27 mai 2026

Mourad Ouardi : « Une vision lucide pour relancer le football algérien »

Technicien, ancien footballeur, éducateur et consultant respecté, Mourad Ouardi incarne une voix sage du football algérien. L’homme est très écouté, sa voix porte. À travers ses longues années d’expérience, il défend une approche collective et réfléchie, loin des réactions impulsives et de l’individualisme. Mourad Ouardi est une valeur sûre, ses connaissances dans le domaine du football sont très larges. Sa vision globale du football reflète de manière concrète ses compétences. Pour lui, le redressement du football national passe par des réformes structurelles, une gestion rigoureuse et une politique visionnaire. Avec franchise, il dénonce les dysfonctionnements de notre football. C’est que le monsieur est connu aussi pour son franc-parler. Sans fard, sans filtre, Ouardi nous livres ses impressions.

Entretien réalisé par Nasser Souidi

Quel bilan dressez-vous des débuts de Vladimir Petkovic depuis sa prise de fonction à la tête des Verts ?

Quand il y a des victoires, quand il y a la qualif’, on est sur une dynamique de la gagne, on ne peut que dire que le bilan est positif. Même si pendant les éliminatoires on a vécu pratiquement le même parcours avec l’ancien sélectionneur, mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a quelque chose qui a changé. Attendons bien sûr les grands rendez-vous, pour déterminer réellement la force de notre équipe nationale. Parce qu’au vu de l’effectif, de la valeur intrinsèque de la composante, et au vu de la dynamique du jeu constatée jusqu’à l’heure, je dirais qu’il y a évolution de match en match. Même si, parfois, il y avait des imperfections dans certains matchs, les solutions ont vite été trouvées. On est en train de voir qu’il y a une amélioration, même avec des manquements dans l’effectif, mais Petkovic a trouvé des solutions adéquates pour répondre aux besoins des matchs.

Les clubs algériens peinent à briller en Afrique. Que faut-il changer ?

On est plus allé dans la perfection de l’image que dans le contenu de l’image. A chaque fois on répète la même chose. On n’a pas une vision de comment dimensionner et comment préparer des équipes qui peuvent aller conquérir le football africain, qui est pris en otage par certaines équipes. L’existentiel, c’est les finances et l’organisation, qui sont les gens qui doivent mettre ces finances au service du bon fonctionnement local. Les clubs ont besoin de se remettre dans une organisation qui peut permettre de rivaliser avec certaines équipes du continent africain. Même si sur le plan technique, je ne vois pas une grande disparité, reste que sur un plan organisationnel, structurel et de culture, je crois que c’est là où réside la différence.

En effet, le football algérien est en retard sur le plan infrastructurel et managérial par rapport à d’autres nations africaines. Quels sont les freins majeurs ?

Il faut traiter tous les clubs équitablement. Certains visent la réussite, d’autres restent dans l’attente. Le football se compose de différents niveaux, de divisions, mais aussi de performances. Tous ne peuvent pas être comme le Real Madrid ou Barcelone ; certains doivent gérer selon leurs moyens. Aujourd’hui, les clubs algériens réclament tous l’aide financière de l’État, mais c’est excessif. Nous devons tendre vers un professionnalisme rationnel, équitable et bien géré, car le football repose sur des hommes. Même avec des moyens illimités, sans gestion compétente, l’argent ne sera pas bien utilisé. L’État peut aider, mais les clubs et les dirigeants doivent investir intelligemment pour un retour sur investissement, afin de combler nos lacunes techniques et infrastructurelles, avec une vision à court, moyen et long termes.

Pourquoi nos centres de formation peinent-ils à produire des joueurs de haut niveau ?

De quels centres de formation parlez-vous ? Aujourd’hui, nous n’en avons pas réellement. On ne peut pas en développer avec des objectifs à court terme. Le club avance progressivement, mais la formation reste négligée sans vision à long terme. Même sans infrastructure, il faut une réelle volonté de préserver le potentiel local. Peu de jeunes ont leur chance en championnat, les clubs privilégient les résultats immédiats et l’argent plutôt que la production de talents.  

En tant que consultant, quel regard portez-vous sur le traitement médiatique du football en Algérie ?  

Les médias jouent un rôle clé dans les problèmes actuels du football. Ils se contentent de suivre l’actualité sans analyser en profondeur les vrais enjeux. Les débats se répètent sans proposer de solutions. Pourtant, la presse pourrait aider à redresser la situation en menant des investigations sérieuses et en exigeant des changements structurels. Derrière l’image de l’équipe nationale, des jeunes talents se perdent et des clubs dépensent sans stratégie. Le développement du football nécessite une vraie politique nationale portée par une fédération visionnaire.

Quel est le message que vous souhaitez faire passer aux dirigeants du football national ? Quelles sont les réformes urgentes ?

Les clubs algériens manquent de structure. On y nomme souvent des personnes incompétentes, privilégiant le relationnel plutôt que les compétences. Malgré la création de nouveaux postes, directeurs sportifs, managers, etc., peu de choses changent sur le terrain. Une analyse montrerait que beaucoup de postes ne correspondent pas aux profils requis. Par exemple, la licence CAF Pro. Obliger les entraîneurs à payer pour cette licence est injuste. Seuls ceux en poste, et bien payés, peuvent se le permettre. L’exigence devrait être technique, avec un examen sérieux, théorie plus pratique, et non financière. Aujourd’hui, on donne des licences à ceux qui paient, au détriment de la qualité. Résultat, les entraîneurs algériens sont remplacés par des étrangers, alors qu’ils étaient recherchés il y a 20 ans. Ces dysfonctionnements sont connus, mais personne n’agit. On ferme les yeux sur des décisions aveugles qui nuisent au football algérien.

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