Dans cet entretien, l’ancien international et finaliste de la CAN 1980 livre une analyse lucide sur les débuts des Verts version Hemdani. Pour le Mondialiste 1982, le bilan comptable est acceptable, mais le contenu est décevant.
Mustapha Kouici pointe l’absence d’organisation défensive, de pressing et d’identité de jeu, ainsi que les carences dans la charnière centrale et dans les buts.
La sélection nationale a débuté ces éliminatoires pour la CAN 2027 dans le doute. Votre avis…
Pour ce qui est des deux premiers matchs officiels, face à la Zambie et au Burundi, une victoire et un nul à l’extérieur, ce n’est pas un bilan négatif. Ça, c’est sur le plan comptable. Seulement, sur le contenu, personnellement, j’ai été déçu. C’est d’ailleurs l’avis de beaucoup d’observateurs. On n’a pas été à la hauteur, de l’aveu même du sélectionneur. Un contenu à revoir complètement. Ce n’est pas comme ça qu’on fera des miracles. On a vu beaucoup de défaillances, beaucoup de fautes, et dans les trois compartiments.
Le premier chantier qui attend Hemdani et son staff, en priorité, c’est l’organisation défensive. Notamment dans les premières mi-temps. Une défaillance totale. Des fautes à la pelle, des fautes de débutant. Un manque de cohésion entre les lignes. Dans le football moderne, la priorité des priorités, c’est la base défensive. C’est la première condition si une équipe veut progresser.
Et je ne pointe pas du doigt les quatre défenseurs uniquement. L’organisation défensive, elle concerne toute l’équipe, y compris les attaquants. Il faut que tout le monde participe à la récupération du terrain. Et on n’a vu aucun pressing, notamment face au Burundi, où on a vu l’adversaire s’approprier toutes les surfaces du terrain. Ce n’est pas normal, on a laissé les attaquants jouer.
Aussi, et cela fait maintenant plusieurs années déjà, on souffre au niveau de la charnière centrale. On n’a pas encore trouvé un duo rassurant, comme du temps de Bougherra et Antar Yahia. Même avec les paires Bensebaini-Mandi, Belaid-Mandi, Touba-Mandi… c’est un des problèmes majeurs que le staff technique doit corriger en urgence. C’est comme ça qu’on pourra donner une identité de jeu à toute l’équipe.
Voilà, d’une manière générale, les carences que j’ai constatées, en plus du problème du gardien, qu’on n’a pas encore résolu. Comme Cerbah, ou M’Bolhi, et beaucoup d’autres. En quelques mots, c’est un chantier immense qui attend le staff technique. Je pense qu’il est temps de trouver des solutions.
Donc les craintes et la colère des Algériens sont justifiées ?
Absolument. La colère est légitime. On n’a pas vu une équipe nationale avec une identité de jeu, avec une organisation parfaite sur le terrain. Les Algériens, la plupart, ce sont des connaisseurs. Au-delà du résultat, quand l’équipe joue bien, les Algériens acceptent les défaites.
Que pensez-vous du choix de Hemdani et sa nomination à la tête des Verts ?
Si vous permettez, sur la nomination de Hemdani et son staff… Dès le début, après le départ de Petkovic, j’aurais souhaité qu’on fasse appel à Bougherra. Mon premier choix, c’était Madjid Bougherra, j’en ai parlé dans les médias. Il a l’expérience, même si elle n’est pas très grande. Il a pris l’équipe B, a obtenu de bons résultats avec elle. En plus, il connaît bien le football africain et connaît la plupart des joueurs. Pour moi, c’était le plus indiqué pour prendre la tête de l’équipe nationale. Ça n’a pas été le cas, je ne sais pour quelle raison. Ceux qui ont nommé Hemdani en prendront l’unique responsabilité. Et l’avenir nous en dira plus, à commencer par le Togo.
La double confrontation contre le Togo, justement, ce sera un vrai test pour l’EN ?
Oui, certes, on aura déjà une idée, mais le véritable test, ça sera la Coupe d’Afrique. Parce que même si on connaîtra des matchs difficiles, je pense qu’on pourra se qualifier à la prochaine CAN. C’est là qu’on verra si ceux qui ont décidé de placer Hemdani ont eu raison ou tort. L’échéance, c’est dans un an, c’est demain. On ferme les yeux, c’est déjà 2027. On n’a pas d’autre choix que d’attendre. On les laisse travailler, on verra bien.
Parmi les nouveaux joueurs, y en a-t-il qui vous ont déçu ? Selon vous, peut-être que certains n’ont pas leur place en équipe nationale ?
Le sélectionneur a utilisé pratiquement 26 joueurs durant les trois matchs. Pour dire qu’on a tous une idée sur le rendement de chacun. Le staff est plus proche de l’équipe, ça va de soi, mais même les supporters, les observateurs et les journalistes, on a une idée sur le niveau de chaque joueur. Un joueur comme Bachir Belloumi, il a marqué des points, et dans les trois rencontres. À l’avenir, je pense qu’il sera titulaire indiscutable. Par contre, il y a des joueurs dont on peut dire qu’ils sont passés à côté. Maintenant, c’est au staff de sélectionner les meilleurs pour les prochaines échéances. Mais sans citer de noms, il y a des éléments qui ont vraiment déçu, qui n’ont pas montré le niveau qu’on attendait d’eux.
Comment avez-vous trouvé l’équipe nationale face au Niger ?
Face au Niger, l’équipe a été changée à 80 %. C’est normal dans un match amical, partout dans le monde. On essaie de voir les nouvelles têtes. Je ne m’attendais pas à voir un grand match, seulement, on a vu une première mi-temps catastrophique. Et dans tous les domaines. Le Niger nous a donné une leçon de football. Sur le plan organisationnel, et même technique. Les Nigériens nous ont dominés, leurs attaquants ont fait des misères à nos défenseurs. Le sélectionneur et son staff l’ont d’ailleurs reconnu.
On est devenus une équipe de réaction, pas d’action. On l’a constaté face au Niger et au Burundi. Contre certaines équipes, tu n’auras pas le temps de réagir. Heureusement qu’il y a eu l’égalisation de Belloumi et l’action de Boulbina qui nous a ramené un penalty. Deux exploits individuels. Que ce soit bien clair, on n’a pas affronté des équipes de niveau 1. La Zambie, le Burundi et le Niger, ce ne sont pas de grandes nations de football. Et cela nous interpelle tous, le staff et les dirigeants. Il faudra beaucoup de travail pour changer beaucoup de choses.
Au vu des performances du Niger, il est clair qu’aujourd’hui, il n’y a plus d’équipes faibles en Afrique. Non ?
Toutes les équipes africaines ont progressé. C’est nous qui sommes restés au même niveau, pour ne pas dire moins que notre niveau habituel. Avant, une équipe comme le Niger, on la battait 4-0, 5-0. Le Niger a progressé d’une manière formidable.
À vous le mot de la fin…
Je voulais m’exprimer sur l’affaire Aït Nouri, j’en ai même parlé à la radio. C’est inacceptable ce qu’il a fait, en tant que professionnel, mais on ne va pas non plus le condamner à mort. N’oublions pas qu’il traverse une période très difficile avec son club. Nous-mêmes, on en a commis. Mais ce n’est pas à cause de ça qu’on va condamner un joueur talentueux.
Je suis un ancien arrière gauche. Et croyez-moi, c’est un joueur pétri de qualités à ce poste. La preuve, il joue à Manchester City, même s’il n’est pas titulaire. City, ce n’est pas l’une des meilleures équipes au monde ? Je souhaite donc, et conseille même au staff technique et aux responsables, de calmer les ardeurs et de revenir à de meilleurs sentiments. Pourquoi amplifier la situation ? Ça arrive dans toutes les équipes du monde. L’équipe nationale a besoin de ce joueur.
Qu’ils s’assoient autour d’une table, Aït Nouri va certainement présenter ses excuses. Je ne pense pas que ce soit condamnable à ce point. Et puis il n’a que 24 ans. Tout le monde commet des erreurs. Et puis, c’est très important, dans les équipes qui se respectent, le staff technique doit avoir un psychologue. Pour ne pas dire une cellule de psychologie. C’est une obligation.
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
