2 juin 2026

Aziz Derouaz : « Le respect de la loi doit être rétabli dans la gestion du CSA/MCA »

Nous avons eu l’honneur d’interviewer M. Aziz Derouaz, personnage incontournable du paysage sportif international, pour ne pas dire le révolutionnaire du handball, par sa fameuse « défense avancée ».

Sélectionneur national de handball dans les années 1980, il a remporté cinq championnats d’Afrique consécutifs. En plus de sa carrière sportive, Aziz Derouaz a également laissé son empreinte dans le monde politique, en tant que ministre de la Jeunesse et des Sports, entre 1997 et 2000. Son expertise et son engagement l’ont ensuite conduit à être nommé commissaire des Jeux méditerranéens 2022 à Oran, un événement qui a été un grand succès pour le sport algérien !

Actuellement, M. Derouaz occupe le poste de responsable élu de la section handball du CSA Mouloudia d’Alger pour le mandat 2020-2024, tout en étant président de l’Amicale des handballeurs d’Alger. Aziz Derouaz a été honoré à plusieurs reprises pour sa contribution exceptionnelle au Mouvement sportif algérien.

Dans cet entretien, il ne sera pas question de revenir sur son parcours, qui n’est plus à présenter, mais plutôt se concentrer sur la crise actuelle qui secoue le CSA/MCA. Nous aborderons notamment la légitimité du Directoire de transition, l’ingérence de la DJS, ainsi que d’autres aspects profonds et cruciaux de ce dossier.

Monsieur Derouaz, pour commencer, pourriez-vous nous expliquer en détail les origines de la crise actuelle au sein du CSA/MCA ?

C’est l’ingérence de l’administration, à travers la Direction de la jeunesse des sports et des loisirs de la wilaya d’Alger, dans les affaires internes de l’Association Mouloudia d’Alger, et ce, en janvier 2024. Mais parmi les origines de la crise, il y a également les perturbations de la relation entre la Sonatrach et le sponsor ex-financier du CSA/MCA, et ce, depuis la saison 2022/2023. Des perturbations qui ont eu des conséquences sur le fonctionnement du CSA, à travers l’absence de longue durée de ressources financières.

Quelles sont les causes de ces perturbations ?

La relation entre le CSA/Mouloudia et Sonatrach est une relation complexe, qui a été perturbée à plusieurs reprises. En 1977, la Sonatrach a, par décision politique, intégré en son sein le club sportif Mouloudia d’Alger. Le Mouloudia est toujours resté lié à Sonatrach, et donc, toujours financé par Sonatrach. Ça a duré un temps, puis il y a eu des ingérences successives. La section football a été rattachée à une association qu’on appelait le Doyen, et les autres sections de l’ex-Mouloudia pétrolier d’Alger ont été rattachées pour la circonstance, au Groupement sportif des pétroliers (GSP).

Après l’élection du premier mandat de M. Abdelmadjid Tebboune, les Mouloudéens ont saisi officiellement la Présidence de la République, afin de retrouver les sections dont ils avaient été spoliés. Finalement, la fusion entre le GSP et le Mouloudia n’a pas pu être effectuée, et le GSP a été dissous à la demande de la Sonatrach. C’est par la suite que les sections ont retrouvé leur maison-mère, à savoir le CSA/MCA. Un retour qui s’est passé dans des conditions normales.

Le financement du CSA a donc été respecté ?

Vu tous les éléments historiques liant les deux entités, il était normal que le désengagement du financement des activités sportives par Sonatrach, vis-à-vis du Mouloudia, se fasse progressivement. Or, ce n’est pas ce qui a été fait. La première année, à savoir la saison 2021-2022, le financement a été normal, tandis que la deuxième année, rien n’a été donné au CSA/ MCA, pendant neuf mois. Ce qui a engendré un dérèglement total du fonctionnement de l’Association, qui, je rappelle, a dans ses missions la préparation des athlètes de haut niveau, dont une grande partie fournit les effectifs des équipes nationales, dans plusieurs disciplines sportives.

Comment le CSA/MCA a-t-il géré cette situation ?

Pour respecter sa mission, le Mouloudia a essayé de maintenir un niveau qualitatif dans la sélection et la prise en charge de ses athlètes, ce qui supposait un budget conséquent, tel celui de la première saison du retour des sections en son sein. Malheureusement, la deuxième saison, le dysfonctionnement a été total, et les sections de sports collectifs ont énormément souffert du fait des contrats déjà signés avec les joueurs qui se trouvaient au Mouloudia d’Alger, ou ceux qui ont rejoint le Mouloudia pour la saison 2022-2023.

Comment ces problèmes de financement ont affecté la section handball ?

Si je dois parler du handball en particulier, j’avais affiché l’objectif à ce moment-là, en accord avec la direction du club, de travailler en vue de retrouver les premiers rôles. Au niveau des compétitions de l’Union arabe de handball, des coupes arabes des clubs champions et des coupes arabes des vainqueurs de coupe. Également au niveau des coupes d’Afrique des clubs champions, et des coupes d’Afrique des vainqueurs de coupe. Cela a engendré pour le CSA/MCA énormément de dysfonctionnements, notamment en ce qui concerne la location des infrastructures sportives, les frais d’hôtellerie, de transport, de restauration, et les frais d’équipement. Nous sommes arrivés à une situation où la relation avec Sonatrach s’est totalement détériorée. Les athlètes ont boudé le MCA, en particulier pour la section handball, et il y eut le départ de nombreux athlètes à la fin de la saison 2022-2023, vers d’autres cieux. Des athlètes qui n’avaient pas été payés depuis un peu plus d’une saison.

Quel rôle a joué l’administration dans cette détérioration ?

Le CSA/MCA a fait son Assemblée ordinaire d’approbation des bilans moral et financier de l’année 2022. Ensuite, sur pression de l’administration, était inscrite à l’ordre du jour la démission du président Messaoudi Torki. Lors de l’AG, l’Assemblée générale a refusé l’ordre du jour, comme elle l’entendait, souverainement, à savoir l’approbation du bilan moral à la majorité, et l’approbation financière à la majorité. Ce qui a engendré ensuite une nouvelle intervention illégale de l’administration, par la création d’un directoire par une Commission transitoire de gestion du CSA/MCA par la DJS, le 10 janvier.

Selon vous, donc, les prérogatives de l’Assemblée générale existante n’ont pas été respectées…

L’Assemblée générale a été convoquée par la suite pour élaborer avec les personnes avec lesquelles ils ont voulu travailler, la liste de ce qu’ils considèrent comme Assemblée légale, sans tenir compte du fait que seule l’Assemblée générale est habilitée à faire ce qu’on appelle la mise en conformité de ce qui avait déjà été réalisée en 2016. Et s’il doit y avoir ensuite une réduction des membres de l’Assemblée générale, ça fait partie des prérogatives exclusives de cette Assemblée générale. Donc nous nous trouvons dans une situation où il y a une première Assemblée générale où un certain nombre de membres qui étaient exclus se sont manifestés, soutenus par une partie des membres qui étaient donc à l’intérieur de cette Assemblée générale, et qui n’ont pas voulu rejoindre la salle des travaux supposés se tenir ce jour-là.

Comment interprétez-vous la création de la Commission de gestion provisoire et la réduction des membres de l’AG, par rapport notamment à la durée de vie de l’instance transitoire ?

La fameuse Commission de gestion provisoire de l’Association a été créée par la DJS, par décision du directeur lui-même, le 10 janvier, qui a été suivie d’une nouvelle décision signée le 1er février, cette fois-ci par le ministre, et qui s’appuie donc sur celle signée par le DJS. C’est le monde à l’envers, puisque dans les visas normalement, c’est l’inverse qui devrait se produire. Il y a donc deux décisions, dont les termes diffèrent quelque peu. C’est une Commission qui logiquement a une durée de vie maximale de six mois, d’après la loi sur les associations. Si tant est que les raisons majeures ont poussé le ministre à procéder à l’installation de ce Directoire à la place de l’élu,  conformément à la réglementation. Parce que le ministre ne peut procéder à une mesure pareille, que s’il y a risque de trouble à l’ordre public, or ça n’est pas le cas. Dès lors que la loi sur le sport ne précise pas de durée, une intervention de ce genre motivée, en ce qui concerne le ministre, revient à la loi de base qui précise que la durée maximale d’une instance transitoire ne saurait excéder six mois, quel que soit X.

Quelles sont, selon vous, les raisons du non-respect de cette durée, et que faudrait-il faire pour accélérer le processus d’élection du nouveau bureau ?

Nous nous trouvons maintenant devant un Directoire qui gère le CSA/MCA depuis huit mois, c’est-à-dire que quand bien même on admet qu’il y avait une base légale pour les pouvoirs publics d’intervenir, dans le fonctionnement de l’Association CSA/MCA, il n’y a plus aucune raison, depuis plus de deux mois, que ce Directoire poursuive sa mission. Et quoi qu’il en soit, dans les décisions du ministre, et du DJS, il est précisé que le Directoire gèrera les affaires du Mouloudia, jusqu’à l’élection du nouveau bureau. Il est établi que le ministère a fixé les dates limites du renouvellement des instances sportives nationales, à savoir clubs sportifs, Ligues, etc. Concernant les clubs sportifs, c’est la date du 31 août, qui a été fixée. Elle a été prorogée, en tout cas en ce qui concerne la wilaya d’Alger, jusqu’au 15 septembre. Date limite absolue.

Comment expliquez-vous que le Directoire continue à prendre des décisions importantes, et quelle est la légitimité de ses actions ?

Au moment où nous parlons, aucune convocation, ni pour une Assemblée ordinaire, ni pour l’Assemblée élective, n’a été adressée aux membres de l’Assemblée générale du CSA/MCA. C’est-à-dire que le Directoire qui est déjà hors la loi depuis au minimum deux mois, continue de gérer le club et s’enfonce dans l’illégalité. Cette illégalité est aggravée par le fait que le président de cette structure transitoire signe des contrats, prend des décisions de renvoi de personnel technique, et d’autres décisions qui n’ont rien à voir avec les prérogatives d’un comité transitoire de gestion. D’autant plus qu’il engage donc l’Association, pour la saison 2024-2025. Plus grave encore, ce président transitoire a depuis le mois de mai installé une commission provisoire ad-hoc de gestion de la section handball. Tout en déclarant que je restais moi, responsable élu de la section, en faisant entrer dans la maison Mouloudia des personnes étrangères à l’Association, à des fonctions de gestion. Ces gestionnaires hors-la loi ont mis fin aux fonctions des cadres techniques. Ils poursuivent maintenant leurs méfaits, en mettant fin aux fonctions du secrétaire administratif. Tout cela, sans que, en ce qui me concerne, je sois destinataire d’une quelconque décision écrite et signée par une autorité quelle qu’elle soit.

Quels sont, selon vous, les impacts de ces dysfonctionnements et de cette transgression sur la transparence des prochaines élections ?

En termes d’impact, le CSA/MCA a été totalement bouleversé. Il faut rappeler que le CSA/MCA a perdu l’un de ses fleurons, à savoir l’athlète Yasser Triki, qui a, au début de la crise financière, quitté le CSA/MCA pour rejoindre une autre association. C’est-à-dire que cet individu placé à la tête du Directoire du CSA/MCA et qui était responsable de la section athlétisme n’avait ni la compétence ni la capacité de garder le fleuron du Mouloudia d’Alger dans la discipline athlétisme. Aujourd’hui il va plus loin, alors qu’il n’a pas les prérogatives, il recrute un futur champion des Jeux olympiques de Los Angeles. Un acte très préjudiciable, et la relation entre le CSA/MCA et un futur champion pour les JO 2028 risquent d’être menacée. Puisque tous les actes engagés actuellement par cette structure illégale, hors la loi, devront être reconsidérés.

Quelles mesures recommanderiez-vous pour résoudre cette crise de manière équitable et conforme au règlement ?

Il faut que la loi reprenne le dessus sur tout ce qui se déroule illégalement, le retour à la légalité. Je pouvais parler également de beaucoup de choses, je ne veux pas citer de noms, y compris pour des gens qui n’ont pas le droit de figurer dans cette Assemblée générale, et qui ont été réintroduits par l’administration. Mon combat et celui des autres membres légaux de l’Assemblée générale n’est pas un combat personnalisé, et de règlements de compte. Il s’agit de sauver l’une des associations les plus prestigieuses sur le territoire national. Cette association est menacée. Le retour à la légalité doit se faire d’abord par les autorités qui se sont immiscées illégalement dans le fonctionnement de l’Assemblée générale. L’administration peut aller plus loin si jamais il y a des fautes extrêmement graves et dangereuses pour la stabilité de l’ordre public, qui peuvent aller jusqu’à la dissolution de l’association. Les membres de l’Assemblée générale représentent l’identité de l’Association.

Ce qui a lieu également d’être recommandé, c’est que les athlètes fassent attention et se méfient de la gestion hors la loi dont ils peuvent être victimes. Il y a déjà beaucoup de victimes, des athlètes qui n’ont pas encore été payés, pour certains quasiment depuis deux saisons. Il y a des cadres qui ont été mis dehors et qui n’ont toujours pas été payés. Quelles garanties peuvent avoir les athlètes qui aujourd’hui s’engagent avec le CSA/MCA ? Le président transitoire s’est distingué par ses mensonges depuis sa prise de fonction. Aujourd’hui, lui et ceux qui fonctionnent avec lui sont en train de porter un nouveau mensonge, à savoir faire croire que c’est eux qui sont en train de régler les problèmes du Mouloudia d’Alger. Si Sonatrach et d’autres sponsors éventuels, viennent s’engager avec le CSA/MCA, ça n’est certainement pas pour les personnes, mais c’est pour ce que représente le Mouloudia dans le mouvement sportif nationl. Et avec eux ou avec des personnes plus compétentes, des personnes dont la respectabilité ne fait aucun doute, obtiendront le soutien des autorités et de Sonatrach et d’autres sponsors de la même façon, ou encore mieux, que ces gens qui ont mis huit mois pour régler partiellement les dûs des athlètes et des cadres techniques et administratifs, de plusieurs mois d’arriérés.

Avez-vous un message particulier à transmettre ?

Le personnage sportif et public que je suis a souffert particulièrement des manipulations et des agressions de la part de personnages insignifiants dans le Mouvement sportif national. Ce qui est triste pour moi, après plus de cinquante années au service du Mouvement sportif national, dont la grande majeure partie en tant que bénévole. Et avec les résultats connus de tous au profit du sport algérien et du pays tout entier, certains sont allés jusqu’à m’attribuer la rétrogradation de l’équipe de handball en division inférieure, alors que les raisons de cette situation sont connues de tous, à savoir le départ de la quasi-totalité de l’effectif.

Je tenais à saluer et remercier, à la fois les joueurs de l’équipe U21, qui ont terminé la saison précédente et animé la saison 2023-2024 contre des joueurs seniors, ainsi que l‘encadrement qui m‘a accompagné dans cette tâche extrêmement difficile. À savoir le manager Hassen Khodja Fodil, bâtisseur du handball algérien, Draouci Sofiane et Mohamed Seghir Zine Eddine, et tout le staff de l’équipe senior du CSA/MCA, ainsi que Amoura Ali, secrétaire administratif.

Entretien réalisé par Nasser Souidi

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