25 mai 2026

Chafik Ameur : « Mahrez incarne parfaitement son rôle de capitaine et de leader » 

Expert en football reconnu, Chafik Ameur est actuellement Instructeur régional CAF Elite. Récemment, en juillet 2025, il a dirigé une formation d’instructeurs d’entraîneurs, au Gabon. La CAF le sollicite régulièrement pour des missions de formation dans divers pays africains, et pour des évaluations techniques lors de grandes compétitions. Dans cet entretien, l’ancien DTN se livre sur l’actualité de la Coupe d’Afrique des Nations, tout en abordant certains aspects propres au football algérien dans sa globalité.

Entretien réalisé par Hamid Si Ahmed

Que pensez-vous de l’organisation de cette Coupe d’Afrique des Nations ?

Pour l’instant, je ne peux pas répondre exactement. C’est les gens qui sont sur place qui peuvent témoigner de cela. Sur le petit écran, les choses semblent normales. La Coupe arabe, par exemple, a été réussie sur tous les plans. Cette CAN vient de débuter, patientons avant de porter un quelconque jugement ou une critique objective.

Quel est votre avis sur le niveau général des sélections participantes ?

Jusqu’à maintenant, le niveau est moyen. Toutes les équipes sont entrées dans cette compétition avec l’objectif de gagner et de passer au prochain tour, je pense donc que le réel niveau des équipes, on le verra à partir du deuxième tour. J’ai remarqué que les équipes qui prétendent à cette coupe ont pratiquement toutes gagné. On a vu aussi que les sélections nord-africaines ont également gagné leur premier match, ce qui est très encourageant et rassurant. En tous cas, après la deuxième journée, on pourra faire une meilleure analyse du niveau global et porter un meilleur regard sur les équipes qui pourront aller loin dans ce tournoi.

Comment analysez-vous la performance des Verts ?

L’essentiel pour notre sélection, c’est bien la victoire. Contrairement aux deux dernières éditions, on a entamé cette CAN en force, que ce soit sur le plan comptable ou sur le plan mental. Maintenant que nous sommes qualifiés au prochain tour, cela va nous permettre d’aborder les autres matchs dans de bonnes conditions. Face au Soudan, on a vu de belles choses, mais certains aspects, comme le repli défensif, je pense que le sélectionneur doit les améliorer et les prendre en compte durant ce deuxième match. Contre le Burkina aussi. L’équipe a du répondant c’est bien un signe de maturité. J’ai apprécié l’esprit d’équipe, et cette motivation de gagner. On a vu un Mahrez qui a bien joué son rôle de capitaine d’équipe, et des joueurs introduits en cours de match, qui ont apporté un plus. On a également vu un gardien de but confiant, qui, grâce à ses belles interventions, a mis ses coéquipiers en confiance. Mais dans tout ça, l’essentiel était de gagner ces deux premiers matches et ceci va mettre le groupe dans un climat de confiance et de sérénité. Contrairement à ce que peuvent penser certains, le Soudan est une bonne équipe, la preuve avec sa victoire elle se relance dans la course à la qualification. Le Burkina est un sérieux client et en venir à bout est déjà un signe qui ne trompe pas quant aux potentiels de notre équipe. 

Faut-il donc rester mesuré dans notre enthousiasme ?

Le point positif, jusqu’à maintenant, c’est le choix des joueurs, ce qui fait que le staff technique a plusieurs solutions, qu’il pourra exploiter en cours de match. On a des cadres avec beaucoup d’expérience, et des jeunes avec de bonnes dispositions physiques et les exigences du football moderne en termes de rapidité. Comme Amoura, Belkhir et Maza. Des joueurs qui ont cette légèreté et cette belle initiative dans le jeu en profondeur. Ce qui peut créer le danger pour les équipes adverses. Et tout cela nous met en confiance et nous laisse optimiste pour la suite du parcours.

Selon vous, sur quel aspect peut-on juger de la vraie valeur de notre équipe nationale ?

C’est un avis personnel en tant que simple observateur : je pense que la Fédération a mis le groupe dans les bonnes conditions qui permettront à l’équipe de réaliser les bons résultats souhaités. N’oublions pas que les staffs des différentes équipes ont fait face à une contrainte, car la FIFA n’a accordé que six (6) jours aux joueurs évoluant à l’étranger, pour rejoindre leur équipe respective avant le début de la compétition. Mais en parallèle, concernant l’Algérie, les anciens ont su encadrer les nouveaux et faciliter leur introduction dans le jeu, ce qui est très positif pour nous. On a vu cette belle symbiose entre les joueurs, où chacun a apporté ses qualités, que ce soit l’expérience, le physique, le mental… La complémentarité entre les joueurs, elle existe bel et bien.

Bounedjah a été la cible de moqueries sur les réseaux sociaux. Cela risque-t-il d’affecter négativement le groupe ?

D’après ce qu’on a vu sur le dernier match, ça arrive à tous les clubs et à toutes les équipes nationales. Ce sont des choses qui arrivent et je sais qu’avec l’expérience de Bounedjah, cela ne va pas causer d’ennuis dans le groupe et nuire au mental de l’équipe. On a vu pire que ça, mais l’équipe s’est ressaisie. Je n’ai pas assisté à la séance d’après-match, mais je suis sûr que les choses sont vite rentrées dans l’ordre. Il doit y avoir une ambiance, comme d’habitude, et la sérénité dans la préparation du prochain match.

Pouvez-vous nous parler de votre rôle actuel d’instructeur au sein de la Fédération et des différents projets en cours ?

Je suis toujours instructeur de la FAF, et instructeur élite de la CAF. Je suis sollicité dans les formations qu’organisent la DTN, les licences CAF A et CAF Pro. Et aussi, vis-à-vis de la CAF, je suis toujours dans l’encadrement des stages et dans l’accompagnement des programmes de soutien technique. Et aussi l’encadrement des instructeurs, au niveau de pas mal de pays. J’ai été à Djibouti, au Gabon, en Guinée Conakry. Donc là où ils ont besoin de moi, dans le soutien aux programmes techniques.

Concernant la licence CAF Pro, observez-vous une bonne implication et un réel engouement de la part des anciens internationaux ?

Ce qui est bien, c’est que la Fédération a pu organiser ce deuxième stage de la licence CAF Pro. Elle renferme beaucoup d’entraîneurs d’expérience et d’anciens internationaux. Donc il y a un bon groupe qui suit cette formation, qui va s’étaler sur toute l’année. Il y a un module chaque mois. Et bien sûr, on sera accompagné par des experts de la CAF et de la FIFA, et même de l’UEFA. Et comme la dernière fois, nous avons la chance d’avoir avec nous l’ex-directeur du développement de la CAF, M. Raoul Chikonda. Et je pense que pour le prochain stage il va y avoir l’expert de la FIFA, M. Malouche Belahssen. Et du côté algérien, il y a moi et M. Karim Kaced, l’actuel directeur de formation, qui accompagne ces instructeurs et ces experts, dans cette formation.

Quel est l’état de la formation en Algérie ? Ressentez-vous une prise de conscience au niveau des responsables ?

Je pense qu’on doit être confiants, parce que pas mal de clubs se sont mis à la tâche, pour avoir leur propre centre de formation. À l’instar du MCA, qui a déjà commencé à travailler dans ce sens. Il y aura aussi, très prochainement, l’USM Alger. Et j’espère que les autres clubs auront leur locomotive qui représentera le football national, dans les compétitions internationales, avec des centres de formation. Donc ce sont des projets d’avenir, j’espère que ces clubs feront le maximum. Sans ça, on ne pourra pas avoir de grands joueurs, de standard international, qui peuvent représenter nos équipes nationales. C’est une chose qui est devenue essentielle. Dans le football d’aujourd’hui, il n’y a pas de petites équipes en Afrique, tout le monde s’est mis dans la formation. Je me déplace beaucoup en Afrique, et je vois ce qu’on fait à gauche et à droite, dans la mise en place de centres de formation. Pour avoir cette qualité, pour représenter favorablement leurs équipes nationales.

H. S-A.

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