Technicien reconnu pour son expérience et sa capacité à gérer les situations de crise, Azeddine Aït Djoudi est passé par de nombreux clubs, en Algérie et a l’étranger. Un entraîneur réputé pour son sens de l’organisation et sa force de caractère. L’ancien coach de la JS Kabylie est au Paradou AC depuis seulement quelques jours, les dirigeants du PAC ont misé sur cet entraîneur chevronné pour sauver une saison des plus délicate. Actuellement 14e et relégable, le club du Paradou lui a confié les rênes pour redonner un nouveau souffle et de la confiance à l’équipe.
Entretien réalisé par Hamid Si-Ahmed
Vous avez débuté la saison à l’USM El Harrach, en Ligue 2. Quelles sont les raisons de votre départ ?
On a bien commencé, on a fait un bon recrutement. On a fait une bonne préparation, la preuve, l’USMH caracole jusqu’à aujourd’hui. Elle tient le coup, si ce n’est sur deux matchs qui m’ont poussé, à l’aller, à partir. J’ai senti quelques grabuges, en ce temps-là, il y a eu beaucoup de polémique, j’ai préféré quitter. Aujourd’hui, je suis vraiment content que l’équipe tienne toujours.
Qu’est-ce qui vous a convaincu d’accepter ce défi au Paradou AC ?
Sincèrement, j’ai beaucoup de respect pour ce club. J’ai été touché par le message du président et des dirigeants. Ils avaient besoin d’aide. Je m’en sentais capable, je pensais pouvoir les aider, dans des circonstances, quand-même, très difficiles et très délicates.
Avez-vous eu un instant d’hésitation avant d’accepter ?
Les discussions ont été rapides, très fluides. Comme je disais, j’ai beaucoup de respect pour cette famille, donc il n’y avait pas de raison de faire durer les choses. Mais honnêtement, ici, le contexte était particulièrement délicat. Une équipe en plein doute. Mais le défi sportif, la confiance qu’ils m’ont montrée et le respect que j’ai pour cette formation du Paradou, m’ont convaincu. Quand on fait appel à moi pour ce genre de challenge, je réponds présent.
Décrivez-nous la situation à votre arrivée au Paradou
Il y a eu tellement de blessés, de suspensions, vous voyez ? J’ai trouvé un groupe dans le doute, atteint et touché psychologiquement. C’était une équipe qui avait perdu ses repères, où la confiance était au plus bas. Mentalement, c’était très fragile. Il y avait une certaine inquiétude qui s’était installée. Mais il y a quandmême quelques joueurs avec une forte personnalité, des cadres qui n’ont pas lâché malgré les circonstances. C’est la locomotive de ce groupe. Mon premier travail a été de m’appuyer sur eux pour reconstruire quelque chose de solide. On a beaucoup discuté, je leur ai expliqué que tant qu’il y a des matchs, il y a de l’espoir.
Quel a été le premier discours que vous avez tenu aux joueurs en arrivant ?
Que l’important, c’est ce qu’on fait à partir d’aujourd’hui. J’ai demandé aux joueurs s’ils étaient prêts à se donner à 200 % pour ce club. À partir de ce moment-là, on est reparti sur de nouvelles bases. Je pense que le groupe a bien compris la mission qui l’attendait, même si la tâche semble vraiment difficile. Mais on fera tout pour surmonter cette dernière ligne droite qu’on ne doit absolument pas rater.
Vous pensez donc que ce n’est pas impossible, que le coup est jouable ?
Rien n’est impossible, mais comme je disais, la situation est très délicate. Le mot d’ordre, c’est la lucidité. On ne va pas se mentir, on est dans une position difficile, et tout le monde le sait. Mais le football, ce n’est pas une science exacte. Avec le travail, l’abnégation et la persévérance, et surtout la concentration, on va essayer de s’en sortir, on va travailler dans ce sens. Mon rôle, c’est de transmettre cet esprit aux joueurs. En tous les cas, tant que le maintien est mathématiquement possible, on y croit et on se battra.
Vous avez connu des cas similaires, de par votre longue expérience des terrains…
Oui, biensûr. Sportivement parlant, on a connu pire que ça, dans le sens des paramètres comme le public, la pression, l’environnement…
J’ai connu des situations où il fallait gérer des crises extra-sportives, des problèmes de club, des tensions avec le public, des difficultés financières, des contextes lourds qui pèsent sur tout le groupe. Là, les joueurs sont seuls, il y a nous et les joueurs, il n’y a pas de grande pression de l’extérieur. Le Paradou, je pense qu’il n’a pas ce genre de… C’est un club sérieux, bien structuré. Le vrai combat, il est dans la tête et sur le terrain. Et ça, c’est un combat que je connais bien.
Il vous reste des matchs-couperets. Comment allez-vous vous y prendre et les aborder ?
On va essayer de les aborder avec un bon état d’esprit et travailler chaque détail. Libérer les joueurs psychologiquement, leur redonner l’envie de jouer sans la peur. Chaque match sera une finale. On va préparer nos adversaires un par un, avec beaucoup de rigueur.
Le Paradou AC est connu pour sa politique de formation. Comptez-vous intégrer ou utiliser les jeunes du cru dans cette lutte pour le maintien ?
Je n’ai pas tellement le choix, j’y suis obligé. Je n’ai pas un mercato devant moi, donc je dois composer avec l’effectif que j’ai. Mais sincèrement, ce n’est pas un problème pour moi. Au contraire, la jeunesse peut nous faire du bien dans une telle situation. Après, il ne faut pas non plus leur mettre une pression trop lourde sur les épaules. Je pense qu’on doit lutter jusqu’à la dernière seconde. Ce groupe, on doit lui faire confiance.
Comment comptez-vous gérer l’inexpérience à ce niveau-là ?
Il faudra savoir l’encadrer. Je vais m’appuyer sur les cadres pour guider ces jeunes sur le terrain. On va les utiliser, mais toujours avec une structure autour d’eux. C’est vrai que quand on fait jouer des jeunes, on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre, mais globalement, je pense qu’ils seront inch’Allah à la hauteur des attentes.
Un message pour les supporters pacistes, inquiets de la position du club avant la reprise ?
Je comprends leur inquiétude, elle est légitime. Personne n’aime voir son club dans cette situation. Mais je leur demande de rester derrière nous, de ne pas nous lâcher. Nous avons besoin de leur énergie, de leur ferveur. Qu’ils sachent que dans ce vestiaire, il y a des hommes qui ont à cœur de relever ce défi. On va tout donner pour sortir de cette zone dangereuse. Le Paradou est un club qui a une histoire, récente certes, mais histoire quand même en plus d’une identité forte, on ne va pas le laisser sombrer sans se battre. Avec leur soutien et notre travail, je suis convaincu qu’on peut s’en sortir.
H. S-A.
