31 mai 2026

Farouk Belkaid : « Un projet sportif, ça nécessite du temps et des moyens » 

Après une brillante carrière de joueur, en club et en sélection, Farouk Belkaid, qui demeure une figure emblématique de la JS Kabylie, un véritable maestro au milieu de terrain, a fait le choix depuis quelques années de se reconvertir en manager général. Dans cet entretien, il nous fait part de son parcours fascinant et de son expertise, tout en offrant des éclairages précieux sur sa vision du football algérien. 

Entretien réalisé par Nasser Souidi

Vous avez évolué dans des clubs emblématiques comme la JSK, l’USM Alger, l’ES Sétif et le MC Alger. Que retenez-vous de cette belle carrière ?

Quand j’étais gosse, je rêvais de devenir un jour un footballeur de haut niveau. J’ai réalisé beaucoup d’objectifs en tant que joueur, des choses auxquelles je ne m’attendais vraiment pas. Aujourd’hui, je peux dire que je suis satisfait de mon parcours.

À propos de votre transition du terrain au rôle de manager, quels défis vous avez rencontrés en tant que manager par rapport à votre carrière de joueur ?

C’est vrai qu’un footballeur, ça reste un footballeur, mais le métier de manager nécessite de l’expérience, que ce soit en tant qu’ancien joueur, ancien entraîneur ou ancien dirigeant. Me concernant, je suis un enfant du football, je suis un grand nostalgique de ce sport. J’adore le football. Comme j’aurais pu entraîner ou faire une carrière de dirigeant, moi, j’ai eu une préférence pour ce poste de manager. Hamdoullah, j’ai eu l’opportunité d’exercer ce métier à la JSK et au CABBA, c’est une belle expérience pour moi. Dans l’ensemble, je suis satisfait, l’essentiel, c’était beaucoup plus de garder ce même respect qu’il y avait quand j’étais joueur. Je n’ai pas passé les diplômes d’entraîneur, un jour pourquoi pas, si l’occasion et la chance se présentent. Avec mon expérience en club et en équipe nationale, et étant un véritable passionné, pourquoi pas devenir un jour entraîneur !

Vous avez été dans le staff de la JS Kabylie en tant que manager général et avez apporté une nouvelle dynamique au club. Quelles ont été les plus grandes difficultés que vous avez rencontrées durant cette période ?

La JSK, j’y ai travaillé avec le cœur, j’adore ce club. C’est grâce à ce club que je me suis fait un nom en tant que joueur, et grâce à toute l’équipe qu’il y avait à cette époque avec moi, bien sûr. En tant que manager, j’ai travaillé avec les moyens qu’il y avait. En tous les cas, on s’est donné à cent pour cent. Pour ce qui est des résultats, dans le football, on peut gagner comme on peut perdre.

Quel est votre avis sur la situation actuelle du football algérien, la gestion des clubs et des équipes nationales ? Où se situent les priorités ?

Franchement, des fois, c’est à n’y rien comprendre. A vrai dire, c’est un tout. Il y a des clubs qui ont une histoire, qui ont des titres et qui ont des moyens, mais ça ne marche pas. Et parfois, des petits clubs, avec de petits moyens, et des titres minimes, sont meilleurs que ces grands clubs. La gestion… comment dire… moi j’ai grandi dans ce football, à Bordj Menaiel, à cette époque, tu savais qui était le président, qui était tel ou tel dirigeant. C’était le cas à la JSK, au Mouloudia, l’USMA et l’ESS etc. Serrar est resté plus de dix ans à l’ESS, Allik plusieurs années à l’USMA. Aujourd’hui, on change chaque deux ans de président et d’équipe dirigeante. Pour quelle raison ? Dans ce sport, c’est impossible que les résultats viennent au bout d’une année ou deux. Il faut du temps et des moyens avant de faire le constat. Tu ne peux pas exiger des titres après une année ou deux de travail.

C’est le même constat pour l’instabilité au niveau des staffs techniques, avec la valse des entraîneurs…

Les entraîneurs, n’en parlons pas. Je pense qu’aujourd’hui, la loi n’autorise que deux clubs par saison. Et j’imagine que plusieurs entraîneurs doivent être à l’arrêt pour cette raison. Quoi qu’il en soit, quand on commence un projet, on a besoin d’un certain temps pour réussir.

Donnez-nous votre avis sur les prestations des clubs algériens en compétitions africaines…

En coupe de la CAF, que ce soit l’USMA ou le CSC, on a vu le parcours d’un champion, Hamdoullah. L’USMA a fait un sans-faute, le CSC, je pense, était moins bon dans le dernier match. Au niveau de la Ligue des Champions, on a le Mouloudia qui est passé au prochain tour, donc c’est jusqu’à maintenant positif. Le seul point noir, c’est le Chabab de Belouizdad, on ne sait pas ce qui se passe au CRB, on s’attendait à ce que le club aille le plus loin possible, mais… Maintenant, il reste les quarts de finale, contre les grosses cylindrées, le vrai niveau.  

Quel est votre jugement sur la sélection nationale version Petkovic, et selon vous, que manque-t-il à l’équipe nationale pour redevenir une force dominante sur le continent africain ?

Les choses s’améliorent petit à petit. Après le départ de Belmadi, c’était difficile, mais on est qualifié pour la prochaine Coupe d’Afrique et bien parti pour le Mondial. On a vu une belle équipe face au Liberia, et avec un bon renfort, la sélection sera inch’Allah entre de bonnes mains. Il faut travailler ensemble et soutenir l’équipe nationale, c’est crucial. L’Algérie a des talents et un grand potentiel. Cela vaut aussi pour la JSK, qui mérite des gens qui l’aiment vraiment et qui sont prêts à faire des sacrifices pour le club. 

Comment va la formation des jeunes en Algérie ?

A mon époque, on s’entraînait avec de vrais éducateurs amoureux de leur travail. Je ne dis pas que c’était de grands techniciens, mais ils ont créé des joueurs, et avec peu de moyens. Ils sortaient pour aller chercher les jeunes talents, partout, et notre championnat en profitait. A l’école de Bordj Menaiel, on ne manquait de rien, on avait nos tenues de football, Hamdoullah. En 2025, il y a des jeunes qui n’ont même pas de quoi s’entraîner. C’est malheureux. Et puis une chose importante, il faut absolument mettre fin au favoritisme et au copinage, la « maârifa », comme on l’appelle chez nous. Ce n’est pas bien, c’est une question de conscience. Tu ne peux pas comme ça briser la carrière d’un jeune, ce jeune qui sera demain l’avenir de l’Algérie. Si tu prives un jeune de dix ans de formation, quand veux-tu qu’il apprenne, à vingt ans, à trente ans ?

Pour finir, dites-nous comment percevez-vous le rôle des médias dans la couverture du football algérien, et quel impact ont-ils sur les clubs et les joueurs ? Avez-vous le sentiment que la perception du football en Algérie est influencée par la couverture médiatique ?

C’est la presse qui doit donner la bonne information, qui doit sensibiliser les gens. Elle ne doit pas pencher pour telle personne ou tel côté. De nos jours, les jeunes sont orientés vers les réseaux sociaux. Quand il y avait moins de chaînes de télévision en Algérie, les choses allaient beaucoup mieux. Vous savez, les gens ont tendance à donner plus de crédibilité aux réseaux sociaux qu’à ce que disent ou écrivent certains journalistes. C’est aux médias de se remettre en question.

N. S. 

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