19 avril 2026

Coups bas à Kouba !

Le RCK traverse une période particulièrement agitée en ce début de préparation pour la saison prochaine. Mardi dernier, la direction du club a publié un communiqué pour alerter ses supporters et l’opinion publique sur une situation à la fois inédite et préoccupante : le gel du compte bancaire du club par décision judiciaire.

Par Youcef Mimoune

Une mesure brutale, tombée tel un couperet au moment même où les dirigeants finalisaient les préparatifs du stage d’intersaison et la rentrée des classes des jeunes catégories. D’après le communiqué officiel, c’est la banque elle-même qui a informé la direction du club de l’exécution d’un jugement en référé ordonnant le gel du compte bancaire du RCK. À l’origine de cette mesure une dette contractée envers un ancien président du club, RafikChaâbane, dont le montant s’élève à plus de trois milliards de centimes.Ce retournement de situation a pris de court la direction actuelle, qui affirme n’avoir jamais été mise au courant de l’existence d’une telle créance. «Cette dette ne figure dans aucun document officiel transmis lors de notre prise de fonctions, ni dans les rapports financiers présentés à l’Assemblée générale», lit-on dansle communiqué publié à cet effet. Un point d’ombre sérieux qui remet en question la qualité de la transition administrative entre l’ancienne et la nouvelle équipe dirigeante. Cette révélation n’est pas sans conséquence car elle pose non seulement des interrogations sur la transparence de la gouvernance passée, mais elle plonge aussi le club dans une situation financière et logistique délicate, en pleine phase de planification stratégique.Le coup est rude pour le Raed, qui comptait aborder cette nouvelle saison avec un élan renouvelé. Le gel du compte bancaire paralyse littéralement toutes les opérations de gestion courante. C’est un véritable coup de frein dans la dynamique que le club s’était efforcé de reconstruire après une saison éprouvante. Dans l’entourage du club, l’inquiétude est palpable mais la direction appelle à la retenue et à la patience. Elle promet de prendre toutes les mesures nécessaires pour résoudre cette crise dans les meilleurs délais.

Une dette passée sous silence à l’AG

Confrontée à cette crise inattendue, la direction du Raed s’est immédiatement mobilisée pour en limiter les conséquences. À travers son communiqué, elle a d’abord tenu à rassurer les supporters quant à sa volonté de rester aux commandes malgré les vents contraires. «Nous n’avons aucune intention de jeter l’éponge. Au contraire, cette épreuve renforce notre détermination à servir le club et à défendre ses intérêts avec responsabilité», a-t-elle affirmé. Cette posture résolue traduit la volonté de ne pas céder à la panique, mais aussi de fédérer autour du club une communauté de supporters dont le soutien reste vital, particulièrement dans les moments difficiles.La direction rappelle également que, depuis sa prise de fonction, elle s’est attelée à apurer une partie importante du passif hérité. «Nous avons remboursé l’équivalent de 1,3 milliard de centimes de dettes antérieures, et ce, malgré des ressources financières très limitées», précise-t-elle. Ce chiffre, loin d’être anodin, témoigne d’un effort de redressement que peu de clubs dans la même situation auraient pu entreprendre. Cependant, cette nouvelle entrave vient sérieusement compromettre les efforts fournis. Le gel des comptes bancaires vient suspendre l’ensemble des opérations financières, obligeant les responsables à trouver des solutions alternatives dans l’urgence.Dans cette optique, des démarches administratives et juridiques ont été engagées sans tarder. Des consultations avec des avocats spécialisés ont été entamées pour contester, ou du moins encadrer juridiquement, la mesure de gel. La direction du RC Kouba espère obtenir rapidement une levée partielle ou conditionnelle du blocage, permettant au moins d’assurer les obligations les plus urgentes. En parallèle, des pourparlers sont envisagés avec l’ancien président concerné par la dette, dans l’espoir d’aboutir à un compromis ou un échéancier. Le club explore aussi d’autres pistes comme la sollicitation d’aides extérieures, de sponsors ou de mécènes sensibles à la situation actuelle.Ce blocage administratif met en exergue les vulnérabilités structurelles du football algérien, où les changements de direction se font parfois dans l’opacité, sans audit préalable ni inventaire réel des engagements financiers. Le fait qu’une dette aussi importante ait pu passer sous silence lors de l’Assemblée générale interroge sur les mécanismes de contrôle et de reddition des comptes…

Nécessité de réformes en profondeur

Depuis l’annonce du gel du compte bancaire, de nombreux messages de soutien ont afflué sur les réseaux sociaux, appelant à la solidarité et à l’unité. Cette ferveur populaire constitue un levier moral et psychologique important pour l’équipe dirigeante, qui appelle à maintenir cette mobilisation dans la durée.Mais au-delà de l’émotion et de la solidarité, ce nouvel épisode met en lumière l’impérieuse nécessité d’engager des réformes structurelles à l’échelle du football algérien. Le cas du Raed n’est pas isolé. De nombreux clubs, amateurs ou professionnels, traînent des dettes anciennes dont l’origine est souvent obscure, faute de mécanismes rigoureux de traçabilité. À chaque changement de direction, ce sont les mêmes écueils avec des passifs ignorés, des dettes non déclarées, des contrats opaques et une absence totale d’audit ou de reddition de comptes. En conclusion, l’affaire du gel du compte bancaire du RCK ne doit pas être vue uniquement comme une péripétie administrative. Elle révèle un malaise plus profond dans la gestion des clubs algériens où le manque de transparence et la précarité financière vont souvent de pair. Pour le Raed, cette crise pourrait bien être le point de départ d’un nouveau chapitre, plus exigeant mais aussi plus prometteur. Car derrière chaque décision administrative, ce sont des centaines de jeunes joueurs, d’employés et de supporters qui espèrent un avenir meilleur. Reste que cette affaire relance le débat sur les passifs laissés par les anciennes gestions dans le football algérien, souvent sans bilan clair ni audit indépendant.

Mais qui contrôle qui ?

Cette affaire qui ébranle le Tout Kouba, n’est pas propre au RCK, combien d’équipes sont dans une situation similaire ? Des clubs comme l’USM Blida ou encore le MO Constantine, pour ne citer que ceux-là, ont déjà vécu des blocages de leur compte bancaire. Aujourd’hui, la question est : dans ce monde opaque du football, dans ses eaux troubles, qui est censé contrôler les finances ? Voici une urgence sur laquelle les responsables du football national doivent se pencher. Kouba qui avait l’espoir de réaliser une excellente saison, celle à venir, se voit bloqué par un problème que les dirigeants n’ont pas vu venir et dont ils ne sont nullement responsables. Normalement, lors de la dernière AG ordinaire, celle où le président et son équipe dirigeante soumet aux membres de l’assemblée ses bilans, moral et financier, cette dette devait être dans les écritures comptables. On dit bien normalement. Et en allant dans ce sens-là, au cours de cette AG, il doit bien y avoir un commissaire aux comptes, non ?

Après le départ de l’équipe dirigeante, remplacé par une nouvelle équipe, il devait bien y avoir une passation de consignes, non ? Si tel a été le cas, comment se fait-il que cette dette de 3,3 milliards n’ait pas été déclarée ? C’est là un véritable imbroglio juridico-comptable que doivent démêler les avocats du RC Kouba pour faire rouvrir le compte du club afin qu’il retrouve le cours d’une «vie normale». A l’orée de la nouvelle saison, Kouba ne méritait pas un aussi vil coup bas. 

Y. M.

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