L’USMA à la recherche du « vrai manager général »
A l’approche de la fin de la saison 2023/2024, à l’USMA, on ne parle presque plus de la saison sportivement ratée de l’équipe, tant sur les réseaux sociaux, on s’affole à donner des listes de personnes susceptibles de prendre les postes, très importants du reste, de directeurs sportifs, directeurs généraux ou même des secrétaires généraux. Le casting se fait sur Facebook, les supporters usmistes exigent (sic) de Serport, actionnaire majoritaire de l’USMA, de revoir tout l’organigramme du club. Le P-DG de la société en charge de la gestion des ports est à l’écoute des revendications de « son » public, il a contacté Antar Yahia qui a décliné l’offre pour des raisons personnelles. Depuis, d’anciens joueurs du club sont régulièrement cités et avec insistance. Mais comment peut-on choisir un directeur sportif ? celui qui, en Algérie est communément appelé « manager général ». Quels sont les critères qui font un bon manager sportif ? En tout cas, ce n’est certainement pas localement que l’on retrouvera le bon manager sportif, le profil n’existe tout simplement pas.
Par Amine Tirmane
14 ans après l’avènement du professionnalisme dans le football algérien, imposé par la FIFA, nous a-t-on dit à l’époque, il est triste de constater que le football en Algérie n’a changé que d’appellation. C’est alors que nous sommes passé de la ligue régissant son championnat, autrefois Ligue nationale de football, à Ligue de football professionnel, mais la réalité sur le terrain est, malheureusement, tout autre.
Malgré de nouvelles lois promulguées par les pouvoirs publics afin de hisser les clubs vers le professionnalisme et leur donner des bases juridiques leur permettant de se conformer aux nouvelles exigences de la FIFA, les clubs algériens ne se sont soumis qu’administrativement par des changements de statuts juridiques et peinent toujours à devenir professionnels fonctionnant encore avec les méthodes obsolètes d’associations sportives. Les subventions de l’Etat ont été remplacées par des prises en charge par des entreprises publiques mais la finalité est la même, l’Etat a toujours et encore la lourde tâche de financer les clubs, ce qui pèse sur ses caisses et celles des entreprises publiques engagées.
L’USMA, le premier club qui a annoncé sa professionnalisation en 2010 avec l’arrivée d’un groupe économique, à cette époque, très puissant, ne déroge aujourd’hui pas à la règle. Aucun réel travail de professionnalisation n’a été réalisé, ni par ce groupe qui a fini par disparaître, ni par la nouvelle société publique qui l’a repris pour ne faire que la subventionner.
L’Algérie face à une pénurie de gestionnaires dans le domaine sportif
Aujourd’hui, la volonté exprimée par le P-DG de ladite société propriétaire du club laisse apparaître un regain d’espoir pour une vraie professionnalisation de l’USMA, ses consultations ainsi que sa disponibilité à répondre aux attentes des amoureux des Rouges sont de bon augure pour espérer un vrai changement vers une vraie professionnalisation du club. Néanmoins, il est important de souligner qu’on est face à un grand chantier. Avant d’entreprendre quoique ce soit, il est primordial de travailler sur les mentalités, les visions et les convictions des acteurs du club d’une manière particulière et du monde du football algérien dans sa globalité.
Avant de commencer à nommer des personnes dans une telle ou telle direction, dans un tel ou tel département, il faudrait repenser la structure du club et l’amener au professionnalisme. C’est quoi, au final, un club professionnel ? Quels sont ses objectifs aussi bien moraux que financiers ? Quel est le management sportif ? Quelles sont les structures adéquates pour une société sportive ? Tout un tas de questions que l’actionnaire majoritaire du club devrait se poser afin de mettre la première pierre d’un grand chantier qui finira sans nul doute au sommet du football algérien et pas seulement, pouvoir se hisser au sommet même au-delà de nos frontières.
Une société sportive est, comme son nom l’indique, une société comme toutes les autres du secteur dit commercial. Ce qui l’oblige à se soumettre aux règles et normes d’une société. C’est un point qui ne devrait jamais être négligé, ce n’est plus une association mais une société et de ce fait, elle doit être managée en tant que telle.
La gestion d’entreprise ne cesse de se développer. Les sciences de gestion font sans cesse l’objet d’études, de remises en question, d’optimisations, d’améliorations… La gestion sportive ne déroge pas à la règle, plusieurs universités, écoles et instituts en font des spécialités dans le monde entier. Se focaliser aussi sur l’aspect société des clubs et négliger son côté sportif serait une erreur. Une société sportive ne peut aussi pas être gérée comme une entreprise de production d’équipements ou une entreprise commerciale classique et encore moins comme l’épicerie du coin.
La formation d’anciens joueurs dans le management sportif devient obligatoire
Le management sportif est né depuis des années mais n’est toujours pas introduit dans notre pays. La gestion de nos clubs se fait toujours de manière précaire, obsolète et archaïque.
Le management est un problème national qui touche toutes les franges et spécialités entrepreneuriales. On ne forme pas assez de managers d’une manière générale, alors que pour le management sportif on ne forme pas du tout. Hormis quelques prestigieuses écoles, telles que l’ESAA, l’Université algérienne ne forme pas de managers destinés au XXIe siècle. Le peu de managers formés dans les prestigieuses écoles ne s’intéressent pas au sport et sont généralement recrutés par les multinationales et grandes entreprises.
Il ne reste au sport et aux clubs sportifs voulant se conformer que quelques gens de l’ancienne génération, adeptes de la bureaucratie, élève de l’ancienne école fonctionnant encore au stylo avec des visions et convictions limitées au siècle dernier. C’est ce qui arrive à l’USMA, faute de compétences, on met à sa tête des dirigeants dont le mode de gestion appartient au siècle dernier et qui ne parlent pas le même langage de la jeunesse (ceux qui forment en général une clientèle pour une société) ouverte au monde et à la mondialisation.
Malgré toute la bonne volonté que pourrait avoir le PCA actuel de l’USMA et son DG, ils ne pourront jamais proposer un projet au diapason des besoins du football professionnel. Ils ont beau être de bons tribuns, d’excellents comptables, mais ils font partie d’une époque révolue et faute de se recycler, ils sont, malgré eux, largement dépassés. Eux les victimes d’une bureaucratisation que l’Etat même est en train de combattre et de mettre tous les moyens pour l’éradiquer.
D’autre part, l’alternative disponible n’est malheureusement pas celle qui remettra le train sur les rails pour aller de l’avant. On voit beaucoup de gens proposer des noms de l’ancienne génération sportive. Une génération qui est tout aussi dépassée pour la simple raison que les clubs ne sont plus des associations et ne fonctionnent plus de la même manière ou ne devraient plus fonctionner comme on le faisait il y a trente, voire quarante ans. Remettre ces gens sur le devant de la scène remettra en question tout le professionnalisme du football algérien.
Cette génération de dirigeants sportifs n’imagine pas une gestion scientifique d’un club de football. Ils le disent tous, un club n’est pas une société et ne peut pas fonctionner comme une société. Soit ! Mais un club d’aujourd’hui n’est pas aussi une association et ne pourra pas fonctionner comme une association. Un club est une société sportive et doit être géré par des managers sportifs.
La dernière alternative pour laquelle beaucoup de clubs optent et pour laquelle les supporters sont bienveillants, c’est le rappel d’anciens joueurs qui laissent paraître de petites connaissances intellectuelles. Ces derniers, bien qu’ils peuvent constituer la pâte à travailler pour former les managers de demain, manquant aujourd’hui d’un background scientifique et de formation, ce qui les mettra en difficulté et les poussera à gérer les clubs tels qu’ils les retrouvent, un fonctionnement d’une association dépendante de subventions.
De nos jours, il est primordial pour les entreprises publiques qui prennent en charge les clubs, la Fédération algérienne de football et les pouvoirs publics de revoir leur copie et d’instaurer une vraie professionnalisation des clubs. Ils doivent revoir en profondeur le fonctionnement de ces derniers mais cela passe par une réelle volonté d’aller vers le professionnalisme. L’Université algérienne doit former des managers sportifs, la fédération algérienne doit sensibiliser et amener les clubs à se conformer aux exigences professionnelles et les actionnaires de clubs doivent changer de vision vers une gestion professionnelle.
Prenons la FAF, à l’image de ce qu’elle fait sur la formation de techniciens et les différentes formations d’entraîneurs qu’elle offre en collaboration avec la CAF (CAF A, CAF B, CAF C), elle devrait penser à mettre en place des formations de management sportif et ne pas se limiter à la formation de techniciens et entraîneurs.
L’Université algérienne qui forme déjà des médecins du sport dans ses facultés de médecine, devrait aussi penser à former des managers sportifs dans ses facultés d’économie et de gestion, des chargés de communication sportifs dans ses facultés de communication… Revenons à l’USMA et les dernières consultations et nominations de son actionnaire majoritaire. Si le club affiche une réelle volonté de rompre avec les pratiques du passé et introduire une vraie professionnalisation du club, il doit revoir toute la structure de sa société sportive. Ce dernier point est tributaire de la nomination d’un vrai manager général spécialiste du football qui dessinera la nouvelle restructuration du club, mettra en place les directions et départements nécessaires au fonctionnement d’un club professionnel. Un manager qui maîtrise la « PODC ». Planifier la stratégie, l’organiser, la diriger et finir par la contrôler.
La diaspora, seule solution pour le moment
En l’absence de ce qui a été cité précédemment, c’est-à-dire, l’absence de vrais managers formés, l’USMA pourrait puiser dans la diaspora et pourrait devenir un porte-flambeau de la route vers le professionnalisme. Des noms tels que Antar Yahia, Karim Matmour et bien d’autres qui sont formés sous d’autres cieux pourraient, non seulement mettre les bases d’une vraie professionnalisation des clubs qui les recrutent, notamment l’USMA, et en même temps, ils pourraient aussi participer à la formation de la pâte existante dans leurs équipes de dirigeants et d’exécutants. En d’autres termes, avant que le club ne s’engage dans le recrutement pour des postes existants dans la structure actuelle, l’actionnaire majoritaire devrait d’abord recruter un vrai manager sportif qui fera les constats et les bilans, qui proposera les nouvelles structures du club et sa stratégie de management pour recruter ensuite les personnes pour les postes définis dans la stratégie. Le club pourra imposer des personnes à former, des seconds, à l’image des anciens joueurs qui montrent la capacité de pouvoir être formés pour le management sportif.
Si le club s’engage dans le bricolage consistant dans le recrutement de bureaucrates pour se conformer administrativement, ou d’anciens dirigeants pour se conformer à la fausse réalité du football algérien ou dans le recrutement d’anciens joueurs et gloires non formés pour se soumettre à la gronde populaire, le mieux que pourrait espérer le club c’est de gagner des championnats locaux et occasionnellement créer des surprises sur le plan international.
Ayant été par le passé le porte-flambeau de beaucoup de causes, l’USMA a la capacité aujourd’hui de devenir le précurseur de l’instauration d’une vraie professionnalisation des clubs de football algérien.
- A. T.
