile, ce qui est sûr, Djamel c’est un professionnel de l’écrit…ceux qui comprennent InfoSport, c’est ceux qui savent lire. Il y a de très bons articles, de la véracité et un certain niveau…des gens respectables, qui ne déforment pas les propos…une ligne éditoriale pédagogique qui ne veut pas faire dans le sensationnelle, mais dans une logique. 

N. S. 

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