19 avril 2026

Cheniouni : « Petkovic est bon, il faut l’encourager et le laisser travailler » 

 Abdelkader Cheniouni a subi, le 18 mars dernier, une lourde opération chirurgicale cardiaque majeure avec succès, Dieu merci. En pleine période de convalescence notre ami et confrère s’est confié à InfoSport sur différents sujets d’actualité. Journaliste, auteur, commentateur-présentateur en Algérie et à l’étranger, en arabe, en français et en anglais, Monsieur Cheniouni, comme on se doit de l’appeler, a exercé à la télévision (ENTV, MBC, ANN, Abu Dhabi TV, Al Jazeera Sport, Bein Sports), et à la radio nationale et la presse écrite (APS, L’Opinion, Le Soir d’Algérie, Botola, « Québec Soccer », UPI). Il a couvert toutes les manifestations sportives internationales (Coupe du monde, Jeux olympiques, coupe d’Europe, coupe d’Asie, coupe d’Afrique et les différentes compétitions de clubs) depuis 1975 à 2022. Autant dire que le monsieur est une légende vivante de la presse algérienne.

Abdelkader Cheniouni a écrit deux ouvrages : « Prolongations mémorielles  » et  » Le Sport algérien dans tous ses états de 1962 à 2021″. Enfant de Belcourt et fervent supporteur du CRB depuis son enfance, il occupe le poste de directeur de la Communication du Chabab. Voici son décryptage sur les débuts « difficiles » de Petkovic avec l’EN, et la situation du championnat national.

Entretien réalisé par Nasser Souidi

La victoire face à l’Ouganda a fait du bien, mais dans sa globalité, le match n’a pas été bon. Est-ce qu’on doit encore se poser des questions ?

L’équipe n’a pas fourni un grand match, il reste beaucoup à faire dans les trois compartiments. Nous avons de bons joueurs, mais il n’y a pas cette grinta, cette combativité. C’est un niveau très pâle. Il n’y a pas d’entente, on a l’impression que les joueurs ne se connaissent pas. Pour aller en Coupe du monde, il va falloir une équipe soudée et solide. Mais on a de grandes chances de se qualifier inch’Allah.

On attribue beaucoup plus cette victoire à la très belle réaction des joueurs. Partagez-vous cet avis ?

Je regrette infiniment, le sélectionneur a fait son travail, et ses changements étaient efficaces. La patte de l’entraîneur est là, il n’a pas été qu’un simple figurant dans cette victoire. Quant aux joueurs, ils se sont donnés, plus ou moins, mieux que lors du match face à la Guinée.   

Vous semblez convaincu par le profil du sélectionneur…

Franchement, cet entraîneur est bon, il faut lui faire confiance. Il ne faut pas oublier qu’il vient de commencer, il ne connaît pas encore les joueurs, leur mentalité, la mentalité des supporters, des journalistes. Il lui faut quand-même un peu de temps pour connaître tout le monde. 

Vous trouvez donc qu’on l’a trop vite jugé ?

Beaucoup l’ont qualifié d’incompétent, alors que ce n’est pas vrai. Il a fait ses preuves. Mais bien sûr, c’est une lutte entre deux clans. Certains n’ont pas accepté que Belmadi parte. Belmadi a fait de bons résultats, mais par la suite il a échoué. Il faut essayer de penser maintenant à l’avenir, encourager Petkovic comme on a encouragé Belmadi. Un entraîneur est parti, un autre est venu le remplacer. Maintenant, s’il échoue, il sera bien sûr critiqué, c’est la loi du sport.

En tous les cas, cette victoire lui a évité neuf mois de cabale médiatique, les prochaines échéances sont prévues en mars 2025…

C’est plus que certain, d’ailleurs, heureusement qu’on a gagné ! L’entraîneur aurait subi des choses vraiment incroyables. Maintenant, il faut laisser Petkovic travailler. Toutes les conditions sont réunies, des joueurs talentueux, un très beau centre à Sidi Moussa, et nous sommes premiers du groupe.

Dans ces moments particuliers pour l’équipe nationale, qu’attendez-vous de la presse sportive ?

Je pense que la presse doit aider l’entraîneur et les joueurs à se surpasser, elle doit jouer un rôle prépondérant. Il ne faut pas toujours leur jeter des fleurs, et ne pas toujours les condamner. Quand l’équipe joue mal, il faut le dire, mais d’une manière très positive. Toujours informer correctement et d’une manière juste, ne pas critiquer pour critiquer. Le parti-pris ne doit pas exister, car l’intérêt national prime sur toute chose.

Walid Sadi s’est dit visé, lui et le groupe, par une tentative de sabotage et de déstabilisation, et a même évoqué des règlements de compte. Comment analysez-vous cette sortie médiatique ?

Le président de la FAF doit prendre ses responsabilités. Quelque part, il a un peu exagéré. Critiquer l‘équipe nationale ne veut pas dire qu’il y a un sabotage. Ceux qui ne veulent pas du bien à l’EN ne représentent qu’une minorité. Je ne pense pas qu’il y ait des gens qui n’aiment pas leur pays. Il y a des points de vue qui sont donnés dans des moments difficiles, certains ont raison, d’autres ont tort. Maintenant, le président n’a qu’à les dénoncer, donner des noms et donner des précisions. Il doit défendre son idée ouvertement.

On voudrait connaître votre point de vue sur le championnat national…

Nous avons de bons joueurs, mais notre championnat est très moyen, je dirais même faible. Durant toute la saison, on a vu deux, voire trois bons matchs. Montrez-moi une équipe qui a son stade, son centre d’entraînement, son centre de formation, une équipe dirigeante plus ou moins valable. L’instabilité des entraîneurs, la programmation, les catégories jeunes sont complètement oubliées et il n’y a pas de formation continue dans les clubs. Par le passé, l’EN était formée par les joueurs du cru, les Merzekane, Belloumi, Fergani, Assad, de grands joueurs ! On a la pâte, mais tout doit se faire par des gens compétents. On a vu des arbitres vraiment très mauvais.

A ce sujet, comment avez-vous trouvé l’arbitrage cette saison ?

L’arbitrage a été cette année le point noir. Les arbitres, je ne dirais pas tous, n’ont pas été à la hauteur. Ce qui est étonnant, c’est qu’à l’échelle internationale, ils sont excellents. Je ne dirais pas, comme certains, que les arbitres sont corrompus, c’est grave de dire ça, quand on n’a pas de preuves concrètes. Il faut bien former nos arbitres. Quand l’arbitrage est mauvais, ça crée une animosité et des problèmes, difficiles à résoudre. La Commission d’arbitrage et la Fédération doivent prendre des décisions fermes. Il est indispensable de suspendre les arbitres qui passent à côté. 

Le CRB s’en sort avec une deuxième place et une participation à la LDC…

Hamdoullah, le CRB s’est classé deuxième et participera à la Ligue des champions. L’équipe aurait pu remporter le championnat, n’étaient les défaites et les matchs nuls, surtout à domicile. Mais ils ont bien réagi face à Saoura. Dans l’ensemble, le parcours n’a pas été bon, l’équipe a connu des passages à vide et quelques perturbations. Il faut maintenant un bon recrutement, avec deux bons joueurs en attaque. Je suis très content, c’est une deuxième place méritée. Je dis bravo aux joueurs qui se sont donnés à fond, bravo au staff technique et à l’équipe dirigeante, sans oublier, surtout, les supporters. Sans eux, rien n’aurait été possible. Le CRB restera toujours une grande équipe !

Comment réagissez-vous à la violence qui est revenue dans nos stades ?

C’est vraiment malheureux qu’on en arrive à cette situation. Cette violence est inadmissible. Supporter une équipe, ce n’est pas agresser les gens, s’en prendre à leurs voitures, et saccager un stade dont les réparations coûteront des milliards. Chacun doit jouer son rôle, les dirigeants, les responsables de la FAF, les services de sécurité et même le ministère de l’Intérieur. Ces comportements sauvages et nuisibles ont terni l’image du football algérien, et l’image du bon supporter algérien. Il faudra utiliser tous les moyens possibles pour y mettre fin.  

Merci pour tous ces éclairages. Un message particulier à transmettre ?

Je vous remercie pour cette interview, j’espère avoir donné le maximum de ce que j’ai comme information, et ce que j’ai comme expérience. Je vous encourage car le contenu d’Infosport est vraiment bon. Vous essayez toujours de donner le maximum pour informer les gens, vous devez continuer sur cette ligne que je trouve extraordinaire. Un travail gigantesque a été fait, vous êtes sur la bonne voie. Viendra le jour où vous confectionnerez un journal haut de gamme.

N. S. 

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