Ancien international de football (58 ans), Noureddine Bounaas est un entraîneur qui possède une riche expérience. Titulaire de la licence CAF A, il est reconnu pour ses compétences techniques et sa capacité à motiver et développer les talents de ses joueurs. Originaire de Constantine, Noureddine Bounaas a commencé sa carrière d’entraîneur au CSC, où il a rapidement fait ses preuves avec professionnalisme et passion. Son parcours l’a ensuite conduit à entraîner d’autres formations telles que l’A Bou Saâda, CR Village Moussa, le WRB M’sila et le CRBAF. Lors de la saison 2022-2023, il prend les rênes du WR M’Sila. Actuellement sans club, Noureddine Bounaas est un entraîneur disponible et en quête de nouveaux défis, prêt à mettre son vécu et son savoir au service d’une équipe ambitieuse. Dans cet entretien, tout tourne autour de la formation, des joueurs, des entraîneurs, des managers, un élément essentiel avant d’aspirer à un football algérien de meilleure qualité… et mieux géré !
Entretien réalisé par Nasser Souidi
En tant qu’ancien international et entraîneur de football, comment évaluez-vous la situation actuelle du football algérien ?
Notre football n’arrive plus à trouver de joueurs. On ne forme plus de joueurs. Le niveau est devenu tout juste moyen, par rapport aux saisons passées. Vous devez savoir que depuis qu’il y a beaucoup de moyens financiers, notre football s’est dégradé. Le problème, c’est au niveau de la formation, comme je disais, on ne forme plus. On a fait l’impasse sur la formation.
Donc selon vous, avant de parler d’infrastructures et autres contraintes…
C’est vrai que par rapport aux années passées, l’Etat est en train de mettre les moyens qu’il faut. On arrive à avoir des terrains en gazon naturel, quant aux stades en synthétique, quand même, ils peuvent supporter entre 25 000 et 30 000 spectateurs, des stades qui vont bien avec notre championnat.
Intéressant comme approche. Généralement on pointe du doigt la mauvaise gestion, le manque de moyens…
Nous n’arrivons pas à placer nos joueurs en équipe nationale. Si on revient un peu en arrière, on trouve au moins sept (7) à huit (8) joueurs en sélection. Alors là, à notre époque, à quatre-vingt-dix (90) pour cent, c’était des joueurs locaux. Et encore, la formation n’était pas aussi développée que maintenant. Si on prend les seize (16) clubs de l’élite, une douzaine de clubs ne forment plus. Même la formation des entraîneurs qu’il faut, n’est pas bien étudiée. Et pour avoir des joueurs avec une bonne formation, il faut bien former les formateurs. Les entraîneurs qui s’occupent des jeunes catégories, généralement, ils ne sont pas formés. Ils sont nouveaux dans le métier, alors que la formation des jeunes, qui sont en pleine croissance, est difficile.
C’est quoi pour vous un bon entraîneur ?
Un entraîneur doit avoir un vécu, en tant qu’ancien joueur de préférence. Sur le plan technique, il sera capable de faire la démonstration. Après, tout dépendra de ses capacités à bien gérer la croissance du joueur. Ce qui ne s’applique pas, car on donne les jeunes à des entraîneurs sans expérience. Ils ont à peine le diplôme FAF 2 ou FAF 3, et on leur donne comme ça des jeunes, et c’est comme ça dans la plupart des clubs. Et quand vous parlez d’infrastructures, c’est vrai que quand on donne un quart de terrain aux jeunes pour s’entraîner. On se retrouve à cinq (5) ou six (6) catégories sur un même terrain. Comment voulez-vous parler de formation ? La pâte, elle existe. La qualité des joueurs, elle existe. En 2014, j’étais DTS au CSC. Nous avons fait le choix des joueurs au niveau de toutes les catégories. Après, l’équipe espoir a remporté trois fois le championnat, c’est moi qui les avais ramenés, ils étaient encore minimes. Mais malheureusement, en senior, on ne trouve pas ces joueurs, à deux ou trois joueurs près.
En parlant de formation, d’après vous, quels facteurs expliquent le déclin du MOC, un club où vous avez joué pendant plusieurs années, et quelles solutions pourraient être envisagées pour redresser la situation ?
Avant qu’il ne tombe en division deux, le MOC jouait toujours les premiers rôles. On était vice-champion derrière le CSC, et parfois quatrième ou cinquième. Mais à cause d’une petite grève, pour un retard financier, le président a eu le courage de suspendre toute l’équipe. Il a enlevé tous les joueurs. La saison d’après, il a joué avec les jeunes, et en 2000-2003, l’équipe a sombré. Et depuis, le club est entre les mains d’opportunistes, qui chaque année, ne font qu’augmenter les dettes. Des intrus qui ont monopolisé le football. Et c’est le même cas pour les autres clubs, comme Annaba, l’ASMO, le RC Kouba, le NAHD, El Harrach. Des clubs qui ont gagné des titres, mais on ne les voit plus. A cause aussi des managers bidon, sans formation. Et avec tous mes respects pour les entraîneurs, certains sont dans le même bateau. Alors que nos compétences sont marginalisées. C’est devenu un circuit fermé.
Par contre, le CSC est en pleine renaissance, quels sont les éléments qui ont contribué à ce retour progressif du CSC ?
Durant ces dernières années, le CSC a gardé pratiquement la même structure. Ils ont gardé l’ossature, il n’y a pas eu trop de changements. C’est ce qui a permis au club de jouer le podium. Même au niveau du choix des joueurs. Le seul problème au CSC, c’est l’instabilité du staff technique. On n’arrive pas à maintenir un entraîneur pour deux ans. Sinon, c’est un club capable de jouer les premiers rôles dans les années à venir. Quant à la compétition africaine, c’est le problème de tous les clubs algériens. On n’arrive pas à s’imposer, surtout en Ligue des champions. J’espère que cette fois-ci, nos clubs arriveront au moins en demi-finale ou en finale.
Quels sont les grands défis auxquels le football algérien doit faire face ? Que ce soit au niveau des clubs ou de l’équipe nationale…
Pourquoi le Ahly et l’Espérance de Tunis s’imposent ? Parce qu’ils ont des joueurs qui jouent en équipe nationale. Donc ils ont cette expérience de jouer la coupe d’Afrique, ils ont l’expérience continentale. Nous, au niveau des clubs, on n’a pas la qualité de ces joueurs. Deuxièmement, c’est le choix des joueurs africains. Le Ahly et Taraji mettent le paquet sur deux ou trois joueurs, nous, on ramène la quantité. Ils n’arrivent pas à s’imposer, ils sont parfois sur le banc de touche, et parfois ils ne sont même pas convoqués. Pour jouer la Ligue des champions, il faut ramener les joueurs qu’il faut, qui ont la capacité de jouer en Afrique, et d’être internationaux au niveau de leur pays.
Un mot sur la mise à l’écart des anciens ? Dont vous faites partie…
J’ai commencé le métier d’entraîneur en 2006. Au CSC, j’ai côtoyé les meilleurs entraîneurs, dont Roger Lemerre. Ça fait deux ou trois ans, on n’arrive pas à se trouver une place. On est mis à l’écart, on est marginalisé. C’est le même cas pour les autres, on est presque une centaine d’anciens joueurs capables de contribuer à l’essor de notre football, mais on ne nous donne pas l’occasion de travailler. Pourquoi ? Peut-être parce que nous, on a des principes. Les managers qui monopolisent un peu le football algérien. Ils nous mettent en contact avec des clubs, mais ils nous obligent et imposent leurs joueurs. Au niveau des clubs, on n’est pas obligé de nous recruter, mais au niveau de la Fédération, il y a de la place, pour la sélection des jeunes, au niveau des wilayas, des régions, en tant que recruteurs. Comme ça, on détectera les bons joueurs, et permettra à ces anciens de toujours être au contact du football.
Un message particulier à transmettre ?
Dans notre football, il faut une révolte, il faut faire confiance aux anciens joueurs, qui sont formés et qui ont un vécu. J’ai fait seize (16) ans d’études pour atteindre la CAF A. Y en a qui l’ont fait en trois, quatre ans. Le football ne nous appartient pas, mais on a le droit de participer à son renouveau. La pâte existe, mais il faut les personnes qui la considèrent à sa juste valeur, pour la modeler.
Avant de se quitter…
Si un bon projet se présente à vous, vous êtes prêt ?
J’ai tendance à faire l’impasse sur le côté financier. Ce qui m’importe le plus, ce sont les conditions de travail. Ce qui m’importe, c’est d’atteindre mon objectif et de voir mes joueurs au plus haut niveau.
N. S.
