17 avril 2026

Mourad Ouardi : « Une analyse profonde et des réformes sont nécessaires pour redonner sa grandeur au football algérien »

Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Mourad Ouardi, entraîneur, ancien footballeur, éducateur et consultant. L’homme est très respecté, il est une voix sage et a une vision lucide. À travers ses nombreuses années d’expérience sur les terrains, Mourad Ouardi a développé une vision singulière du football en Algérie, qu’il partage avec clarté, bien que codée, pour ceux prêts à l’écouter. Pour lui, le football ne se réduit pas à l’argent ou aux rumeurs populaires. Ce sport repose avant tout sur une politique réfléchie, sereine et audacieuse. À travers ses paroles, notre interlocuteur a mis en avant la nécessité d’une stabilité à long terme, d’une gestion rigoureuse, et d’un environnement sain où les joueurs et les équipes peuvent véritablement s’épanouir. Il plaide pour une approche collective, où l’esprit d’équipe prime sur l’individualisme, et où les décisions sont prises avec patience et discernement, loin des réactions impulsives. Écoutons-le.

Entretien réalisé par Nasser Souidi

Comment évaluez-vous l’état actuel du football en Algérie, à la fois au niveau des clubs et des sélections nationales ?

L’état actuel du football en Algérie est préoccupant, particulièrement en ce qui concerne la formation des joueurs locaux. Le problème principal est l’absence de joueurs issus du championnat algérien dans les équipes nationales, contrairement à l’époque où des talents locaux brillaient à l’étranger. Il y a un manque d’infrastructures adéquates et de formateurs compétents pour développer des joueurs d’élite. Même si des académies et des terrains existent, la gestion et la stabilité nécessaires pour produire des talents font défaut. Historiquement, l’Algérie a produit des joueurs de renom, mais aujourd’hui, la situation a changé, notamment avec l’avènement du professionnalisme et de l’argent dans le sport. Malgré la volonté de progression, il y a un décalage entre les projets de formation et la réalité du terrain. Une analyse profonde et des réformes sont nécessaires pour redonner au football algérien sa grandeur.

On aimerait connaître votre analyse sur les performances des clubs algériens engagés en coupes africaines…

L’analyse des performances des clubs algériens en compétitions africaines avec avant plusieurs défis. Bien que les équipes soient qualifiées, il manque une politique stable et bien définie, à l’image des grandes équipes africaines comme Al Ahly ou le Zamalek. Le football exige une gestion collective, une continuité et une analyse rigoureuse des échecs, mais en Algérie, la tendance est de recommencer à zéro après chaque revers, ce qui freine la progression. Le problème de gestion se reflète également dans le championnat national, où les clubs passent de champions à candidats à la relégation d’une saison à l’autre, ce qui témoigne d’un manque de constance. L’exemple du CR Belouizdad, qui malgré des recrues expérimentées comme M’Bolhi et Guedioura, a échoué rapidement en compétition africaine, montre que le recrutement doit être judicieux et s’inscrire dans une philosophie de club claire. Pour avancer, le football algérien doit se concentrer sur la stabilité, une gestion rigoureuse et des ajustements progressifs, plutôt que sur des changements radicaux.

Que pensez-vous des performances de l’équipe nationale durant les derniers matchs qualificatifs à la CAN 2025, et pensez-vous que l’EN a le potentiel de décrocher un nouveau titre continental ?

L’équipe nationale d’Algérie a facilement franchi les étapes des éliminatoires pour la CAN 2025, ce qui n’est plus un souci. Cependant, le défi actuel sous la direction de Petkovic est de redresser l’équipe après les contre-performances récentes en Coupe du monde et en Coupe d’Afrique. La vraie évaluation de Petkovic se fera lors des phases finales de ces compétitions, où il devra redimensionner l’équipe qui a brillé en 2019 sous Belmadi, mais a ensuite connu une chute inattendue. Le débat entre les partisans de Petkovic et de Belmadi doit être mis de côté, car l’important est de se concentrer sur l’avenir de l’équipe et ses performances à venir dans les grandes compétitions.

A quoi vous attendez-vous pour la prochaine saison du championnat et pensez-vous qu’il y aura des surprises et de nouvelles révélations ?

Pour la prochaine saison du championnat, je m’attends à des changements importants, mais cela dépendra de plusieurs facteurs. Quand on parle de clubs qui peuvent surprendre, on parle principalement d’argent. Aujourd’hui, les objectifs évoluent, et ce n’est pas parce qu’un club possède une entreprise qu’il deviendra automatiquement champion. Ce que j’ai observé cet été, c’est que de nombreux clubs se concentrent sur l’acquisition de grands noms à coups de gros montants. Cependant, avoir des joueurs célèbres ne garantit pas le succès. Dans le football, ce ne sont pas seulement les joueurs qui font la différence, mais la politique du club, sa stabilité, et la clarté de ses objectifs à moyen et long terme. Les équipes qui réussiront seront celles qui, au-delà des moyens financiers, sauront créer un environnement propice au travail et à la progression. Le football est une discipline qui demande de l’harmonie, une certaine « musique » à apprendre dès le jeune âge. Un joueur talentueux ne suffit pas à transformer immédiatement un club. Il faut du temps pour que l’équipe s’adapte, et que les nouveaux talents s’intègrent dans une dynamique.

Certains clubs ont recruté des internationaux binationaux, à l’instar de Boudebouz et Andy Delort. Pourquoi selon vous, des joueurs comme M’Bolhi et Guedioura n’ont pas réussi en Algérie la saison dernière ?

Prenons le cas de Belaïli, c’est une pure mentalité algérienne, ce qui n’est pas le cas des binationaux. Aujourd’hui, les entreprises ne sont pas uniquement là pour ramener des joueurs, mais pour mettre de l’ordre à un désordre crucial. Toutes les équipes veulent être championnes. Derrière quoi ? Derrière le fait qu’ils ont une entreprise. Le football c’est l’argent, mais c’est aussi une bonne gestion. Est-ce que les supporters vont accepter que leur équipe, si elle n’est pas championne, soit deuxième ou troisième ? Parce qu’aujourd’hui, ils vont leur exiger. Il va donc y avoir de la parlotte, beaucoup de trucs, qui vont influer négativement sur la suite des événements. C‘est l’une des raisons qu’aujourd’hui il faut un projet à long terme. Où est-ce qu’on veut aller ? 

La JSK a tout pour réussir. En cas de faux pas, il y aura matière à réfléchir, vous ne trouvez pas ?

La JSK a traversé des périodes difficiles, se retrouvant en bas du classement pendant plusieurs saisons, mais elle doit maintenant se relever grâce à l’implication de tous, pas seulement des joueurs et de l’entraîneur. Une défaite ou un faux départ ne doit pas tout remettre en cause, il faut du temps et une politique saine pour réussir. Autrefois, de grandes équipes comme Bordj Bou Arreridj, Bel Abbès, Kouba, Relizane, Annaba, NAHD, l’ASMO, MOB, JSMB ou El Harrach disparaissaient à cause de mauvaises gestions financières. La clé pour un club n’est pas uniquement de gagner des championnats, mais de maintenir une gestion sereine sur le court, moyen et long terme, avec une vision claire et réfléchie.

N. S.

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