Dans cet entretien, l’ancien président de la Ligue nationale de football amateur (LNFA), et auparavant la LFP, Ali Malek, regrette aujourd’hui l’absence, dans le football algérien, d’une réelle formation et de concrètes réalisations, pour une véritable relance du football algérien.
Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed
🔸Après une longue carrière dans le monde du football, que devient aujourd’hui monsieur Malek ?
Pour une personne qui a consacré toute sa vie au sport en général, et au football en particulier, la pratique et la gestion du football, maintenant je me consacre totalement à ma famille. À mes petits-enfants, je mène une vie tranquille, un peu pantouflard. Bien sûr, je suis un peu, de près et de loin, le football, ce qui se passe dans le football, à travers le monde, et en Algérie aussi.
🔸Comment voyez-vous la gestion actuelle du football algérien, est-il sur la bonne voie ?
Sincèrement, dans le cadre d’une éventuelle remise en cause de l’état du football algérien, et d’une mise sur rails pour un avenir meilleur, je ne vois absolument aucune action entreprise dans ce domaine. Je pense que notre football continue de vivre son quotidien, au jour le jour. À ma connaissance, à ma vue, dans tout ce qui se passe dans le monde du football par le passé et présentement, il n’y a aucun soupçon de solution mis en place, pour sortir de cette situation sombre du football algérien.
Je souhaite me tromper, mais je suis malheureusement presque certain que si nous continuons dans le soupçon de politique que nous vivons, nous ne verrons pas de meilleurs jours pour le football algérien. Je ne parle pas de l’Equipe nationale, parce que l’EN est alimentée par le football étranger. Chez nous, il n’y a absolument presque pas de production de jeunes footballeurs, mis à part la grande école de formation du Paradou.
🔸En effet, beaucoup d’observateurs tiennent le même discours sur le Paradou…
Le Paradou… je suis un peu témoin, avant le lancement de son école de formation, était comme tous les clubs algériens, avec ses stars et ses grands joueurs. Une saison donnée, la veille du lancement de l’école, le club a largué toutes ses stars signataires. Une fois, je discutais avec KheireddineZetchi, (Allah yitleksrahouinch’Allah), je lui ai dit : Kheireddine, tu vas t’investir totalement dans la formation ?». Il m’a dit :«Président, tu as bien vu. Dans deux ou trois ans je vais constituer une équipe de jeunes qui sortira de l’école». Effectivement, depuis, le club produit des valeurs, un produit qu’il met sur le marché, qu’il ne garde pas pour lui, que ce soit en Algérie ou à l’étranger. D’ailleurs, c’est le contraire de ce que font tous les clubs de notre championnat.
Et tout le mérite lui revient. Je suis presque certain qu’il n’a pas d’aide de qui que ce soit. Si une dizaine de clubs osait faire la même chose, dans quatre ou cinq ans, on va rivaliser avec les meilleures écuries footballistiques en Afrique. Il y a des perspectives de lancement d’écoles de formation, dans les clubs parrainés par les sociétés nationales, mais actuellement, on ne voit rien de concret sur le terrain. Nous souhaitons que cela arrive très prochainement. À partir de là, nous pouvons espérer une relance du football algérien.
🔸Concernant la présence de l’Algérie au sein des instances de la CAF, où en est-on aujourd’hui, et que faudrait-il faire pour que l’Algérie retrouve son influence sur le continent ?
L’Algérie, au sens le plus large, je ne parle pas de l’Algérie ni de la FAF, et les individus qui sont à la FAF, doivent s’investir totalement dans le fonctionnement des organismes qui gèrent les compétitions footballistiques en Afrique. Et à partir de là, il faut qu’il y ait des compétences, des hommes qui ont de la poigne, qui ont une maîtrise du dialogue, du contact humain, je pense qu’ils pourront. Dans l’état actuel des choses, je ne pense pas que nous ayons tous les moyens et toutes les capacités voulues pour pouvoir nous faire une place au soleil dans les organes de la CAF.
🔸Et pensez-vous que l’Algérie a aujourd’hui les bons représentants pour défendre ses intérêts à la FIFA et à la CAF ?
Les noms importent peu, dans des cas pareils. Ce sont les résultats qui comptent. Est-ce qu’il y a un changement dans la politique des structures de la CAF vis-à-vis de l’Algérie ? Est-ce que l’Algérie a une meilleure profondeur dans la présence de ses membres au niveau des organes de la CAF ? À mon sens, il n’y a aucune évolution positive, par rapport au passé. Donc nous n’avons pas aujourd’hui la représentation que mérite l’Algérie au niveau des institutions, en premier lieu la CAF, ensuite la FIFA. Mais l’urgence, c’est d’avoir un poids au niveau de cette CAF, qui est l’objet de critiques, à juste titre, d’un certain nombre de ses décisions, qui n’inspirent pas confiance et rassurance dans son fonctionnement. Il appartient aux membres de la Fédération également des Commissions, de donner leur point de vue, et d’avoir du soutien à l’intérieur des instances. Il ne suffit pas d’avoir une présence physique, mais sur le terrain.
🔸La CAF a récemment retiré le titre de champion d’Afrique au Sénégal pour l’attribuer au Maroc sur tapis vert. Comment analysez-vous ce revirement de la CAF ?
Sur les réseaux, j’ai commenté ce qui s’est passé en Coupe d’Afrique. S’il y a des défaillances et des écarts de comportement, la responsabilité incombe en premier lieu à la CAF, qui n’a pas réuni toutes les conditions et mis les moyens et les compétences nécessaires pour mieux gérer cette finale et l’organiser sans aucune faille. Si ces acteurs et animateurs ont failli, de par les largesses et les incompétences, au niveau arbitral, ou ceux qui géraient la préparation et le déroulement de la rencontre. Les responsabilités n’incombent ni au Sénégal ni au Maroc.
🔸Comment analysez-vous le parcours de l’EN sous les commandes de Vladimir Petkovic, à quelques mois de la Coupe du monde ?
Concernant la préparation de l’équipe à la prochaine Coupe du monde, je pense qu’elle est entre de bonnes mains. Parce qu’on voit une évolution positive dans le fonctionnement de l’équipe sur le terrain. Nous avons eu un aperçu contre l’Uruguay. Mais il nous reste beaucoup de travail à faire, dans la percussion, de l’attaque surtout, qui ne rassure pas jusqu’à maintenant. Inch’Allah, ils vont honorer leur participation, individuellement et collectivement, et honorer le football algérien.
🔸Le CR Belouizdad affronte le Zamalek en demi-finale de la Coupe de la Confédération, les 10 et 17 avril. Comment voyez-vous les chances du Chabab ?
Le Chabab est capable du meilleur et du pire (rires). Cette année, le Chabab vit une instabilité très inquiétante. Nous souhaitons inch’Allah les capacités nécessaires aux responsables techniques et administratifs de ce club, pour préparer mentalement le groupe. Nous avons de très bons jeunes, et des cadres capables de forcer le destin, inch’Allah, face à un Zamalek qui n’est plus à présenter, un géant du football. Mais dans le football, tout est possible. Nous souhaitons bon vent à notre cher Chabab de Belouizdad, que ce soit le Chabab ou l’USMA d’Alger.
🔸En quelques mots, la philosophie qui a guidé vos choix en tant que dirigeant ?
Elle est mieux connue par les personnes avec qui j’ai travaillé au niveau du secteur de la gestion, ou les responsables des clubs, dont j’ai eu l’honneur d’avoir la responsabilité. J’ai tout fait pour être le plus honnête et le plus juste possible. Je n’avais aucun parti pris, ni pour l’un ni pour l’autre. Je n’avais pas d’amis, je n’avais pas d’ennemis, j’avais des relations saines avec tout le monde. Je dis ça dans tous les domaines, professionnel et au niveau du football, tout le monde me respectait, et je respectais tout le monde. Je regrette de ne plus avoir ces relations avec ces personnes grandioses et respectueuses, qui ont une bonne maîtrise de la gestion.
H. S-A.
