19 mai 2026
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Samir Nasri, les mots Bleus et l’émo verte

A chaque fois qu’un nom de binational pointe le bout de son nez en pro, il est mis sous la loupe. Et cela depuis toujours. D‘ailleurs, quand Samir Nasri avait débarqué en professionnel chez l’Olympique de Marseille, il y avait, bien évidemment, l’intérêt de l’Algérie. Sauf que, comme la plupart des Franco-Algériens à fort talent, il a opté pour l’équipe de France. Et il ne regrette pas ce choix même s’il indique, à demi-mot, qu’il aurait pu prendre une autre décision s’il jouait à l’époque actuelle.

Par Mohamed Touileb

Il ne s’en cache pas. Si c’était à refaire, Nasri aurait pris la même décision et aurait opté pour les Bleus dans les conditions qui prévalaient quand il avait décidé de défendre le maillot tricolore. Selon lui, les circonstances et la manière dont a été gérée la Fédération algérienne de football (FAF) lors de ses débuts professionnels n’incitaient pas à venir jouer pour « El-Khadra ».«Quand je suis arrivé en pro, j’étais à Marseille. Il y avait Brahim Hamdani qui est Algérien. Il n’y avait pas d’idée pour lui pour aller en équipe de France pourtant. Je lui demande : “Brahim pourquoi tu ne vas pas jouer au bled (Algérie)”. Il me dit “non c’est le b…, la sélection là-bas”», raconte le Phocéen. «Je te parle de quand je commence en pro (à l’Olympique de Marseille, NDLR). C’était en 2004. La sélection ce n’est pas ça (ce qu’elle est aujourd’hui). Ce n’est pas comme après le passage de Vahid (Halilhodzic) où tu peux te poser la question», indique-t-il.

Des mauvaises expériences qui peuvent dissuader

Implicitement, le meneur de jeu aux 41 apparitions avec les Bleus reconnaît que le standing de la FAF et des Fennecs n’est plus le même aujourd’hui. De plus, il pense que la relation assez toxique entre les Franco-Algériens et l’EDF avec certains traitements ingrats et même dévalorisants parfois à l’égard des footballeurs d’origine maghrébine notamment. «Aujourd’hui, il y a les exemples. Parce que mis à part Zidane, avec les joueurs binationaux, il y a toujours une histoire un petit peu bizarre avec l’équipe de France. Notre expérience à nous peut aider les nouveaux», souligne Nasri.

C’est une manière pour lui de faire passer un message : la France n’a pas la même reconnaissance et le même amour que le pays d’origine. «Demain je suis Akliouche ou Cherki, je peux me poser la question et me dire : France – Algérie… Aujourd’hui, il y a plus de reconnaissance pour les joueurs venant d’Afrique, mais avant ce n’était pas ça», compare-t-il.

Même posture qu’en 2017

La position de Nasri est assumée. Ses propos n’ont pas vraiment changé par rapport à 2017 quand il avait déclaré : «J’ai connu l’équipe de France à 19 ans. L’équipe d’Algérie, à l’époque, c’était le désert de Gobi. Jouer pour l’équipe de France c’était une fierté. (…) Je suis arrivé en 2007, il y avait Thuram, Gallas, Abidal, Evra, Makelele, Vieira, Henry, Trézeguet, Anelka…Tu ne vas pas dire non à cette équipe quand tu es appelé».

Aussi, il avait déjà admis que «ce n’est pas du tout un regret. J’ai eu l’histoire que je devais avoir avec l’équipe de France, c’est tout. J’ai une part de responsabilité, il y a aussi ce changement des choses, avec beaucoup moins de tolérance vis à vis des

footballeurs, dont j’ai été victime. Mais c’est la vie, c’est comme ça.» Limpide, édifiant et réel.

M.T.

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