27 mai 2026

Lynda Loghraibi : « La réussite dans le tennis de table dépend de l’engagement et de la persévérance »

Lynda Loghraibi n’a cessé de persévérer malgré les obstacles rencontrés sur son chemin, notamment lors des qualifications olympiques. Après deux tentatives infructueuses pour les JO de Rio en 2016 et Tokyo en 2020, elle a finalement décroché son ticket pour Paris 2024, prouvant que la persévérance peut mener au succès, concrétisant ainsi un rêve poursuivi avec ténacité. Titulaire d’un diplôme de conseiller en sport de l’ISTS, spécialisée en tennis de table, Lynda travaille également au sein de l’OPOW, où elle y partage son expertise. Elle a fait ses premiers pas, dès ses cinq ans, au NadiRiadiwifak El Djazaïr (NRWA), dont elle est actuellement présidente. Lynda participe à sa première compétition internationale au Maghreb en Tunisie, une première étape vers une carrière riche en championnats africains, arabes et autres compétitions de haut niveau. Aujourd’hui, elle aspire à améliorer le niveau du tennis de table en Algérie et appelle à des méthodes d’entraînement plus modernes pour les jeunes générations, visant ainsi à porter son pays au plus haut niveau de cette discipline. Lynda Loghraibi est un exemple de résilience et de détermination, inspirant de nombreux jeunes pongistes à poursuivre leurs rêves.

Entretien réalisé par Nasser Souidi

Qui vous a inspirée à pratiquer ce sport ?

Vous savez, derrière chaque passion, il y a souvent une personne qui inspire et transmet l’envie de s’y plonger pleinement. Pour moi, cette personne, c’est mon père. C’est lui qui m’a initié au tennis de table, un sport qu’il avait lui-même découvert lors de son service militaire. Cette rencontre avec la discipline a éveillé chez lui un intérêt, au point de le pousser à véritablement suivre des études en sport et à obtenir un diplôme de technicien supérieur avec une spécialisation en tennis de table.

Dès mon plus jeune âge, j’ai vu mon père s’impliquer activement, d’abord comme joueur, puis comme président de la Ligue d’Alger de tennis de table, une position qu’il occupe encore aujourd’hui. Ayant grandi entourée de raquettes et de balles, j’ai développé un véritable amour pour ce sport, sans jamais éprouver l’envie d’essayer autre chose. Le tennis de table n’est pas simplement un passe-temps pour moi, c’est un héritage familial, une véritable passion qui m’a été transmise.

Comment évaluez-vous votre participation aux derniers JO de Paris ?

Participer aux Jeux olympiques est un véritable défi, surtout dans une discipline aussi exigeante que le tennis de table. La qualification est une épreuve de taille, particulièrement pour un athlète venant d’un pays où le niveau national reste en-deçà de celui observé dans d’autres régions d’Afrique. Atteindre les JO représente déjà une performance en soi. Mon objectif pour les JO de Paris était de réaliser un parcours honorable et, pourquoi pas, décrocher une victoire. Le tirage au sort m’a cependant mise face à un défi de taille, à savoir affronter dès le premier tour la championne olympique, une joueuse chinoise redoutable et expérimentée. Malgré la difficulté, cette rencontre fut pour moi une expérience inoubliable, renforçant mon engagement et ma détermination dans ce sport.

Qui sont les meilleurs en tennis de table ?

Les leaders mondiaux du tennis de table sont indéniablement les athlètes asiatiques, avec les Chinois, les Japonais et les Coréens en tête, qui dominent les classements internationaux grâce à leur technique et leur rigueur. En Europe, des pays comme la Roumanie, la France et la Suède se distinguent également par leurs performances remarquables, contribuant à maintenir un niveau de compétition élevé sur la scène mondiale.

Que pensez-vous du niveau africain ?

Le niveau africain en tennis de table est solide, bien que les joueurs du continent soient confrontés à une concurrence mondiale intense. En général, le meilleur joueur africain se situe entre la 20e et la 30e place au classement mondial, ce qui représente une performance admirable. La meilleure position jamais atteinte par un Africain dans cette discipline a été réalisée par un joueur nigérian, qui a atteint le 15e rang mondial.

Quels sont vos projets futurs après les JO, tant sur le plan sportif que personnel ?

Après les Jeux olympiques, j’envisage plusieurs projets, mais j’avoue que tout cela reste encore un peu flou dans mon esprit. (Elle rit.) Mon souhait est de perdurer avec l’équipe nationale et de participer aux prochaines étapes, même si je ressens une certaine hésitation. En tout cas, je suis pleine d’idées et de projets qui m’enthousiasment pour l’avenir.

Comment voyez-vous l’évolution du tennis de table en Algérie, et quels sont les changements que vous aimeriez voir dans cette discipline ?

L’évolution du tennis de table en Algérie a connu un net recul depuis la pandémie de Covid-19. Une situation incompréhensible, surtout lorsque l’on constate le développement rapide de ce sport dans d’autres pays africains. Si je compare les méthodes d’entraînement passées, la préparation actuelle ressemble davantage à du bricolage. Autrefois, il existait une approche structurée et des stratégies d’entraînement qui permettaient d’atteindre un niveau de performance supérieur. À l’heure actuelle, l’Algérie ne se mesure pas au Nigeria ou à l’Égypte, mais est sur un pied d’égalité avec la Tunisie. Beaucoup d’athlètes ont abandonné le tennis de table, et malgré mon statut de meilleure joueuse du pays, je suis en retard par rapport à mes homologues internationaux. Je m’inquiète pour la nouvelle génération, qui risque de manquer de formation adéquate. J’appelle donc les responsables de la Fédération à renouveler les méthodes d’entraînement pour s’aligner sur les meilleures pratiques internationales. Si aucune mesure n’est prise, l’absence de relève et de formation solide pourrait nuire à l’avenir du tennis de table en Algérie.

Vous voulez dire que nous n’avons pas de bons entraîneurs de tennis de table en Algérie ?

Il fut un temps où la situation était différente. En 2016, un expert français supervisait les entraîneurs au sein de la Fédération, et ils ont pu bénéficier de son expertise pendant une longue période. Aujourd’hui, il n’y a plus d’expert en poste. Les entraîneurs de l’équipe nationale ne participent même pas à des formations de coaching ou de recyclage, ce qui est préoccupant, car le tennis de table exige une grande force mentale et une concentration. Bien qu’il existe des formations pour les entraîneurs, elles sont souvent plus théoriques que pratiques. Cette lacune dans la formation pourrait freiner le développement du tennis de table dans notre pays.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes pongistes qui aspirent à réussir dans cette pratique sportive ?

Un engagement sérieux. Ce sport exige un volume d’entraînement conséquent et une préparation rigoureuse, c’est la clé de la réussite. Si on compare la situation en Algérie à celle des joueurs chinois, qui s’entraînent six à sept heures par jour, alors que les athlètes algériens ne consacrent souvent qu’une à deux heures à leurs séances. Pour ceux qui souhaitent progresser et exceller dans cette discipline, un travail acharné et une grande détermination sont plus qu’indispensables.

« J’ai grandi entourée de raquettes et de balles. Le tennis de table, c’est pour moi un héritage familial, une véritable passion qui m’a été transmise »

« Participer aux Jeux olympiques est un véritable défi, surtout dans une discipline aussi exigeante que le tennis de table. Atteindre les JO représente déjà une performance en soi »

« Je m’inquiète pour la nouvelle génération, qui risque de manquer de formation adéquate. Si aucune mesure n’est prise, l’absence de relève solide pourrait nuire à l’avenir du tennis de table en Algérie »

« Le tennis de table exige un volume d’entraînement important et une préparation rigoureuse. Un travail acharné et une grande détermination sont indispensables »

N. S.

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