Finalement, Benlamri n’a rien appris
Toutes les vérités ne doivent pas être dites car, quand elles sont dites, il faut choisir le moment opportun mais aussi les mots avec soins pour ne pas causer ou accentuer les maux. C’est ce qui est arrivé avec Djamel Eddine Benlamri, (ex)international algérien qui a remué le couteau dans une plaie qu’on espérait fermée. Ses propos récents montrent que la philosophie de Djamel Belmadi, qu’il dit respecter tout en n’adhérant pas à ses efforts de « rassembleur » entre locaux et binationaux, et les consécrations ne sont pas gages de guérison. Extraits.
Par Mohamed Touileb
On aurait aimé s’en passer. Benlamri est venu rappeler, avec quelques propos d’un bien bas niveau, que l’équipe nationale est toujours en proie à cette mentalité « séparatiste » entre les footballeurs issus du championnat local et ceux qui débarquent de l’autre côté de la rive.
Le combat vain de Belmadi
Pourtant, Djamel Belmadi, qui a clairement le statut de mentor aux yeux de Benlamri, avait une approche plus unificatrice entre les locaux et les binationaux. Pour lui, tout footballeur qui avait le « S 12 » était Algérien et ouvrait droit à représenter les Verts sous ses ordres. Parmi les joueurs qui étaient importants dans les plans de Belmadi et qui sont allés chercher la CAN-2019 en Egypte, il y avait cinq éléments qui venaient du « cru ». Il s’agit du concerné (Benlamri), Bensebaïni, Atal, Belaïli et Bounedjah qui étaient des titulaires à part entière. Et le groupe vivait bien puisque les Fennecs ont pu régner sur l’Afrique et signer une incroyable série de 35 matchs sans défaite battant le record continental et échouant à 2 longueurs du record du monde en la matière. Aussi, ce cycle d’El-Khadra a connu des échecs cuisants comme les deux éliminations précoces à la CAN-2021 et celle de 2023. Il y avait -surtout- cette grosse désillusion avec l’élimination aux portes de la Coupe du Monde 2022 contre le Cameroun un certain 29 mars 2022. Benlamri était présent pour ce rendez-vous et avait débuté, à l’aller comme au retour, pour ladite double-confrontation soldée par la défaite 2 buts à 1 au stade Mustapha-Tchaker (Blida) après avoir été chercher un éclatant et historique succès (0-1) de Japoma.
Une com’ désastreuse et immature
Pour Benlamri, ce résultat est une « justice divine ». Et devinez quoi, la raison est tout sauf sportive pour l’ex-pensionnaire du MC Alger. Selon lui, « c’est ce qui arrive quand on fait appel à des joueurs qui ne connaissent même pas Kassaman (l’hymne national de l’Algérie) ». Mais il ne s’est pas arrêté là car il estime que certains se montrent « plus indulgents » avec les joueurs qui débarquent d’ailleurs alors qu’on « demande au joueur local d’être performant dès sa première sélection. Il n’a souvent droit qu’à une vingtaine de minutes durant lesquelles il doit tout faire alors qu’on donne des chances pleines et beaucoup plus d’occasions aux binationaux jusqu’à ce qu’ils puissent s’imposer ».
On ne peut pas dire que ce constat est faux. Toutefois, on peut parler de manque de tact et d’adresse. Avec cette sortie, Benlamri exhume un problème qui semble endémique et inguérissable. Sa persistance résulte du manque d’opportunités qu’on donne aux footballeurs locaux qui ont certainement des qualités footballistiques pour se faire de la place en sélection. Néanmoins, la mentalité de Benlamri montre, elle aussi, qu’un travail profond doit être fait sur le plan de la communication et la psychologie. Cet épisode est le résultat de ce qui ressemble au complexe d’infériorité qu’il faudra soigner à la racine. Les exploits sportifs ne sont que le cache-misère et le palliatif d’un football algérien profondément malade.
M.T.
