L’ancien gardien de l’Equipe nationale, El Hadi Larbi, n’a pas mâché ses mots sur la déroute des Verts durant ce Mondial 2026. Dans cet entretien sans filtre, il étrille la composition incompréhensible de Petkovic, dénonce l’absence d’attaquant et pointe une attitude suspecte du sélectionneur. L’homme est un entraîneur aguerri, il a fait les terrains de tout le pays. El Hadi Larbi livre ici sa vision de cette débâcle que d’aucuns estiment programmée. Entre désarroi et colère, il livre un constat amer sur le naufrage algérien…
Entretien réalisé par Hamid Si-Ahmed
On aimerait comprendre ce qui s’est passé contre la Suisse. Vous avez une explication ?
Je me demande encore aujourd’hui comment il a pu faire entrer une telle composante. Comment voulez-vous gagner ? C’est un match de qualification, pas un match de classement.
Par rapport à la composante, justement, force est d’admettre que les absents de ce Mondial auraient fait mieux, comme Belaïli…
Comme Belaïli, comme Bounedjah, comme Bennacer… Un joueur comme Titraoui, tu le mets sur le banc ? Franchement, je n’ai rien compris. Le sélectionneur nous a choqués, vraiment, je n’ai rien compris à son système de jeu. Est-ce qu’il a joué pour gagner ou pour perdre ? Il l’a lui-même dit en conférence de presse, son objectif, c’était de se qualifier au Mondial. Sans blague ? Non, ce n’est pas comme ça…
Après le premier but, au lieu de faire rentrer des attaquants, il a sorti un milieu et fait rentrer un autre milieu, et a fait rentrer un arrière gauche, c’est à n’y rien comprendre, « Ouallah » ! Désolé, mais on connaît le foot ! Et après, tu fais encore rentrer Boudaoui, un autre milieu de terrain ? Et Boulbina, tu le fais rentrer à la 82e minute ! Ce n’est pas normal.
C’est vrai qu’avec du recul, il y a de quoi se poser des questions…
Il y a du louche dans tout ça. Le match terminé, le sélectionneur s’empresse d’aller féliciter ses compatriotes, au lieu d’aller vers ses joueurs pour les consoler et vers les tribunes pour demander pardon aux Algériens ? C’est inadmissible ! Et les joueurs, aucune grinta, aucune fierté. Vous savez, il y a des comportements qui trahissent et ceux du sélectionneur le font d’une manière magistrale. Il est inconcevable de sortir de la manière la plus humiliante d’une compétition, aller féliciter l’adversaire en arborant un large sourire tout en ignorant complétement ses propres joueurs qui sont dans le désarroi et la désolation. C’est tout simplement inadmissible.
Vous ne trouvez pas que cette élimination et cette grande déception contre la Suisse a démasqué certaines choses et mis à nu un certain bricolage dans la gestion de l’Equipe nationale ?
Effectivement. Celui qui a ramené le sélectionneur doit lui demander des comptes sur cette façon de jouer. Et les membres du staff technique dans tout ça, ils ne pouvaient pas alerter le sélectionneur et lui dire que l’Equipe nationale faisait fausse route ? Cinq milieux de terrain ? C’est quoi ça ?
Et dire qu’on pensait que ce Mondial 2026 serait celui de l’Afrique…
Jamais une équipe africaine ne pourra remporter une Coupe du monde. Ni l’Afrique ni l’Asie. Peut-être dans 30 ans. Et l’arbitrage ne le permettra jamais…
Trop naïves, aussi, les sélections africaines. Vous ne trouvez pas ?
En effet, elles mènent toutes au score, et puis elles s’effondrent toutes en fin de match. Et nous, on était menés par deux buts à zéro, pourquoi on n’est pas remonté au score ? On n’a même pas d’attaquants !
Vous avez parlé tout à l’heure de Bounedjah. Il aurait fait mieux, selon vous ?
Écoutez, c’est la faute aux responsables. S’ils n’y connaissent rien au football, ils n’ont qu’à ramener ceux qui s’y connaissent. Des gens dévoués à la patrie, des gens qui ne viendront pas pour se ficher de nous. Des gens qui versent des larmes et pleurent pour le drapeau et pour le pays, qui ne cherchent pas que leurs propres intérêts. La sélection est partie au Mondial sans avant-centre et personne n’a rien dit ? On est donc parti pour limiter les dégâts ? Ce n’est pas normal. Mais c’était prévisible…
Vous trouvez ?
Un peu, oui. Avant le match, j’ai dit que c’était le match de l’entraîneur. Et finalement, on dirait qu’il a joué contre nous. Où sont passés « Mouharibine sahra » ? Je ne les ai pas vus. Les joueurs auraient dû décider sur le terrain et jouer à leur manière. On aurait dit des robots téléguidés par l’entraîneur. Et on vient me parler de possession de balle. Oui, dans le premier quart d’heure, mais on tournait en rond. On n’avait pas d’attaquant à qui donner la balle pour marquer, comme un Bounedjah.
Il fut un temps où l’EN avait ce genre d’attaquant pour marquer…
Le problème qui se pose, c’est qu’on n’avait qu’un seul attaquant, et il ne l’a pas fait jouer. Il est rentré remplaçant contre l’Autriche et il a marqué. Contre la Suisse, un schéma bizarre. Il y a quelque chose qui ne va pas.
Peut-être qu’on a trop sous-estimé les Suisses… Et dire qu’on était soulagés de les avoir comme adversaire…
Les Suisses n’ont rien fait pour gagner, on leur a offert la victoire. Ni marquage ni rien ? Jusqu’à quand on acceptera les erreurs de Mandi et Bensebaïni ? Ils ont commis une cinquantaine d’erreurs durant ce Mondial. Je me demande si c’est vraiment un sélectionneur ou quoi d’autre… On lui refile des milliards pour qu’il nous qualifie au 2e tour de la CAN et du Mondial ? Des gens se sont sacrifiés pour ce pays. Je n’ai rien contre personne, mais durant cette année 2026, on a vu des choses bizarres. À la télé, avant le match, j’ai dit qu’il fallait de la grinta, des duels, un marquage strict et le pressing. C’est vrai que la Suisse a une bonne attaque et un bon milieu, mais ils étaient prenables. On était nuls ! On a fait cinquante actions, mais rien au finish. Eux, avec trois actions, ils ont marqué deux buts.
C’est peut-être dur à dire, mais notre équipe et notre sélectionneur sont tout simplement limités, non ?
Je suis plus de l’avis que c’est avant tout la faute des responsables, c’est leurs choix. Où sont les exigences ? Passer le premier tour, c’est tout ?
Et maintenant, tout va remonter à la surface, le champ est libre pour les détracteurs. Ne va-t-on pas vers un certain pourrissement ?
Le pourrissement ? Jusqu’en 2027 ! Surtout si c’est le même sélectionneur. Il y aura toujours du « social » en sélection. Les joueurs, aucun niveau, les gardiens de but aussi. Et les membres du staff, à quoi ils ont servi ?
Il nous faut des personnes comme Issaâd Dhomar, Rachid Harraïgue, Mohamed Diabi, Tahanouti, « Allah yarhamhoum ». On n’a pas de gens compétents à la fédération et en Equipe nationale ? À chaque fois, on refait les mêmes erreurs. On n’a jamais vu deux matchs de suite avec la même équipe !
On n’a même pas pu perdre avec les honneurs. On est descendu au-dessous de zéro. Tout est à refaire…
H. S-A.
