Ancien capitaine emblématique de l’USM Alger, Mounir Zeghdoud incarne l’expérience et la loyauté. Triple champion d’Algérie, quadruple vainqueur de la Coupe et 31 sélections en équipe nationale, ce défenseur imposant a marqué son époque. Reconverti entraîneur après avoir été l’adjoint d’Hubert Velud, il prône une philosophie basée sur la discipline, le respect et la construction collective. À la tête de l’ES Ben Aknoun, club souvent sous-estimé, il a bâti une équipe solide en misant sur la stabilité et la confiance. Aujourd’hui, il fait partie des rares entraîneurs encore en poste depuis le début de saison, preuve que sa méthode porte ses fruits.
Entretien réalisé par Hamid Si-Ahmed
A quelques encablures de la fin de saison vous occupez une très belle 7e place avec 31 points, 8 victoires et 7 nuls. Comment expliquez-vous cette saison solide et ce qui a rendu cela possible ?
Depuis le début de saison, on a essayé de former un groupe. On a recruté des joueurs qu’on a jugé capables d’apporter un plus, avec une liberté totale dans le choix des joueurs qu’on voulait ramener. La direction du club, de son côté, a mis tous les moyens pour que l’équipe puisse travailler dans de bonnes conditions. Avec les dirigeants, on a ciblé quelques joueurs, tout en respectant la feuille de route du recrutement qu’on s’était fixée. C’est vrai qu’on a commencé avec une nouvelle équipe, mais on a insisté sur le travail, en misant sur la stabilité. On avait confiance en nos joueurs, malgré des débuts difficiles. Notamment concernant les automatismes et le temps nécessaire pour l’adaptation et les repères. Mais les joueurs ont répondu présent et ont adhéré à notre méthode de travail, la façon de travailler et notre mentalité. C’est comme ça qu’on s’est mis d’accord pour relever ensemble le défi. Comme vous savez, il y a eu la relégation durant l’avant-dernière saison, ce n’était pas facile. Hamdoullah cette saison ça a marché et les résultats ont suivi. On n’était pas au top, mais on a quand même fait de bons résultats.
Le niveau de l’équipe s’améliorait de match en match, c’est ce qui nous a donné encore plus de confiance. Les joueurs se sont donnés à fond. Ils étaient irréprochables question discipline. Pas au point de dire qu’on a fait une saison exceptionnelle, mais Hamdoullah, on est sur la bonne voie. Assurer le maintien le plus vite possible inch’Allah, et terminer la saison à l’aise.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières au cours de cette saison ?
Non, pas vraiment de difficultés, puisqu’on a réussi la plupart de nos matchs, même contre des équipes qui jouent les premières places. On leur a tenu tête. C’est vrai qu’il y a des matchs où tu passes à côté, c’est ça le football. On a essayé de s’adapter et de se donner à fond et on a respecté tout le monde. Car je ne vous cache pas que ce qui nous a permis d’avancer, c’est le fait d’avoir respecté tous nos adversaires. Mais globalement, la seule difficulté, c’est qu’on avait besoin de temps pour l’adaptation et la cohésion, notamment dans quelques postes. Hamdoullah, avec le temps, le travail a porté ses fruits. La stabilité nous a donné de bonnes choses. Grosso modo, il y a eu beaucoup plus de positif que de négatif. Voilà…
En début de saison, l’objectif affiché était clairement le maintien. Aujourd’hui, avec cette dynamique, cet objectif a-t-il été revu à la hausse ?
Vous savez, tout est possible dans le football. Mais nous, on a gardé les pieds sur terre. Et mathématiquement, on n’a pas encore assuré notre maintien à cent pour cent. Dès qu’on le fera, on verra toutes les autres possibilités. Même si en réalité les objectifs se tracent en début de saison, quand tu vois que quelque chose est jouable, pourquoi pas ? On ne va pas dire non… Il y a encore des matchs en retard pour toutes les équipes, d’ici là, on verra s’il y a possibilité d’être parmi les quatre premiers. Mais pour le moment on n’en est pas encore là, on reste concentré sur notre premier objectif qui est le maintien. Jouer tous nos matchs à fond et grignoter le plus de points possibles.
Est-ce que cette bonne dynamique et ces résultats se font ressentir au sein du club et auprès des supporters ?
Oui, bien sûr. D’une manière générale, les responsables sont satisfaits du rendement des joueurs. On est sur la bonne voie. Par rapport à la dernière période difficile du club, on peut dire que les choses vont beaucoup mieux. Tout le monde est content, ça se sent, et ça nous pousse à travailler davantage.
Vous avez entraîné plusieurs clubs dans votre carrière. Quelle est la particularité de l’expérience que vous êtes en train de vivre à l’ES Ben Aknoun ?
Dans chaque équipe, c’est une nouvelle expérience, tu apprends. Chaque jour, chaque séance, chaque match, chaque semaine, chaque saison. Aujourd’hui, on a tendance à sous-estimer le club de Ben Aknoun. Que c’est un club de quartier, et tout… Alors que réellement, c’est un club de défis. Un club respectable et respectueux, en même temps. On oublie que c’est un club de Ligue 1 et qu’il s’en sort assez bien. Mais quand les gens voient l’équipe sur le terrain, c’est là qu’ils changent d’avis. C’est autre chose… On ne va pas dire qu’on a fait que des grands matchs, mais on a dit notre mot, nous aussi. On était obligé à chaque fois de confirmer. On est en train de souffrir, de travailler, avec beaucoup d’efforts, pour faire de bons résultats et atteindre un certain niveau.
Justement, comment avez-vous préparé le prochain match contre Rouissat au 20-Août ?
Comme tous les matchs, on s’est préparés le plus normalement du monde. Rouissat, c’est une bonne équipe, avec de bons éléments. Pour leur première saison, ils ont bien débuté, malgré les problèmes qu’ils ont. Mais c’est une équipe forte, car la réalité du terrain, c’est autre chose.
Est-ce que vous considérez ce match contre Rouissat comme un match à ne pas perdre, compte tenu de votre classement et du leur (11e) ?
Si on parle football, c’est un match qui s’annonce difficile. Même si tous les matchs sont difficiles… On a joué Rouissat chez eux, et en amical, on sait pertinemment que ce n’est pas une équipe facile.
Comment expliquez-vous que plusieurs clubs habitués aux premiers rôles, comme le CRB, la JSK, l’USMA et l’ESS, se trouvent en bas du classement cette saison ?
Je pense que le Mouloudia a profité et n’a pas perdu beaucoup de points, surtout à domicile. Même à l’extérieur, ils se sont pratiquement imposés. Une équipe sur la lancée, stable et dans la continuité. Pour les autres, je pense qu’ils ont mal débuté, peut-être parce qu’ils étaient beaucoup plus concentrés sur la compétition africaine. C’est pour ça que tout à l’heure, j’ai précisé qu’il restait encore des matchs en retard. Aussi, la différence se fera dans les matchs entre ces clubs qui jouent les premiers rôles. Le classement n’est pas encore exact. Et puis, ces clubs ont de bonnes équipes et sont capables de revenir.
En Ligue 1, vous faites partie, avec Zinnbauer et Ramovic, des seuls entraîneurs encore en poste depuis le début de saison. Comment expliquez-vous cette instabilité chronique sur les bancs de touche ?
Les résultats viennent avec le temps, avec le travail et la stabilité. Mais avec la pression du public, les responsables cèdent. Si tu ramènes un entraîneur et que tu lui fais confiance, tu dois le laisser travailler. Pourquoi chercher immédiatement les résultats ? Ce n’est pas comme ça que ça marche. C’est aux responsables d’imposer leurs décisions, d’imposer le respect des supporters et de les convaincre. Mais quel est le responsable qui patientera une, deux, voire trois saisons dans un projet à long terme ? On a limogé des entraîneurs après un match amical, c’est quoi ça ? Et cette pression de certains supporters est préjudiciable pour l’équipe, en elle-même. Mais c’est une question d’intérêts, le problème est plus profond que ça. Des joueurs qui travaillent avec trois entraîneurs différents durant la saison, ce n’est pas évident.
H. S-A.
