2 juin 2026

Mouloud Kaoua : « Après huit accessions, je suis prêt pour de nouveaux défis »

Mouloud Kaoua fait partie des légendes du football algérien. Joueur talentueux du MO Constantine, de l’USC et du CSC, et ex-international, il est aujourd’hui un entraîneur visionnaire ! En tant que joueur, il a été champion avec les trois clubs. C’est le seul joueur en Algérie à avoir réussi cette performance. Aujourd’hui, en tant qu’entraîneur, il est l’auteur de huit accessions, dont une, cette saison, avec le CRB Adrar en Ligue 2. Mouloud Kaoua allie rigueur scientifique et passion du jeu. Il incarne l’excellence par le travail ! L’homme est perfectionniste, et bien plus, c’est un véritable gentleman. Affable, humble, courtois. Par ses larges compétences, Mouloud Kaoua incarne cette nouvelle génération d’entraîneurs qui comptent donner un souffle nouveau au football algérien. Nous l’avons rencontré et longuement discuté. C’est un pur moment de football qu’il nous offre ici.

Entretien réalisé par Nacer Souidi

Quels souvenirs gardez-vous de votre premier titre de champion d’Algérie avec le MO Constantine durant la saison 1990-1991 ? 

C’était mes débuts dans le haut niveau, je découvrais ce qu’on appelait à l’époque, la Nationale 1. Meilleur buteur avec douze buts, et je n’étais même pas avant-centre, je jouais en neuf et demi. Durant la même période, j’étais en équipe nationale olympique, on a joué les Jeux méditerranéens. J’ai continué au MOC la saison suivante, mais j’ai quitté pendant la phase retour, après deux matchs seulement. 

Vous signez ensuite à l’US Chaouia. Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

J’avais des contacts avec l’USMA, l’USMH et l’US Chaouia. Et puis, comme vous le savez, après avoir gagné le titre, la saison qui suit n’est jamais facile pour un club. Je n’étais pas à l’aise, ce n’était plus la même gestion, le même esprit. J’ai donc choisi l’USC, c’était la première fois que le club accédait en Nationale 1. Ce qui m’a beaucoup plus motivé, c’est son recrutement, il n’y avait que de grands joueurs, une armada de noms connus dans le football. La première année, on s’est classés 3e et on a atteint les quarts de finale en coupe de la CAF. L’année suivante, on a gagné le titre !

En 1995, vous revenez à Constantine, mais chez le rival du MOC, le CSC. Comment avez-vous vécu la rivalité entre les deux clubs ?

Que voulez-vous que je vous dise ? En tous les cas, quand j’étais à l’USC, les deux matchs contre le MOC, je ne les ai pas joués. Le CSC venait d’accéder en Nationale 1, et moi, j’avais beaucoup d’ambitions et je voulais progresser. Au CSC, on a gagné le titre durant la saison 1996-1997, après un très bon parcours. J’ai donc remporté un titre chaque trois ans dans ces différents clubs, et j’ai marqué pas mal de buts. 

En 1992, vous avez rejoint l’équipe nationale. Parlez-nous de cette période…

C’était sous les ordres d’Ighil et Mehdaoui (Allah Yarahmou), avec une génération talentueuse : les Zerrouki, Saïb, Tasfaout, Cherif El Ouazzani, Kaci Saïd Kamel, Laazizi, Hadj Adlane et bien d’autres. Qualifiés pour la CAN en Tunisie, on a battu le Sénégal quatre à zéro et éliminé le Ghana. Malheureusement, « l’affaire Karouf » a tout gâché. En 1996, qualifiés pour la CAN en Afrique du Sud, une blessure au ménisque m’a écarté. J’ai terminé ma carrière au CSC, puis à Mila et Chelghoum Laïd, avant de devenir entraîneur. 

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir entraîneur après votre retraite sportive ? 

Il n’y avait que le football que je maîtrisais parfaitement, j’ai donc choisi ce métier. En 2005, je me suis inscrit au CREPS et fait par la suite mon 1er degré. J’ai entraîné une petite équipe, chez nous à Constantine, et réussi une accession. J’ai passé ensuite mes 2e et 3e degré, et avec l’obligation du diplôme CAF, j’ai passé les diplômes CAF C, CAF B et CAF A. Une très bonne base où on a touché à plusieurs domaines, comme la physiologie, l’anatomie, la biochimie, la médecine, etc. 

Parlez-nous de vos débuts en tant qu’entraîneur…

En 2006 et 2007, j’ai été l’adjoint de Rachid Bouarata, au MOC, en Ligue 2. On a fait un excellent parcours. Durant la phase retour, Bouarata est parti, j’ai donc continué tout seul, et on a raté l’accession d’un point. J’ai même gagné le derby contre le CSC. Après, j’ai entraîné beaucoup d’équipes en Inter-Ligue, avec des accessions et d’énormes parcours. À Skikda, Tébessa, Constantine. Actuellement, je suis avec Adrar, c’est ma huitième accession en tant qu’entraîneur ! J’ai tout le temps eu des contacts avec des équipes ambitieuses, c’est grâce à ces accessions et mes compétences que je me suis fait un nom. 

Comment vous êtes-vous retrouvé à Adrar ? 

En 2017-2018, une opportunité s’est présentée au CS Constantine, en tant que coach de l’équipe réserve et 2e adjoint en équipe senior, sous les commandes de Abdelkader Amrani. Et vu que Amrani a une certaine relation familiale ici à Adrar, et qu’à mon tour j’entretiens des rapports solides avec lui, il m’avait confié que cela faisait quatre années que le CRB Adrar courait derrière l’accession… J’ai accepté cette mission. 

Comment avez-vous fait pour remettre le CRBA sur les rails ?

J’ai mis en place un programme intensif, écarté quatre ou cinq joueurs qui n’avaient pas le niveau, fait des micro-cycles de régénération et beaucoup misé sur les matchs amicaux, pour avoir un grand volume de jeu. On a fait beaucoup de séances thématiques et de projections vidéo. J’ai d’ailleurs un diplôme d’analyste vidéo. Les joueurs ont senti qu’il y avait un changement dans la méthode de travail, qui était beaucoup plus scientifique. Par la suite, les bons résultats et les victoires ont suivi. 

Le CRB Adrar vient d’accéder en Ligue 2 sans aucune défaite, cette saison. Quel a été le facteur clé de cette réussite ?

Personnellement, je n’ai rien lâché. J’ai expliqué à mes joueurs qu’on était en train d’écrire l’histoire du club, et que le moment était venu pour nous d’accéder, et avec l’art et la manière. Et cette consécration, c’est grâce à nos efforts, grâce à notre niveau et grâce à notre éthique. Notre succès vient de la conviction et du travail. Ma philosophie : le joueur reflète l’entraîneur, et vice-versa. Cette montée historique est méritée ! 

Quelles sont vos statistiques, cette saison ? 

On a le meilleur buteur, la meilleure défense avec 17 buts encaissés, la meilleure attaque avec 107 buts et 70 points au classement. Pour quatre nuls et 23 victoires, en 27 matchs, on a zéro défaite ! Vendredi, on a battu Labiodh Sidi Cheikh, une équipe d’El Bayadh, sept à zéro. Notre dernier match c’est contre Fenoughil, une équipe d’Adrar.

Quels sont pour vous les défis à relever pour maintenir Adrar en Ligue 2 et viser plus haut ? 

La saison n’est pas finie, je dois d’abord discuter avec la direction. En tant qu’entraîneur, j’ai toujours été indépendant et professionnel. Les joueurs attendent encore certaines primes, mais nous finirons cette saison avant de penser à la suivante. Nous avons été irréprochables envers le club et avons tout transformé. Notre équipe dominait et il était difficile de nous tenir en échec. Le football qu’on propose est spectaculaire, bien différent de celui d’avant. 

Y-a-t-il un entraîneur qui vous a inspiré depuis le but de votre carrière d’entraîneur ? 

C’est beaucoup plus Rachid Bouarata. Une sommité. C’était mon entraîneur, avant que je ne sois son adjoint. J’ai énormément appris à ses côtés, il m’a transmis une très bonne base, qui m’était nécessaire pour aller de l’avant. 

Quelles sont, selon vous, les qualités d’un bon entraîneur ? 

Croire au jeu constructif, sans hasard : volume, rythme, intensité. S’inspirer des meilleurs, s’adapter, corriger ses erreurs. Privilégier le collectif, la simplicité et la mobilité. Créer des espaces, jouer avec précision. Le mental compte : moins de peur, plus de confiance. Un joueur s’améliore en jouant, pas en étant jugé sur une action. Pousser l’équipe individuellement et collectivement, avec passion et exigence. 

Quels sont vos objectifs futurs ? 

J’aime les challenges et je vise toujours l’excellence. Jouer pour le maintien ne m’intéresse pas. La pression motive, l’objectif donne du sens. Aujourd’hui, une nouvelle génération d’entraîneurs émerge. Les Cherif El Ouazzani, Dziri, Bougherra, Belatoui, etc. On ne doit plus nous percevoir comme d’anciens joueurs, mais comme des entraîneurs. Les moyens comptent moins que l’expertise : preuve en est, des petits clubs défient régulièrement l’élite. Le talent prime sur les moyens. Ce ne sont pas les moyens qui font de toi un grand joueur, c’est la compétence de celui avec qui tu travailles.  

N. S.

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