Né à la Casbah dans une famille de révolutionnaires, Ouahid Fetahine a marqué le football algérien par son talent et son engagement envers le Chabab de Belouizdad et son pays. Formé à l’USMH, il a côtoyé des légendes comme Ghoul et Benchikha. Au CRB, où il a joué durant dix-sept années, il a porté les numéros 8 et 10, devenant un capitaine emblématique et remportant sept titres, dont une Coupe d’Algérie en 1995. Il a aussi brillé en équipe nationale junior et aux Jeux méditerranéens de 1997. Après le CRB, il a joué à l’USM Blida, participant à la Ligue des champions et à la Coupe arabe, puis à la JSMB, au CA Batna, et au RC Kouba, où il a souvent été capitaine. En 2009, il est devenu entraîneur, formé en France, et s’est consacré au développement des jeunes. Aujourd’hui, il aspire à la présidence du CR Belouizdad, un club qu’il a toujours servi avec dévouement et passion.
Entretien réalisé par Nasser Souidi
Vous avez exprimé votre souhait de rejoindre l’équipe dirigeante du CR Belouizdad…
J’ai un projet pour l’Algérie et sa jeunesse : les éloigner de la « harga » et de la drogue. Le football est un moyen d’éducation et de formation. En tant qu’ancien joueur, je souhaite transmettre ces valeurs aux jeunes. Il y a deux ans, j’ai proposé un projet sportif à Amara Charaf-Eddine, sans demander de poste au CRB. Aujourd’hui, ce sont les supporters qui réclament mon retour. Si je rejoins le Chabab, ce sera en tant que président, pas pour un salaire. Je n’ai pas besoin de cela, je suis motivé par mon amour du football et j’ai les compétences pour diriger, avec une équipe qualifiée.
Quels seraient vos premiers chantiers, quelles qualités, valeurs et expériences souhaiteriez-vous incarner et promouvoir au sein du Chabab ?
On n’a que de bonnes idées, pour promouvoir la formation, l’organisation, le respect, le haut niveau. Le football, c’est l’éducation. Ceux qu’on ramènera, ce seront avant tout des éducateurs, des professionnels, on veut redorer l’image du club, qu’il retrouve la place qui lui sied.
Le CRB traverse-t-il, selon vous, une crise actuellement ?
De quelle crise parlez-vous ? Notre objectif est de redonner au club sa gloire. Il a besoin d’une meilleure organisation et d’hommes déterminés, qui défendent ses valeurs, pas son argent. Quand le Chabab était en difficulté, j’y ai contribué de mes propres fonds. Ceux qui prétendent que je sème le désordre se trompent : je propose des solutions. Nous voulons restaurer l’honneur du club, comme à l’époque où le CRB brillait en Afrique, sous l’ère de Selmi Djilali, avec discipline et respect.
Vous avez évoqué l’Afrique, en effet, le CRB n’est plus compétitif à l’international…
Ça fait partie du projet dont je vous parlais. Ce n’est pas avec des gens parachutés dans le football que vous gagnerez une Ligue des champions. Ce n’est pas avec de la parlotte. Je n’insinue pas que moi et mon équipe la gagneraient au bout d’une année, car c’est trois à quatre ans de travail. Concernant le Chabab, on parle ici d’un chantier immense. Avant de parler de consécration, il faudra avant tout revenir à la base. Tu n’as pas où t’entraîner et tu viens me parler de coupe d’Afrique ?
Si vous deviez citer des clubs prometteurs, qui selon vous, tiennent la route, lesquels et pourquoi ?
Ce que je vois actuellement, c’est le Mouloudia, avec ses moyens et son organisation. Il y a aussi la JSK, le CSC, le CRB, qui force est d’admettre qu’actuellement, c’est le club qui a le plus de moyens. L’USMA, et les autres. Comme Chlef, qui pratique un bon football, El Bayadh, avec Lotfi Amrouche et Karim Bakhti. Ils ont gagné trois matchs consécutifs !
Que pensez-vous du niveau actuel du joueur local algérien ?
Notre projet vise à élever le niveau des jeunes joueurs locaux, notamment ceux du Chabab, grâce à des programmes adaptés. Notre but n’est pas de s’enrichir, mais de servir le club et le pays. Aujourd’hui, le niveau est moyen, alors qu’avant, deux ou trois joueurs partaient chaque année en Europe. La formation fonctionnait. Actuellement, ceux qui gèrent les clubs ne sont souvent pas d’anciens footballeurs ou entraîneurs, mais plutôt des personnes motivées par l’argent, à quelques exceptions près.
Nous avons à maintes reprises abordé le fait que l’Algérie regorge d’anciens footballeurs capables d’apporter énormément au football national…
Exactement. Comme les Doudane, les Medane, Adghigh à la JSK. Les Hadj Adlane, Zeghdoud et Dziri à l’USMA. Ghoul, Bakhti. Mais ne vous inquiétez pas, viendra le jour où le football reviendra à ses artisans.
Quel regard portez-vous sur les performances de la sélection nationale ?
Sincèrement, en ce qui concerne l’équipe nationale, on est sur la bonne voie. On a une équipe jeune, un sélectionneur déterminé, et un président qui s’est entouré de personnes compétentes. Il a ramené quelqu’un comme Madjid Bougherra. En plus, l’Etat est derrière le sport d’une manière générale. Je pense que Walid Sadi est venu pour travailler, et il est soutenu. De notre côté, il peut compter sur nous.
Votre avis sur la réélection de Sadi à la tête de la Fédération ?
On ne peut pas juger quelqu’un au bout de six mois ou d’une année de travail. Il faut quatre, voire cinq ans. Ça se passe comme ça dans le monde entier. Ce n’est pas pour me vanter, mais en 1997, j’ai joué les Jeux méditerranéens, et j’ai affronté les Buffon, les Gattuso et les Totti. Ils sont de ma génération, ils ont gagné la Coupe du monde. Notre problème à nous, c’est que ce qui nous importe, ce sont les résultats. Nous aussi on doit jouer les premiers rôles en Afrique, et pourquoi pas au niveau mondial. Nous aussi on doit avoir des joueurs qui jouent dans des grands clubs.
Si vous devriez lancez un message au public belouizdadi, vous diriez quoi ?
Mon message pour le public algérien, c’est que quand il va au stade, il doit donner la meilleure image. On nous regarde ailleurs, on doit démontrer que l’Algérien c’est quelqu’un de civilisé, un vrai connaisseur de football. Le football, ce n’est qu’un loisir. Toute la violence qu’on a vue, l’Algérien n’est pas comme ça, on n’a pas été éduqué comme ça. Contre Biskra, les supporters m’ont sollicité, ils étaient contents de me voir, c’est vraiment gentil de leur part. Je leur dis de continuer à rester fidèles au club, je sais que vous aimez les couleurs du club, pas les personnes. Avec ses hommes, ses sages et ses fidèles, le CRB redeviendra grand et on n’espère que le meilleur pour le pays. C’est au CRB que je me suis fait un nom et où j’ai connu de vrais hommes. Le moment est venu pour que je lui donne à mon tour. Si ton pays a besoin de toi, ne lui tourne jamais le dos.
N. S.
« Si je viens au CRB, c’est en tant que président, ce n’est pas pour être dirigeant. Moi, je suis un ancien footballeur »
« Le Chabab a besoin d’hommes qui tapent du poing sur la table, qui disent les choses. D’hommes qui aiment le club, pas son argent »
« Quand le CRB était dans la rue, avant que MADAR ne vienne, j’ai donné de mon propre argent, j’ai aidé le club »
« L’EN est sur la bonne voie. Je pense que Sadi est venu travailler et qu’il est entouré de gens compétents »
« En I997, j’ai joué les Jeux méditerranéens, contre les Buffon, Gatuzzo et autre Totti. C’était le haut niveau »
